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Un travailleur sur deux vit d'une paie à l'autre en Atlantique

Une tirelire et de l'argent.
Les Néo-Brunswickois devraient épargner davantage, selon des experts. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les travailleurs de l'Atlantique sont parmi les plus vulnérables au Canada et parmi les plus nombreux à vivre d'un chèque de paie à l'autre. C'est ce que révèle le dernier sondage de l'Association canadienne de la paie (ACP), un organisme qui sonde les travailleurs canadiens depuis 10 ans.

Un texte de Mathieu Massé

Selon le sondage 2018 de l'ACP, les Canadiens ne profitent pas assez de la bonne situation économique du pays pour rembourser leurs dettes ou pour mettre de l'argent de côté en prévision de la retraite.

Dans les provinces atlantiques, il n'est pas toujours facile d'épargner : 49 % des travailleurs de la région disent vivre d'une paie à l'autre, un pourcentage plus élevé que la moyenne nationale, située à 44 %. Le sondage révèle également qu'en Atlantique, 41 % des travailleurs dépensent la totalité de leur paie nette. Cette statistique est, là aussi, plus élevée que la moyenne nationale de 35 %.




Les travailleurs de l'Atlantique dans une position précaire

  49 %  des travailleurs de l'Atlantique vivent d'un chèque de paie à l'autre ( 44 % moyenne nationale)

  25 %  disent ne pas pouvoir trouver 2000 $ rapidement en cas d'urgence. ( 20 % moyenne nationale)

  96 %  des répondants sont endettés ( 94 % moyenne nationale)

  66 %  disent épargner 1/4 ou moins de leur objectif de retraite ( 72 % moyenne nationale)




Travailler sans arrêt

Vivre d'un chèque de paie à l'autre : Lucie Philippe connaît bien ce défi. Elle a élevé ses trois enfants seule à Edmundston. Pour y arriver, elle a dû travailler sans compter ses heures.

J'ai dû faire beaucoup, beaucoup, beaucoup d'heures. Faire 75 heures par semaine, c'était normal pour moi.

Lucie Philippe
Lucie Philippe a élevé ses trois enfants seule.Lucie Philippe a élevé ses trois enfants seule. Photo : Radio-Canada / Bernard Lebel

Quand elle a appris qu'un travailleur sur quatre en Atlantique n'arriverait pas à trouver 2000 $ en cas d'urgence ou d'imprévu, elle n'a pas été surprise. C'est certain que quand il arrivait des imprévus, c'était pas un cadeau. J'ai fini de payer ma maison cette année, mais je peux te dire que je l'ai hypothéquée pas rien qu'une fois.

Les enfants de Lucie Philippe sont maintenant adultes et ont quitté la maison. Les choses sont plus simples pour la femme, mais quand elle regarde le chemin parcouru, elle trouve que certains souvenirs lui rappellent les difficultés qu'elle a vécues. Les réunions de famille, j'en manquais pas une, mais je travaillais jusqu'à une heure de l'après-midi. J'allais à mon souper de famille à Saint-Quentin, à une heure d'ici, puis après le souper [et les] cadeaux, je disais : "OK les enfants, hop on embarque, parce que je travaille de nuit ce soir." Pis ça, ç'a duré plusieurs années.

Pas seulement les pauvres

Gaetano Gagliardi, conseiller à l'ACP, rappelle qu'à l'échelle canadienne, les statistiques qui ressortent du sondage ne s'appliquent pas uniquement aux personnes en situation de pauvreté. D'après le sondage, on voit que la moyenne du revenu par ménage, de plus en plus, est supérieure à 125 000 $ par année, et que 90 % des répondants travaillent à temps plein, dit-il.

Julie Caissie, présidente de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'économie familiale. Julie Caissie, présidente de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'économie familiale. Photo : Radio-Canada / Gilles Landry

Julie Caissie, présidente de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'économie familiale, abonde dans le même sens. Elle a commencé sa carrière en tant qu'intervenante en économie familiale et se souvient des gens qu'elle a guidés.

J'ai accompagné beaucoup de familles qui avaient peu de sous, mais aussi beaucoup de familles aisées.

Julie Caissie, présidente de l'Association du Nouveau-Brunswick pour l'économie familiale

Elle croit que l'éducation pourrait jouer un très grand rôle pour des familles qui ont du mal à joindre les deux bouts. [Il faut] s'assurer que les gens comprennent les composantes d'un budget et qu'ils sachent que, quand on vit avec un déficit mensuel, puis que ça continue, c'est comme une boule de neige.

Jean-Claude Basque, du Front pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick.Agrandir l’imageJean-Claude Basque, du Front pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell

Pour Jean-Claude Basque, du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, il est important de rappeler qu'en Atlantique, le salaire médian est parmi les plus bas au Canada. On sait aussi qu'au Nouveau-Brunswick, 35 % des employés font moins de 15 $ l'heure, donc un salaire brut d'à peu près 30 000 $. Ça donne une indication que, oui, il y a des gens qui travaillent, mais il y a beaucoup de personnes qui en arrachent.

Mario Nadeau, planificateur financier, répond aux questions du journaliste. Agrandir l’imageLe planificateur financier Mario Nadeau estime que la base des finances personnelles se trouve dans la discipline. Photo : Radio-Canada / Gilles Landry

Le planificateur financier Mario Nadeau indique qu'il ne faut pas se leurrer : quand il est question de budget et d'épargne, il faut faire preuve de discipline pour atteindre ses objectifs. Les dépenses, c'est souvent ce qu'on n'arrive pas à contenir. Ce qui arrive, c'est que les gens dépensent trop. Ils ont des besoins, mais des fois, c'est plutôt des désirs. Là, ils font des écarts et ça prend beaucoup de temps à se rattraper.

Peu d'épargne pour la retraite

Selon les données du sondage, 96 % des répondants en Atlantique sont endettés (94 % à l'échelle nationale) et 45 % disent être accablés par leurs dettes (40 % à l'échelle nationale).

Quand vient le temps de penser à la retraite, 66 % des Canadiens de l'Atlantique disent épargner à peine un quart de la somme qu'ils se sont fixée comme objectif, comparativement à 72 % à l'échelle du pays.

Malgré tout, l'âge ciblé de la retraite n'a pas changé. On espère toujours qu'à 61 ans, on aura accumulé assez pour se permettre de cesser de travailler : 41 % des travailleurs de l'Atlantique affirment qu'ils auront besoin d'une cagnotte d'un million de dollars pour y arriver.

Faisant preuve de réalisme, 33 % croient qu'il leur faudra travailler plus longtemps que ce qu'ils avaient prévu il y a cinq ans. La raison principale : le manque d'épargne retraite.

Conciliation travail-famille

C'est la première fois depuis que ce sondage est réalisé que les travailleurs se préoccupent davantage de l'équilibre travail-famille (33 % à l'échelle nationale) que d'obtenir un salaire plus élevé (26 %).

Selon le rapport, ce pourcentage est encore plus fort chez les gens qui sont dans la trentaine : 38 % d'entre eux disent que cet équilibre est le facteur le plus important.

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