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Des Premières Nations du nord du Manitoba fustigent Hydro et la province

Vue aérienne d'un chantier de construction sur lequel se trouvent, entre autres, trois grues.

Le grand chef Garrison Settee a tenu à souligner que les problèmes de « racisme omniprésent et continuel » persistent au chantier de la centrale hydroélectrique de Keeyask.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le grand chef d'un regroupement de Premières Nations du nord du Manitoba blâme Hydro-Manitoba et le gouvernement provincial pour leurs rôles dans l'abus « horrible » et « systématique » de femmes autochtones lors de la construction d'infrastructures hydroélectriques depuis les années 1960.

« Ce qu’il y a de plus choquant, c’est que ça a pris presque 40 ans pour commencer à corriger ces injustices », lance le grand chef des Premières Nations du Manitoba, Keewatinowi Okimakanak (MKO), Garrison Settee.

Nous connaissions ces histoires depuis longtemps. Nous savions que ces violences avaient été commises contre nos femmes, mais c’est seulement maintenant que cela voit le jour.

Garrison Settee, grand chef des Premières Nations MKO

Des allégations selon lesquelles des travailleurs d'Hydro-Manitoba auraient agressé sexuellement des femmes autochtones du nord de la province lors de la construction d'un projet hydroélectrique dans la région, dans les années 1960, se trouvent dans un rapport de la Commission de protection de l'environnement (CEC).

L’organisme provincial indépendant est chargé d'étudier les répercussions sociales et environnementales du développement hydroélectrique sur les communautés avoisinantes.

Des témoins interrogés pour ce rapport font état de viols où ils ne pouvaient pas intervenir et la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) est blâmée pour ne pas avoir pris au sérieux ces plaintes.

Un homme en costume avec une boucle d'oreille bleue. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Garrison Settee, le Grand Chef de Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO).

Photo : Radio-Canada

« Des agressions horribles et systémiques [de même que] l’exploitation de femmes et de filles des Premières Nations MKO adjacentes aux chantiers hydroélectriques durent depuis longtemps. Mais le territoire des MKO ne va pas tolérer la victimisation et l’abus de nos sœurs, quelle qu'en soit la forme », déclare M. Settee.

MKO, un groupe de revendication politique qui représente 30 Premières Nations du nord du Manitoba, élaborera une « stratégie de guérison » pour « s’assurer qu'il n'y aura pas plus de mal infligé » à ces communautés, indique Garrison Settee. Il n’a pas précisé de mesures concrètes.

Le Grand Chef des Premières Nations du MKO a remercié les femmes qui avaient témoigné aux audiences de la CEC pour leur bravoure.

Quant à la GRC, M. Settee a réclamé des excuses et indiqué qu’elle devait être « très sérieusement » tenue pour responsable pour n’avoir pas pris au sérieux ces plaintes au fil des ans.

« Le racisme continue »

Garrison Settee a tenu à souligner que les problèmes de « racisme omniprésent et continuel » persistent autour du chantier de la centrale hydroélectrique de Keeyask.

Il va y avoir un changement du paradigme selon lequel les affaires sont menées sur les terres des MKO.

Garrison Settee, grand chef des Premières Nations MKO

Le racisme se répand jusqu’à la salle de conseil d’Hydro-Manitoba, fait valoir Martina Saunders, ancienne vice-présidente du conseil d’administration du Partenariat Keeyask Hydro Power.

« C’était très difficile de tenter de faire quoi que ce soit », lance-t-elle. Mme Saunders était vice-présidente de 2014 jusqu'à sa démission, en 2017.

« Je me sentais isolée par le conseil d'administration parce que, quand j’évoquais des problèmes, tous se sentaient très mal à l'aise. Les problèmes que je soulevais ne recevaient pas une attention adéquate de la part d’Hydro », poursuit-elle.

Martina Saunders a déposé une plainte auprès de la Commission des droits de la personne du Manitoba en 2017. Le porte-parole d'Hydro-Manitoba, Bruce Owen, affirme que la société de la Couronne n’était pas au courant de cette plainte.

Une femme portant des lunettes, avec un mur coloré derrière elle. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Martina Saunders, ancienne vice-présidente du conseil d’administration du Partenariat Keeyask Hydro Power

Photo : Radio-Canada

« Nous connaissons les opinions de Mme Saunders et nous ne sommes pas d’accord avec son point de vue. Nous avons seulement appris aujourd’hui, grâce aux médias, qu’elle avait porté plainte auprès de la Commission des droits de la personne du Manitoba. Nous allons coopérer avec ce processus s’il va de l’avant », dit-il.

Réactions de la province

En réponse aux préoccupations exprimées par les MKO, la province soutient travailler « à bâtir de meilleures relations avec des Premières Nations du Nord touchées par le développement hydroélectrique, notamment le partenariat du projet Keeyask Hydro ».

« La ministre [des Relations avec les Autochtones et le Nord, Eileen] Clarke, a communiqué avec plusieurs leaders de communautés, dont les chefs de Fox Lake, de War Lake, de [la Première Nation crie de] Tataskweyak et de [la Première Nation crie de] York Factory, la semaine dernière, afin de se réunir pour parler de leurs préoccupations liées au rapport de la CEC et à d’autres problèmes du projet Keeyask », a indiqué un porte-parole

« De même, Hydro Manitoba a promis d’étudier les plaintes des leaders autochtones à ce sujet », indique le porte-parole du gouvernement du Manitoba. « Ce travail se poursuit. »

Manitoba

Égalité des sexes