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Une île de petits pingouins près de Montmagny

On voit une dizaine de pingouins debout sur un rocher de couleur grise.

Les petits pingouins peuplent l'île du Pilier de Bois, dans le fleuve Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Voir un pingouin en plein vol, c'est plutôt improbable, dites-vous? Détrompez-vous! À une soixantaine de kilomètres en aval de Québec, une colonie de petits pingouins s'accroche contre vents et marées à un rocher inhospitalier au beau milieu du fleuve Saint-Laurent.

Un texte de Maxime Poiré, de La semaine verte

On doit se rendre dans l’archipel de L'Isle-aux-Grues pour découvrir la colonie de petits pingouins qui vit le plus en amont dans le Saint-Laurent. Les oiseaux ont trouvé refuge sur un caillou aride au nom étrange : le Pilier de Bois.

Aucun mammifère n’habite sur ce rocher, qui est considéré comme une zone importante pour la conservation des oiseaux et qui dispose du statut officiel d’aire protégée.

Vue aérienne de la petite île au sol rocheux

Le Pilier de Bois, dans l’archipel de L'Isle-aux-Grues.

Photo : Radio-Canada

Au mois de mai, La semaine verte s’est approchée de l’île en compagnie de Jocelyn Landry, un ornithologue amateur, passionné par tout ce qui touche cet archipel situé au large de Montmagny.

« On est privilégié de se rendre ici. Parce que c’est un secteur qui n’est pas facile pour la navigation. Puis aussi, c'est le bon temps, celui de la migration, donc on peut voir les comportements des oiseaux sur la terre ferme », dit-il.

Le petit pingouin, c'est un oiseau qu’on voit surtout sur l’eau. Donc, le voir sur la terre ferme, c'est quelque chose d’inusité. On est chanceux de les voir d’aussi près.

Jocelyn Landry, ornithologue amateur
On voit M. Landry de face, dans une embarcation, devant le rocher du Pilier de Bois sur lequel se trouve une colonie de petits pingouins.

L'ornithologue amateur Jocelyn Landry

Photo : Radio-Canada

Une jeune colonie

La présence du petit pingouin, qu’on appelle aussi pingouin torda, est assez récente au Pilier de Bois. En 1979, les biologistes du Service canadien de la faune y ont découvert trois œufs. Et puis, en 2016, 37 ans plus tard, ils en ont dénombré 173. Comme les petits pingouins vivent en couple, cela représente près de 350 oiseaux adultes.

« Découvrir un oiseau d’eau salée [à l'endroit où se mélangent] les eaux douces et les eaux salées du Saint-Laurent, qui réussit non seulement à s’installer, mais aussi à pondre son œuf, à avoir sa nichée et à être là d’année en année, c'est quand même étonnant », constate Jocelyn Landry.

On voit un pingouin dans son nid, sur une saillie de rocher.

Un petit pingouin sur son nid

Photo : Shutterstock

Les petits pingouins peuvent facilement vivre au-delà de 20 ans. Au Québec, la population totale dépasse 50 000 couples. La grande majorité des oiseaux nichent sur la Côte-Nord. On en trouve aussi en Gaspésie, aux îles de la Madeleine et dans le secteur de l’estuaire du Saint-Laurent.

Répartition des petits pingouins au Québec

  • Côte-Nord : 45 000 couples
  • Gaspésie : 3000 couples
  • Îles de la Madeleine : 3000 couples
  • Estuaire du Saint-Laurent : 4000 couples

L’espèce se porte bien partout dans l’est de l’Amérique du Nord. Comme la population s’accroît, les petits pingouins ont dû trouver de nouveaux sites de nidification. C’est ce qui expliquerait la présence d’une nouvelle colonie si en amont dans le Saint-Laurent, au Pilier de Bois.

« Les pingouins qu’on observe dans la région de Montmagny, c'est peut-être un débordement par rapport à la distribution normale des pingouins dans l’estuaire. Les oiseaux débordent un petit peu dans notre secteur », avance Jocelyn Landry.

On voit de loin un groupe d'une cinquantaine de pingouins nager à la surface de l'eau du fleuve Saint-Laurent.

Un groupe de petits pingouins sur l'eau

Photo : Radio-Canada

Un œuf unique et précieux

L’oiseau, long d’une quarantaine de centimètres, passe la majorité de l’année sur l’eau, dans l’océan Atlantique.

« C'est un oiseau capable de voler, un oiseau balourd qui est plus habile dans l’eau que sur la terre ferme. La terre, ce n'est pas vraiment son habitat. Il n’y va que pour nicher », explique M. Landry.

Les petits pingouins ne reviennent sur terre que pour la période de reproduction. Ils s’installent en général dans les anfractuosités des falaises pour bâtir un nid rudimentaire, composé de petits cailloux et de quelques brindilles.

La femelle ne va pondre qu’un œuf, qui sera jalousement gardé et couvé durant environ 35 jours. Après l’éclosion, le petit reste 18 jours avec ses parents, qui s’affairent à le protéger et à le nourrir.

On voit en gros plan un pingouin sur une saillie de rocher et, à gauche, un oeuf.

Un petit pingouin près de son oeuf

Photo : Radio-Canada

Pour ce faire, les petits pingouins peuvent parcourir de très grandes distances. Dans l’estuaire du Saint-Laurent, les biologistes du Service canadien de la faune ont constaté qu’ils se rendaient parfois à plus de 50 km de la colonie pour ramener au nid des poissons comme le lançon et le capelan.

Une très longue migration

À la mi-juillet, c’est le grand départ. Moins de 20 jours après être sorti de sa coquille, le nouveau-né quitte la colonie du Pilier de Bois. Ne sachant pas encore voler, il nage près de 2000 kilomètres aux côtés de son père vers l’océan Atlantique.

La mère, elle, part une dizaine de jours plus tard. Après ce long périple, tous se retrouvent dans leurs quartiers d’hiver, au large de la côte est des États-Unis. Au printemps, ils reprendront la route en sens inverse, depuis la côte est des États-Unis vers leurs sites de nidification plus au nord.

Les menaces

Ici, au milieu du Saint-Laurent, la principale menace pour la colonie demeure l’activité humaine. La présence de l’homme près de l’île peut bouleverser l’équilibre fragile qui y règne.

« Il peut y avoir des dérangements, par exemple, des gens qui viennent ici en kayak. En 15 minutes, ils font lever les oiseaux. C'est là que les goélands s’en donnent à cœur joie et mangent dans le nid des petits pingouins », dit Jocelyn Landry.

L’idéal, c'est que l'île reste tranquille et qu’il n’y ait pas cette menace causée par l’homme lorsqu’on dérange l’oiseau dans son habitat.

Jocelyn Landry, ornithologue amateur
On voit trois pingouins sur une saillie de rocher.

Trois petits pingouins du Pilier de Bois

Photo : Radio-Canada

Un protocole pour approcher du rocher

Comme les petits pingouins, la famille Lachance s’accroche et survit dans l'archipel de L'Isle-aux-Grues. Depuis près de 175 ans, ces marins sillonnent le fleuve en bateau de pêche, en canot à glace et maintenant à bord de bateaux de croisière. Ils proposent entre autres aux touristes des excursions pour observer les petits pingouins au Pilier de Bois.

Je suis encore émerveillé de les voir voler proche de moi. Et ce n’est pas parce que ce sont les premiers. Je trouve que c'est un oiseau extraordinaire. Je me sens un peu dépaysé chez nous quand je vois un petit pingouin proche de chez moi.

Dominique Lachance, Croisières Lachance
On voit M. Lachance de face; en arrière-plan, le rivage et le fleuve Saint-Laurent.

Dominique Lachance, de Croisières Lachance

Photo : Radio-Canada

Conscients de la vulnérabilité des petits pingouins, les Lachance ont décidé d’encadrer leurs visites près du Pilier de Bois. Ils veulent ainsi protéger cette colonie d’oiseaux qui fait maintenant un peu partie de la famille.

Leur protocole d’approche est strict. Personne ne débarque sur l’île. L’observation dure au maximum 30 minutes et les croisières cessent à la mi-juin, avant l’éclosion des œufs. Dominique Lachance souhaite que leur façon de faire soit reconnue et devienne la norme.

« Si je pouvais le faire devenir officiel, le protocole d’approche qu’on a établi, si ça pouvait être une loi, ce serait la réalisation du plus beau de mes rêves », affirme Dominique Lachance.

Voyez le reportage de Maxime Poiré et de Michel Poirier à l'émission La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

Environnement