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L’espoir de venir étudier en français au Canada, un processus « long et douloureux »

Nancie Auguste, la soeur de Slina Saint-Juste, dans son salon à Regina.
Nancie Auguste a fait cinq demandes de permis d'études pour sa soeur Slina Saint-Juste jusqu'à maintenant, sans succès. Photo: Radio-Canada

Alors que plusieurs étudiants étrangers font leur entrée sur les bancs des écoles du pays cette semaine, Slina Saint-Juste est à 10 000 kilomètres de sa salle de classe. La jeune femme haïtienne n'arrive pas à obtenir de permis d'études, car le Canada craint qu'elle ne quitte jamais le pays, une fois son diplôme obtenu.

Un texte d’Andréanne Apablaza

Haïtienne d’origine, maintenant établie à Santiago, au Chili, Slina Saint-Juste est inscrite au programme en français d’éducation à la petite enfance pour étudiants étrangers du Collège Mathieu, en Saskatchewan. Après cinq demandes de permis refusées, et des milliers de dollars dépensés, elle perd peu à peu espoir de commencer sa formation à temps et ainsi éviter de perdre les frais de scolarité déjà déboursés.

Sa sœur, Nancie Auguste, établie à Regina et citoyenne canadienne, est devenue sa tutrice légale lorsque leur mère est décédée en Haïti. Slina et leur troisième sœur, Sliva, se sont installées au Chili, où d’autres membres de leur famille sont établis.

« Elle veut étudier en français, sa langue natale, et veut le faire en Saskatchewan », raconte Nancie Auguste.

La photo de Slina Saint-JusteSlina Saint-Juste, Haïtienne établie au Chili, souhaite venir étudier en français en Saskatchewan. Photo : Radio-Canada

Dans la dernière lettre de refus reçu du gouvernement canadien, dont Radio-Canada a obtenu copie, il est indiqué : « Je ne suis pas convaincu que vous quitterez le Canada à la fin de votre période de séjour. » La lettre donne différents motifs, comme des voyages antérieurs faits par Slina Saint-Juste, la raison de la visite ainsi que sa situation financière.

« C’est très frustrant pour moi, et je pense que ce serait frustrant pour n’importe qui », dit Nancie Auguste, qui estime être à court de moyens. « Slina veut commencer son avenir. Elle est francophone, elle a étudié en français en Haïti. »

La communauté francophone agit

Des membres de la communauté francophone dénoncent aussi le système d’immigration canadien par lequel doivent passer des centaines de personnes chaque année.

C’est un processus qui est très long et très douloureux.

Roger Lepage, avocat fransaskois

L’avocat fransaskois Roger Lepage s’est engagé à parrainer Slina Saint-Juste en payant, entre autres, les dépenses liées aux études de la jeune femme. Il a déboursé plus de 8000 $ jusqu’à présent notamment pour les frais de scolarité et de logement. Au total, il pourrait débourser plus de 20 000 $ afin que la future étudiante s'installe en Saskatchewan.

L'avocat fransaskois Roger LepageL'avocat fransaskois Roger Lepage parraine Slina Saint-Juste dans sa démarche pour venir étudier au Canada. Photo : Radio-Canada

Roger Lepage estime que le Canada a le droit de sélectionner les personnes qui entrent au pays. Il souligne toutefois que le Canada choisit ses nouveaux arrivants selon ses propres besoins, et selon des quotas pour les réfugiés. « Mais, il y a quand même des personnes entre les deux, qui ne tombent pas dans ces deux catégories-là, qui ont des besoins, et qui feraient éventuellement de très bons citoyens », dénonce-t-il.

« Un pays comme le Canada doit aussi ouvrir ses frontières à des personnes qui sont dans le besoin, même si la personne n’est pas une réfugiée, si on voit que c’est une personne qui a besoin d’aide », explique Roger Lepage.

« C’est difficile de comprendre ce qui fait peur au gouvernement », ajoute Bernard Laplante qui aide de façon bénévole depuis plusieurs années des personnes à faire des demandes d’immigration, de résidence, de citoyenneté ou de permis.

« C’est peut-être lié à tous les gens qui passent la frontière de façon irrégulière au Québec et puis en Ontario », avance-t-il.

Un nombre imposant de personnes ont tenté d'entrer au Canada en dehors des postes de contrôle au cours de l’été 2017 pour y faire une demande d’asile. La majorité de ces demandeurs étaient Haïtiens. C’était après que le gouvernement des États-Unis eut indiqué qu'un statut temporaire de résidence était réexaminé.

Selon une analyse de CBC publiée en février, le taux d’acceptation des demandes d’asile est en hausse. Il est passé de 44 %, en 2013, à 70 % pour les neuf premiers mois de 2017.

Une perte pour la communauté fransaskoise

Selon Roger Lepage, la communauté francophone fait des efforts depuis plusieurs années pour augmenter l’immigration francophone face à un taux d’assimilation très élevé en Saskatchewan.

« Si le Canada croit vraiment aux deux langues officielles et à l’épanouissement et au développement de la minorité francophone dans l’Ouest canadien, il me semble que ça serait facile pour lui de dire : "Pourquoi est-ce qu’on n’inclut pas Slina dans ce dossier-là? " », estime-t-il.

Des refus fréquents

Slina Saint-Juste n’est pas la seule dans sa situation. Selon le Collège Mathieu, les refus de permis d’études sont fréquents. Depuis que l’établissement scolaire accepte les étudiants étrangers, durant l'automne 2015, 9 demandes de permis ont été refusées. « Selon les informations dont nous disposons, 6 demandes de permis d’études sont toujours en attente d’une réponse de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) », explique le coordonnateur des communications, Sébastien Laperrière.

Même si la rentrée scolaire s’est faite mardi, le Collège Mathieu a offert à Slina Saint-Juste de commencer son programme à une date ultérieure et de lui offrir le soutien nécessaire afin qu’elle puisse rattraper le retard éventuel.

Bernard Laplante Bernard Laplante aide bénévolement des personnes dans le domaine de l'immigration depuis plusieurs années. Photo : Radio-Canada

Bernard Laplante explique que le processus de demande de permis d’études est non seulement long, mais aussi très coûteux. Un étudiant doit être accepté dans un programme d’études et payer les frais de scolarité afin d’obtenir un permis.

« Ça coûte énormément cher », souligne Bernard Laplante. « C’est très difficile, ces gens-là ont beaucoup de courage et sont tenaces. »

Le bénévole dit faire fréquemment face à de nombreux refus dans un même dossier. « Des fois, il faut s’y reprendre à plusieurs reprises », raconte-t-il. « Le fait que ça fait cinq fois qu’on demande le permis et c’est refusé chaque fois […] ça a plutôt l’air d’un refus systématique auquel on fait face. »

Saskatchewan

Éducation