•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Immigration : Legault évoque un risque « que nos petits-enfants ne parlent plus français »

François Legault, entouré de deux candidats, lors d'un point de presse à l'extérieur.
Le chef de la CAQ, François Legault Photo: Radio-Canada / Mathieu Potvin
Radio-Canada

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, maintient que le Québec devrait exercer plus de contrôle sur l'immigration, particulièrement en matière de réunification familiale, faute de quoi le français serait menacé, selon lui. Son adversaire libéral, Philippe Couillard, l'accuse de vouloir « briser des familles ».

Un texte de Marc-Antoine Ménard et François Messier

En point de presse à Saint-Colomban, dans les Laurentides, M. Legault a martelé que 59 % des nouveaux arrivants ne parlent pas le français, dont un bon nombre d'immigrants de la catégorie des réunifications familiales, sur laquelle le gouvernement fédéral a plein pouvoir dans le système actuel.

« À 50 000 [immigrants au total] par année, c’est un demi-million au bout de 10 ans. C’est sûr que si ces gens-là n’apprennent pas le français, comme c’est le cas actuellement [...] il y a un risque effectivement », a expliqué le chef de la CAQ.

« Un risque? Que nos petits-enfants ne parlent plus français, a-t-il ajouté lorsqu'il a été questionné à ce sujet. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher ça. »

C’est la responsabilité du premier ministre du Québec de protéger la nation, de protéger le français au Québec.

François Legault, chef de la CAQ

« Ce n’est pas seulement le Québec qui est dans cette position-là, regardez ce qui se passe en Europe : tous les pays se posent des questions comment on peut protéger notre identité, tout en continuant de recevoir des immigrants », a-t-il illustré.

François Legault a annoncé mercredi sa volonté d’abaisser le seuil d’immigration de 50 000 à 40 000 dès la première année au pouvoir d’un gouvernement qu’il dirigerait. Il affirme vouloir réduire « idéalement » le nombre d'immigrants de 20 % dans les trois catégories de nouveaux arrivants, soit l'immigration économique, la réunification familiale et l'accueil de réfugiés.

Toutefois, le Québec n'ayant compétence que dans l'immigration économique, un éventuel gouvernement caquiste devrait négocier avec le fédéral s'il voulait agir dans les deux autres catégories, ce dont a convenu M. Legault.

« Il est prêt à briser les familles »

Jeudi matin, le chef libéral Philippe Couillard avait profité d’un point de presse suivant son allocution devant le Conseil général de l’Union des producteurs agricoles pour attaquer les promesses de son adversaire.

« Il ferme la porte d'entrée [donc on aura] moins de travailleurs de l’extérieur, il ouvre la porte de l’expulsion [d’immigrants] avec ses tests [de français et de valeurs québécoises], et en même temps, il est prêt à briser les familles. Quelle vision sociale extraordinaire! » a raillé Philippe Couillard.

« Bonne chance », a commenté M. Couillard au sujet de possibles négociations avec le fédéral, après avoir affirmé qu’il serait « surpris » qu’Ottawa soit prêt à y consentir.

Moi, je pense qu’on a besoin de plus de travailleurs au Québec, notamment de travailleurs qui viennent d’ailleurs. Alors de prétendre diminuer ça, en partant, c’est une erreur économique très grave. […] Je ne comprends pas que quelqu’un […] propose une chose aussi absurde.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

Le chef caquiste a répliqué dans l'après-midi en qualifiant le chef du PLQ de « Bonhomme Sept-Heures ». « Je ne pense pas qu’il va réussir à faire peur au monde cette fois-ci, a-t-il lancé. Les Québécois sont accueillants et vont toujours rester accueillants, mais je pense qu’on a le droit de demander d’apprendre le français et de respecter nos valeurs. »

« Le Québec, en Amérique du Nord, entouré de centaines de millions d’anglophones, sera toujours dans une position vulnérable. M. Couillard n’a pas compris ça. [...] M. Couillard s’énerve quand on parle d’exiger la connaissance du français », a-t-il ajouté, alors que son équipe souhaitait mettre fin au point de presse.

Croisée dans un événement soulignant les 20 ans du Technopôle Angus, à Montréal, la candidate caquiste dans Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, jugé quant à elle que l'immigration ne représente pas une menace pour la langue française. « Je pense que le français va toujours perdurer au Québec, c’est notre langue, on en est fier », a-t-elle répondu aux journalistes.

Mme Rouleau a tout de même indiqué que des efforts d'intégration étaient nécessaires. « Je pense qu’il est extrêmement sage de penser que les immigrants apprennent le français et qu’on leur donne les bons outils pour apprendre le français, et c’est ça qu’on leur propose », a-t-elle résumé.

Un appel de Couillard à Ottawa

Au-delà de ses critiques envers François Legault, Philippe Couillard demande au gouvernement fédéral d'améliorer son programme de travailleurs étrangers temporaires, qui permet à des employeurs canadiens d’embaucher des étrangers pouvant combler des pénuries temporaires de main-d’œuvre. Il a évoqué le cas d'une boulangère qui a été incapable de renouveler le permis de travail ainsi délivré à un employé; le gouvernement fédéral lui demandait au préalable de faire une étude d'impact pancanadienne et de payer 2000 $, sans garantie de résultat. « Il n’y a pas un petit entrepreneur qui va faire ça, a commenté le chef libéral. Alors moi, mon appel au gouvernement fédéral, c’est que ce programme doit être amélioré considérablement. Si vous n'êtes pas capables de le faire, on va le faire nous-mêmes. [...] Qu’ils nous transfèrent le programme, on va le faire. »

Utiliser le « gros bon sens »

En matinée, François Legault a précisé qu'un gouvernement caquiste pourrait être « plus souple » sur les exigences de connaissance du français et des valeurs québécoises pour les personnes âgées arrivant au Québec grâce à ce programme.

« On a le droit encore de se servir du gros bon sens. Si une personne est très âgée, ça peut être plus difficile d'apprendre le français. Faut être souple, faut être capable d’être humain », a-t-il fait valoir.

Cependant, « quand un frère, une soeur vient ici, qu'elle a 40 ans, c'est important qu'elle apprenne le français », a soutenu M. Legault lors d'un point de presse à Saint-Alphonse-de-Rodriguez, dans Lanaudière.

Le chef de la CAQ a plaidé qu'en admettant moins d'immigrants, le Québec pourra mieux les intégrer, mieux les franciser, et ainsi empêcher qu'ils quittent la province en trop grand nombre.

« On a 59 % des nouveaux arrivants qui ne parlent pas français et 26 % qui quittent le Québec », a-t-il répété à ce sujet.

« La première affaire qu’il faut, c’est arrêter d’en perdre 26 %, d’en perdre 13 000 qui décident d’aller dans une autre province. [...] Faut pas oublier que si on en prend 40 000 plutôt que 50 000 avec le même budget d’intégration, chaque immigrant, on va en prendre soin, on va mieux l'aider », a-t-il ajouté.

Le chef de la CAQ veut aussi que Québec sélectionne les immigrants en fonction des besoins du marché du travail dans toutes les régions du Québec.

Quand M. Couillard m’accuse de vouloir nuire à l’économie des régions, je lui demande de se regarder dans le miroir.

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

« Montréal, c’est 50 % de la population, mais il y a 75 % des immigrants qui vont à Montréal. Ça veut dire que c'est un échec libéral », a-t-il souligné.

« Les libéraux, qui sont là depuis 15 ans, n’ont pas réussi à ce qu’une partie proportionnelle des immigrants s’installe à Québec, à Sherbrooke, à Lévis, en Abitibi, dans les différentes régions où il y a des pénuries de main-d’œuvre. »

Lisée renvoie la CAQ et le PLQ dos à dos

« Je ne vois pas comment la CAQ peut être le parti de l'identité si elle propose d'avoir 40 000 immigrants par année qui ne parlent pas français », a réagi le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, lors d'un point de presse dans sa circonscription de Rosemont, à Montréal.

« Nous, on propose de faire en sorte que tous les nouveaux immigrants parlent français au point d’entrée, c’est ça le point tournant, c’est ça le changement pour la défense du français », a-t-il insisté.

M. Lisée a affirmé que contrairement au PQ, la Coalition avenir Québec refuse de franciser les moyennes entreprises et de demander aux diplômés des cégeps et des universités anglophones de démontrer une connaissance du français pour avoir leur diplôme. « Je ne suis pas dans la tête de M. Legault et je suis content de ne pas y être », a lancé Jean-François Lisée.

En matinée, à Saint-Charles-sur-Richelieu, où il faisait son annonce du jour, le chef péquiste a cherché à renvoyer libéraux et caquistes dos à dos au sujet des seuils d'immigration. « Je me suis toujours opposé à cette numérologie caquiste et libérale », a-t-il commenté.

Le Parti québécois propose de laisser au bureau du vérificateur général le soin de faire des recommandations sur l'immigration, « en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration ». En mai dernier, M. Lisée avait cependant indiqué qu'il y en aurait certainement moins de 50 000.

« J’entends M. Couillard dire : "Cest bien épouvantable, on va en manquer. Bien oui, mais tu en as fait venir 50 000, puis il y en a 25 % qui sont partis. Ils sont partis! Ce n’est pas un succès quand ils ne restent pas! » s'est moqué le chef péquiste.

C’est un débat inutile. Moi, je veux avoir autant d’immigrants qui réussissent que notre capacité d’intégration et nos besoins en main-d’œuvre. Quel sera ce chiffre? Je ne le sais pas, parce qu'on n'a jamais essayé comme ça.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« Ce qui est sûr, c’est qu'hier, M. Legault a confirmé qu’il allait dire à 40 000 personnes par année : "Venez au Québec, peut-être pour trois ans" », a-t-il enchaîné, en référence à la période au terme de laquelle un immigrant arrivé au Québec sera soumis aux tests proposés par la CAQ.

« Et là, après trois ans, peut-être qu’on va demander à Ottawa de vous reconduire à la frontière. [C'est] une proposition absurde, qui n’est pas respectueuse des gens, du Québec, et qui ne doit jamais s’appliquer, ni l’an prochain ni l’année d’après. Jamais. »

S'il devait prendre le pouvoir, le Parti québécois concevrait une nouvelle grille permettant d'identifier les candidats à l'immigration qui répondent le mieux aux besoins du Québec.

« Et là, on va [leur] dire, il y a de nouvelles conditions. On va dire : "Il faut avoir une connaissance suffisante du français", et on va immédiatement arrimer les demandes avec les offres d’emploi, a expliqué M. Lisée. Et on va faire en sorte que ceux qui veulent s’installer en région aient un processus accéléré. Ça va se faire dans les mois qui viennent. »

« On pourra les compter à ce moment-là, a conclu M. Lisée. Moi, je n’ai pas un objectif de seuil; j’ai un objectif de succès. »

Québec solidaire propose pour sa part de fixer un taux d'embauche de 25 % dans la fonction publique pour les personnes de minorités visibles et ethniques. Cela serait en vigueur jusqu’à ce qu'elles comptent pour 13 % de la main-d'oeuvre.

Le parti a aussi proposé de tripler le budget alloué à l’intégration pour qu'il atteigne 12 millions de dollars par année et de mettre sur pied un réseau de carrefours d’accueil en immigration dans toutes les régions du Québec, qui serviraient de guichet unique pour les emplois, les programmes de francisation et d'autres services destinés aux immigrants.

Politique provinciale

Politique