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analyse

Immigrants : l'intégration économique s'améliore

François Legault parle entouré de journalistes.
François Legault veut réduire le nombre d'immigrants au Québec dès 2019. Photo: Radio-Canada / Mathieu Potvin
Gérald Fillion

ANALYSE - Puisque le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) réitère son engagement à réduire l'accueil d'immigrants au Québec, il est important de rappeler certaines données essentielles à la discussion.

D’abord, la CAQ affirme qu’un gouvernement dirigé par François Legault abaisserait de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants admis dès 2019 sur le territoire québécois, une baisse de 20 %. Des chiffres repris par à peu près tout le monde.

Or, la baisse serait plutôt de 24 %. Soyons précis pour poursuivre la discussion : le nombre de personnes admises au Québec en 2017 s’est élevé à 52 388. S'il passait à 40 000, il s’agirait donc d’une baisse de 24 % et non pas de 20 %. La moyenne des cinq dernières années est de 51 338. La baisse proposée par la CAQ, par rapport à cette moyenne, serait ainsi de 22 %.

Ensuite, il est répété également qu’il y a un problème d’intégration des immigrants dans le marché du travail. En réalité, c’est de moins en moins vrai!

Forte croissance de l’emploi chez les immigrants

D’abord, 83 % des immigrants qui arrivent au Québec ont l’intention d’intégrer le marché du travail. Et on constate que leur taux de chômage baisse et que leur taux d’emploi augmente. Les données de Statistique Canada montrent que l’intégration se fait lentement, mais qu'elle s’accélère avec la croissance économique :

  • taux de chômage de 14,1 % en 2017 des immigrants arrivés depuis 5 ans, en hausse par rapport à 2016, mais en baisse par rapport à 2015 et à 2014, où le taux de chômage avait atteint 17,4 %;
  • taux de chômage de 6,4 % chez les immigrants au Québec depuis 5 à 10 ans, en baisse depuis 2015, où le taux avait touché 10,5 % ;
  • taux de chômage de 7,7 % chez les immigrants qui sont ici depuis plus de 10 ans, stable depuis 3 ans, en baisse depuis 5 ans, alors qu’en 2013, le taux était de 9,6 %.

De plus, selon l’Institut de la statistique du Québec, la proportion des immigrants dans la population active est passée de 12 % en 2007 à 16 % en 2017. En outre, 40 % de la croissance de l’emploi en 2017 au Québec venait des immigrants.

Le taux d’emploi des immigrants est passé de 55 % en 2007 à 61,7 % en 2017 et il dépasse maintenant le taux des « natifs », qui s’est replié à 60,8 %.

Jeunes, mais une minorité connaissent le français

Il faut savoir que de 70 % à 75 % de l’immigration québécoise est sélectionnée par le gouvernement du Québec. L’essentiel de cette immigration, c’est ce qu’on nomme l’immigration économique. Elle est jeune et éduquée, elle vient ici pour travailler. Il s'agit de personnel qualifié ou de gens d’affaires, en grande partie.

Les deux tiers des immigrants accueillis au Québec ont moins de 35 ans et sont dans la force de l’âge pour intégrer le marché du travail. La part de sélection du gouvernement fédéral se concentre davantage sur les regroupements familiaux. Il serait intéressant d’analyser l’effet d’une réduction du nombre d’immigrants accueillis sur l’intégration au Québec, étant donné que l’essentiel de la baisse se trouverait dans l’immigration économique.

Cela dit, pour faciliter l’intégration, le Québec gagnerait sans doute à accueillir une plus grande proportion d’immigrants francophones. En 2017, seulement 42 % des immigrants arrivés au Québec disaient connaître le français. Un taux aussi faible ne favorise pas la mobilité de ces personnes vers les régions qui ont besoin de main-d’oeuvre et il peut favoriser le départ de ces immigrants vers d’autres provinces. Le premier pays d’où viennent les immigrants est maintenant la Chine, devant la France, la Syrie, l’Inde et l’Algérie.

Le professeur Pierre-Carl Michaud, expert des enjeux démographiques, affirmait le 23 août dernier à RDI économie que l’immigration est certainement une solution pour aider à atténuer la rareté de main-d’oeuvre, mais que « ce n’est pas la panacée », a-t-il tenu à préciser. L’enjeu n’est pas tant le seuil d’accueil que la mobilité et la rétention des immigrants qui arrivent au Québec. Ce qui est important, « ce n’est pas le nombre, c’est l’intégration », soulignait-il.

Il est normal de discuter de l'accueil des immigrants. Il est important de le faire à partir de chiffres précis et en s'appuyant sur les tendances factuelles.

Économie