•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Exclusif

Les eaux usées de Val-d'Or déversées dans le lac Blouin pendant 80 heures

Plage Rotary de Val-d'Or

Plage Rotary de Val-d'Or (lac Blouin)

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La Ville de Val-d'Or avait été forcée de fermer la plage municipale Rotary au lac Blouin, le 3 août dernier, en raison d'une concentration élevée de la bactérie E. coli dans l'eau. Or, Radio-Canada a appris que la Ville de Val-d'Or a déversé, à plusieurs reprises, ses eaux usées non traitées dans le lac Blouin durant l'été. Les causes de la dégradation de la qualité de l'eau pourraient toutefois être multiples.

Un texte de Thomas Deshaies

Lors de fortes pluies, l'usine de traitement des eaux usées n'a pas la capacité de recevoir toute l'eau usée provenant des résidences, ainsi que l'eau de pluie. La Ville doit donc déverser l'eau pluviale et usée directement dans l'environnement, par l'entremise des ouvrages de surverse.

Il y a 19 ouvrages de surverse répartis sur le territoire urbain de Val-d'Or. Lors des débordements, l'eau se dirige ensuite dans différents cours d'eau du territoire.

En juin dernier, la Ville a enregistré des débordements à sept de ses ouvrages, pour une durée totale de près de 80 heures. Le cours d'eau récepteur de ces sept ouvrages est le même : le Lac Blouin.

Le total des 80 heures a été calculé en additionnant le temps de déversement indiqué pour chacun des sept ouvrages dans le rapport mensuel. Ce ne sont donc pas 80 heures de débordement qui ont lieu de manière simultanée aux sept ouvrages, mais bien le cumulatif des heures enregistrées à chaque ouvrage.

Un facteur aggravant?

Même si la contamination peut être due à plusieurs autres facteurs, le directeur de l'Organisme de bassin versant d'Abitibi-Jamésie (OBVAJ), Oumarou Daouda, estime que les déversements n'ont certainement pas amélioré la situation. Donc, il se peut potentiellement que ce soit ces débordements, ces surverses, qui soient à l'origine de cette dégradation de la qualité de l'eau, affirme-t-il.

Un homme sourit à la caméra, derrière son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Oumarou Daouda, directeur de l'Organisme de bassin versant d'Abitibi-Jamésie

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Les mois de juillet et août ont été chauds et peu pluvieux. L'apport en nouvelle eau a donc été certainement moindre, selon la Ville.

Le lac Blouin s'écoule du sud vers le nord et l'exutoire est la rivière Harricana. Est-il donc probable qu'une forte concentration d'eaux usées soit demeurée dans l'extrémité sud du lac, plus proche de la ville, où se trouve la plage, avant de circuler vers le Nord? Un phénomène qui pourrait avoir été accentué par le peu de précipitations?

C'est une hypothèse plausible, selon M. Daouda, qui ajoute que le débit des lacs est généralement moins important que pour les rivières. Évidemment, c'est ça qui fait la problématique avec les lacs, le débit n'est pas le même avec les rivières ou les fleuves, explique-t-il.

Le ministère de l'Environnement n'a pas de données disponibles sur le débit au lac Blouin.

Le maire estime que les eaux usées n'y sont pour rien

C'est la chaleur, l'achalandage et on pense aussi qu'il y a probablement la présence d'oiseaux, en grand nombre, avance le maire, Pierre Corbeil, pour expliquer la dégradation de la qualité de l'eau. Il n'y a pas de lien à faire entre les deux événements, tranche-t-il. Il ajoute que le Lac Blouin a une grande capacité de régénération.

La dégradation s'est résorbée lorsqu'on a fait les tests subséquents, c'est vraiment circonstanciel, conclut-il. Le dernier test de l'eau de la plage, effectué le 18 août par le ministère de l'Environnement, indique une cote C, soit « passable ».

Cependant, le maire est conscient que les débordements d'eaux usées dans l'environnement constituent un enjeu pour Val-d'Or, comme pour de nombreuses autres villes du Québec. Val-d'Or est effectivement loin d'être la seule ville à procéder à des débordements. Il en survient d'ailleurs des centaines par année dans la région.

M. Corbeil indique que la situation s'explique en raison du réseau d'égout unitaire de la Ville, où se retrouvent à la fois les eaux de pluie et les eaux usées. Une séparation progressive est nécessaire, croit le maire. Au fur et à mesure que la Ville de Val-d'Or fait des travaux, elle va séparer les eaux de surface et les eaux usées, explique-t-il. Ainsi, les fortes pluies créeraient une moins grande pression sur le réseau. Une solution aussi mise de l'avant par l'OBVAJ.

Le réseau est actuellement composé à 50 % d’un système où l’eau de pluie se retrouve dans les mêmes canalisations que les eaux usées, selon l’équipe des communications de la Ville.

On a cette préoccupation constante et on corrige la situation au fur et à mesure.

Une citation de : Pierre Corbeil, maire de Val-d'Or

Le CREAT aimerait une implication gouvernementale

Les Villes qui déversent leurs eaux usées de manière sporadique, lors de fortes pluies, agissent en conformité avec les normes du ministère de l'Environnement, qui exige toutefois qu'il n'y ait pas de dégradation de la situation avec la construction de nouveaux quartiers.

Le Conseil régional de l'environnement de l'Abitibi-Témiscamingue (CREAT) aimerait que le ministère de l'Environnement fixe des objectifs plus ambitieux. La présidente du CREAT, Jacinthe Châteauvert, explique que les eaux usées qui se retrouvent dans l'environnement ont des impacts négatifs sur celui-ci. Cela a beaucoup d'impacts qu'on ne verra peut-être pas maintenant, mais qu'on va peut-être voir à long terme, estime-t-elle.

Les changements climatiques pourraient d'ailleurs augmenter les épisodes de forte pluie, et donc, de surverses, toujours selon Mme Châteauvert.

Même si elle ne veut pas se prononcer sur les causes de la dégradation de l'eau du lac Blouin cet été, Mme Châteauvert estime qu'il ne faut pas balayer du « revers de la main », l'hypothèse des eaux usées. Il faut réfléchir et penser que peut-être que oui, et donc, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour que cela ne se reproduise plus, ou moins?, affirme-t-elle, tout en ajoutant que c'est plus facile de contrôler notre activité humaine que de contrôler les oiseaux qui viennent de façon plus naturelle dans le milieu du lac Blouin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !