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Lise Payette, celle qui a réussi à se faire appeler « madame la ministre »

Le reportage de Sophie Langlois
Radio-Canada

Figure marquante du Québec moderne, pionnière, Lise Payette a fait de l'indépendance des femmes l'un de ses combats. Au lendemain de sa mort, celles qui l'ont côtoyée saluent l'immense contribution d'une communicatrice et politicienne qui a ouvert la voie aux femmes de sa génération et à celles qui ont suivi.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Il faut raconter à nos petites filles, le chemin que nous [les femmes] avons parcouru en politique. Cet héritage collectif mérite qu’on le valorise et le conserve », a déjà dit Lise Payette.

Celle qui a fait inscrire la devise du Québec, « Je me souviens », sur les plaques d'immatriculation figure elle-même parmi les pionnières qui imposent ce devoir de mémoire.

Si son père trouvait inutile que les femmes poursuivent des études, Lise Payette a su faire sa place dans un monde d’hommes et contribué à ce que d’autres femmes prennent la leur.

Unique femme dans le premier gouvernement de René Lévesque, de 1976 à 1981, elle tenait, à une époque où ce n'était pas une évidence, à se faire appeler « Madame la ministre ». Même bref, son passage en politique a contribué de façon significative à l'avancement des femmes.

Première ministre responsable de la Condition féminine, Lise Payette a notamment contribué à faire reconnaître l'égalité entre les femmes et les hommes devant la loi, à créer des centres d'hébergement pour femmes en difficulté, à mettre sur pied le Conseil du statut de la femme et à faire adopter des lois sur les congés de maternité et les pensions alimentaires.

Une femme déterminée

Au micro: René LévesqueLise Payette lors de la victoire du Parti québécois le 15 novembre 1976. Photo : La Presse canadienne / PC

« Elle avait une volonté indéfectible de changer les règles du jeu et elle a réussi à le faire », se rappelle l'ex-première ministre du Québec, Pauline Marois, qui a travaillé à ses côtés.

Lorsqu'elle était ministre dans le gouvernement de René Lévesque, elle défendait ses dossiers, munie de solides arguments, et tant ses collègues que ses adversaires savaient qu’elle les défendrait jusqu’au bout, souligne-t-elle.

« C’est une femme remarquable, d’un talent inimaginable. Elle avait une capacité de persuasion et elle exerçait un leadership par sa parole, par ses convictions. Elle n’avait pas besoin de mettre son poing sur la table ou d’élever la voix. C’était d’ailleurs quand elle baissait la voix que c’était dangereux », estime Pauline Marois.

Celle qui deviendra la première femme à diriger le Québec reconnaît « l'influence considérable » de cette pionnière sur son parcours.

Dans la mi-vingtaine, Pauline Marois avait été approchée par Lise Payette, qui voulait en faire sa directrice de cabinet au ministère d'État à la Condition féminine.

Je lui ai dit : "Non [...], écoutez, Mme Payette, je ne suis pas féministe, moi! Vous ne pouvez pas embaucher quelqu’un qui n’est pas féministe". Elle a dit : “Ne t’inquiète pas, ma fille, avec moi, tu vas le devenir!”

Pauline Marois, ex-première ministre du Québec

« C’est elle qui m’a menée à voir l’importance de l’action politique et de la place des femmes dans la vie politique. Si ce n’était de cette rencontre, de ce travail que j’ai fait à ses côtés, peut-être que je ne serais pas allée jusqu’à briser le plafond de verre qu’est celui de devenir première ministre du Québec », a-t-elle confié.

Une prise de parole féministe

Même avant sa vie politique, Lise Payette a fait évoluer les mentalités avec des émissions de radio et de télévision comme Place aux femmes, Interdit aux hommes et Appelez-moi Lise.

Cette prise de parole a été importante pour les jeunes femmes de la génération de l'ex-députée du Parti québécois Lisette Lapointe. « En pleine révolution tranquille, on se posait des questions sur notre avenir, [on se demandait] : “Va-t-on vivre la même vie que nos mères ont vécue ou bien si on prend notre place?" À cette époque, ça prenait la signature du mari pour opérer un enfant, pour avoir un emprunt à la banque », rappelle-t-elle.

Cette femme-là est très importante pour nous, un peu à l’image de Thérèse Casgrain dans une autre génération. C’est une grande.

Lisette Lapointe, ancienne députée péquiste

Mme Lapointe, qui a côtoyé Lise Payette au Parti québécois, loue son « courage incroyable » et son « enthousiasme contagieux ».

Le parcours de celle qui aimait défendre publiquement ses idées n'est pourtant pas sans faille.

Lors de la campagne référendaire de 1980, Lise Payette avait laissé entendre que les Québécoises qui voulaient voter non n'étaient pas assez autonomes pour vouloir l'indépendance. L'incident des « Yvettes » avait d'ailleurs mené à la fin de sa carrière politique.

L'an dernier, la jeune féministe Léa Clermont-Dion a soutenu que Lise Payette avait tenté de la dissuader de dénoncer une agression sexuelle.

« Comme n’importe qui qui prend des risques, dans sa vie privée autant que dans sa vie publique, elle a commis des erreurs », reconnaît l'animatrice et productrice Julie Snyder, qui souligne l'ampleur sa contribution à la société québécoise.

« Elle a tracé un chemin. Elle a fracassé le plafond de verre, elle a contribué à définir le féminisme, définir la place des femmes, la solidarité entre femmes. Elle en a peut-être parfois manqué, mais qui est parfait? Les gens qui ne font rien ne font pas d’erreur », plaide celle qui a produit le documentaire Lise Payette: un peu plus loin, un peu plus haut, coréalisé par la petite-fille de la politicienne, Flavie Payette-Renouf.

Jacques Fauteux et Lise Payette lors du Gala du plus bel homme du Canada, en 1975Jacques Fauteux et Lise Payette lors du Gala du plus bel homme du Canada, en 1975 Photo : Radio-Canada/Jean-Pierre Karsenty

Julie Snyder rappelle aussi son influence sur la télévision québécoise. « C’est elle qui a décoincé la télé. Elle gardait les buts, elle recevait autant Pierre Elliott Trudeau que Guy Lafleur. C’était une grande journaliste, une immense intervieweuse », affirme-t-elle.

« C’était un modèle, renchérit l’auteure Jeannette Bertrand. « C’était une vraie femme forte devant l’adversité ». La fougue avec laquelle elle défendait l’égalité des sexes l’aura animée jusqu’à la toute fin, dit-elle.

« Il ne faudrait pas juste qu’il y ait une rue à son nom, il faudrait qu’il y ait une ville! » tant son apport a été grand, lance-t-elle.

Sur sa page Facebook, l'ancienne ministre et conseillère municipale Louise Harel a rendu hommage à celle qui « aura fait faire des pas de Géantes aux Québécoises ». « Elle fait partie du panthéon des Pionnières », écrit-elle.

Le parcours exceptionnel de Lise Payette a d'ailleurs valu à un doctorat honorifique en études féministes par l'Université du Québec à Montréal, en 2009.

« Figure emblématique du mouvement féministe, elle a inspiré plusieurs générations de femmes par sa volonté de pratiquer un métier, par sa réussite publique et par son indépendance d’esprit », notait l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF), qui avait recommandé sa candidature.

Le Conseil du statut de la femme, organisme qu'elle a contribué à créer, lui a aussi rendu hommage. « Lise Payette fut une grande féministe, elle a marqué l’histoire du Québec par sa contribution remarquable aux enjeux d’égalité dans notre société », a déclaré par communiqué sa présidente, Louise Cordeau. « Elle a inspiré des générations de Québécoises en leur démontrant qu’elles étaient capables de tout. »

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