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Doug Ford sabre de moitié une allocation pour les garderies

Un bébé, vu de haut, joue avec des blocs LEGO.
Un nouveau chapitre Photo: iStock / santypan
Radio-Canada

Le gouvernement de Doug Ford a revu à la baisse une allocation qui devait aider les municipalités à financer la croissance des garderies sur leur territoire, a appris Radio-Canada. Au lieu d'obtenir 48 millions de dollars, les villes se diviseront 25 millions de dollars cette année. Cette mesure sème l'inquiétude dans le milieu des services à l'enfance, selon plusieurs intervenants.

Un texte d’Eve Caron

Le centre Today’s Family à Hamilton bourdonne de tout-petits qui jouent et déplacent de l’air. Marni Flaherty, la présidente-directrice générale de l’organisation, qui compte six garderies ainsi qu’une agence qui supervise une centaine de garderies en milieu familial, dit qu’elle travaillait avec la Municipalité de Hamilton pour prendre de l’expansion. Mais ses plans sont maintenant en veilleuse.

On ne peut pas le faire sans l’aide de la Ville. La garde d’enfants, c’est dispendieux pour les familles.

Marni Flaherty, présidente-directrice générale, Today's Family

Selon des documents obtenus par Radio-Canada, l’ancien gouvernement libéral de Kathleen Wynne avait promis d’octroyer 48 millions de dollars aux municipalités pour développer le réseau de garderies. Les villes devaient ensuite distribuer l’argent selon les besoins et les particularités locales.

Une femme tient un enfant dans ses bras.Marni Flaherty, présidente-directrice générale, Today's Family Photo : Radio-Canada

Or, le nouveau gouvernement progressiste-conservateur a envoyé une nouvelle note de service au mois d’août. On y apprend que l’allocation prévue pour l’expansion des services de garde est revue à 25 330 783 $, soit 22,6 millions de dollars de moins que prévu.

Pour Hamilton, ça veut dire une allocation de 1,1 million de dollars plutôt que 2,1 millions de dollars. La différence ne représente qu’un peu plus de 1 % du budget total de la Ville pour les services à la petite enfance. Mais pour Grace Mater, directrice des services à l’enfance, l’impact n’est pas négligeable pour autant.

C’est une petite coupe, mais comme cet argent est consacré à la croissance des services aux groupes de 0 à 4 ans [...], ça peut ralentir le progrès que nous étions en train de réaliser.

Grace Mater, directrice des services à l'enfance, Ville de Hamilton

Par courriel, le ministère de l’Éducation explique que les ententes n’avaient pas été « finalisées » avant le lancement de la campagne électorale, le 9 mai dernier. Au lieu de redistribuer les 48 millions de dollars annoncés avant l’élection, le gouvernement a plutôt réparti la somme pour les 4 mois restants de l’année 2018.

Une porte-parole du Ministère affirme que cette réduction n'aura pas d'impact sur les services.

Le Ministère n’a pas précisé ce qui adviendra des 22,6 millions de dollars qui ne seront pas distribués cette année.

La Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l'enfance dit qu’il s’agit d’une mesure qui suscite de l’incertitude parmi les gens du milieu.

Nous craignons qu’il s’agisse d’un premier indice quant au nouvel ordre du jour pour les services de garde [en Ontario].

Carolyn Ferns, coordonnatrice, Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l'enfance

La ministre de l'Éducation, Lisa Thompson, n'était pas disponible pour une entrevue. En campagne électorale, les progressistes-conservateurs avaient promis des prestations allant jusqu’à 26 % des frais de garde aux familles.

Un gain pour les garderies commerciales

La plus récente note indique aussi que le gouvernement de Doug Ford abolit une mesure qui devait freiner l’expansion des garderies commerciales au profit des établissements à but non lucratif.

Une femme porte des lunettes devant un parc d'enfants.Carolyn Ferns, coordonnatrice, Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l'enfance Photo : Radio-Canada

Depuis 2016, les municipalités de l’Ontario doivent distribuer l’argent de la province en respectant un seuil maximal pour les garderies à but lucratif. Par exemple, si 20 % des garderies d’une ville étaient à but lucratif, un maximum de 20 % du financement pouvait être octroyé à ce type d’entreprise. L’idée, selon des experts, était d’encourager la création de nouvelles places en garderie dans le secteur à but non lucratif sans pour autant que l'incidence auprès des garderies commerciales existantes soit néfaste.

Nous sommes inquiets des grandes entreprises de garderies. Elles doivent générer un profit aux actionnaires, et nous savons que ces grandes sociétés ont tendance à couper les coins ronds en ce qui a trait à la qualité [des soins].

Carolyn Ferns, coordonnatrice, Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l'enfance

Par courriel, le ministère de l'Éducation répond que cette mesure a limité l'accès à des subventions pour des familles qui habitent dans des communautés où il y a peu de garderies à but non lucratif. « Ce changement donne plus de choix et de flexibilité aux parents. »

Gordon Cleveland, économiste de l’Université de Toronto qui se spécialise dans le domaine de la garde d’enfants, se dit aussi inquiet du changement de cap du gouvernement provincial. Il dit que les grandes entreprises à but lucratif ont connu des ratés en Angleterre et en Australie dans le passé.

« Leur lobbying devient très intense. Et ils ont tendance à faire pression pour diminuer la réglementation, à demander moins d’intervention gouvernementale, plus de financement pour eux, mais moins de supervision sur le plan de la qualité. »

À Hamilton, 18 % des garderies sont à but lucratif. Grace Mater ne voit pas cette mesure d’un mauvais oeil, puisque certaines garderies commerciales sur son territoire pourraient ainsi offrir de nouvelles places.

« Il faut trouver un équilibre », dit-elle. « Les décisions quant à la marche à suivre doivent être prises au niveau local. »

Toronto

Éducation