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Les chargés de cours appellent à l'aide

Des gens levant la main en classe.

Les chargés de cours ont vu leurs conditions de travail se détériorer depuis de nombreuses années, entre autres en raison des compressions budgétaires de l'État.

Photo : Getty Images / skynesher

Radio-Canada

Précarité, isolement professionnel, bas salaires, groupes d'étudiants toujours plus importants, impacts sur la santé... La situation des chargés de cours universitaires est loin de s'améliorer, révèle un rapport publié mardi par l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université (ACPPU).

Un texte de Hugo Prévost

Dans le cadre d'un sondage effectué auprès de 2600 chargés de cours et professeurs contractuels d'un peu partout au pays, le rapport de l'ACPPU, intitulé De l'ombre à la lumière : les expériences du personnel académique contractuel, dresse un portrait inquiétant de l'environnement dans lequel ces employés des collèges et des universités dispensent leur savoir aux étudiants.

En effet, les compressions budgétaires des dernières années dans l'éducation postsecondaire, que ce soit au Québec ou ailleurs au pays, ont forcé les universités à confier davantage de tâches aux chargés de cours.

L'ACPPU constate ainsi une hausse des embauches de ce type de personnel enseignant, combinée à une plus grande précarisation de ces postes, en plus d'un accroissement de la taille des groupes d'étudiants. Ces tendances sont venues cimenter, puis aggraver d'importants problèmes qui perdurent « depuis les années 1980 », avance une responsable syndicale.

L'organisation a interrogé les participants d'un océan à l'autre sur leur domaine d'études, leur formation universitaire, le type de charge de cours offert, leurs emplois autres que celui de chargé de cours ou de professeur contractuel, mais aussi sur leur appréciation de leurs conditions de travail, leur accès aux ressources universitaires, leur stabilité d'emploi et l'impact de cette stabilité sur leur capacité à s'engager dans des projets à long terme (acheter une maison ou fonder une famille).

Selon les données du rapport, le recours aux employés à temps partiel et contractuels a bondi de 79 % entre 2005 et  2015, alors que le nombre de postes à temps plein couvrant toute l'année a reculé de 10 % pendant la même période.

« Il n'y a pas de surprise; on sait que c'est réel, qu'il y a une croissance de l'enseignement contractuel dans les universités et que l'enseignement repose en bonne partie sur les chargés de cours, principalement au premier cycle », affirme Christine Gauthier, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval (SCCCUL), à Québec.

On sait aussi que nos membres vivent de la précarité financière et professionnelle, en plus de travailler dans des conditions difficiles; se faire attribuer une charge de cours le 4 septembre pour un cours qui commence le 5 septembre, ça existe!

Christine Gauthier, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval

Tous les intervenants interrogés par Radio-Canada sont formels : il est difficile, voire impossible, de vivre uniquement des revenus de charges de cours.

À l'Université Laval, 60 % des membres du SCCCUL sont à la retraite ou occupent un poste à temps plein ailleurs qu'à l'université. Quant aux 40 % restants, ils occupent bien souvent un poste supplémentaire ailleurs au sein de l'organisation.

À l'échelle nationale, indique l'ACPPU, 48 % des chargés de cours et des enseignants contractuels occupent au moins un emploi en plus de leurs tâches d'enseignement.

Toujours selon Mme Gauthier, l'Université Laval compte également des chargés d'enseignement, qui disposent de contrats annuels, généralement plus stables que les contrats offerts aux chargés de cours. Cela ne les a toutefois pas empêchés de subir les contrecoups de la cure d'austérité gouvernementale des dernières années.

« On l'a vu avec les compressions budgétaires depuis 2015 : le contrat de certaines personnes a été réduit, passant d'une [tâche complète] à une tâche de 70 %, par exemple, ou encore de 50 %. Donc, au lieu d'avoir un emploi à temps plein, c'est un poste à 17,5 heures par semaine, à l'année », mentionne-t-elle.

Mépris

« Nos chargés de cours font un travail extraordinaire, mais se sentent méprisés... Nous avons des données de 1987 qui nous indiquent que plus de 50 % des cours étaient offerts à l'UQAM par des chargés de cours. Les [chargés de cours] ont des doctorats, font de la recherche, mais souvent, c'est méprisé », lance de son côté Marie Blais, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'UQAM (SCCUQ).

Dans le cadre du sondage mené par l'ACPPU, seuls 19 % des répondants ont affirmé que leur établissement d'enseignement « est un employeur modèle ». Ils sont toutefois 87 % à soutenir que leur emploi « a eu des répercussions adverses sur leur santé mentale ».

Aux yeux de Mme Blais, les universités fournissent « [...] des marges de manoeuvre » lorsque vient le temps, pour le gouvernement, de respecter ses engagements financiers, y compris en période d'austérité.

Quand il y a des compressions, qui coupe-t-on? Les chargés de cours! On augmente la taille des groupes. On l'a vu durant les années 1990, on l'a vu avec les compressions du gouvernement Couillard.

Marie Blais, présidente du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'UQAM

Stabilisation et valorisation

Pour permettre aux chargés de cours de sortir la tête de l'eau, Marie Blais et Christine Gauthier préconisent toutes deux des solutions qui ne sont pas que financières. Il faudrait bien sûr, disent-elles, créer davantage de postes de professeurs dans les universités, ce qui s'accompagne nécessairement de nouveaux engagements financiers pour payer ces embauches.

Cependant, les deux présidentes syndicales plaident plutôt pour une stabilisation des charges de cours, ainsi que pour une valorisation de ce travail. L'idée, disent-elles, consiste à contrer la précarité en permettant aux chargés de cours d'obtenir, par exemple, des contrats à plus long terme et des postes garantis à l'avance.

« Ça serait bien d'avoir, par exemple, une perspective [d'emploi] sur un an. Les professeurs ont [une garantie d'enseignement à l'avance], alors pourquoi pas les chargés de cours? Ce serait beaucoup moins insécurisant », indique Mme Blais.

« C'est sûr que l'insécurité a des effets sur la détresse; s'il y avait une plus grande stabilisation, ce serait extraordinaire. »

Cette précarité, combinée au « mépris, réel ou perçu, de la part des collègues, provoque de la frustration », poursuit Mme Blais. « Je peux vous dire qu'au sein des instances syndicales, on le voit, ça revient constamment. »

Même son de cloche du côté de Mme Gauthier, qui souhaite que l'on reconnaisse correctement « la contribution importante [des chargés de cours] à la mission des universités ».

« Si au moins l'université disait qu'on existe et qu'elle est fière de compter sur ses chargés de cours pour offrir un enseignement de qualité, je pense qu'on s'attaquerait à quelque chose d'important », soutient-elle.

La situation continue d'ailleurs de se dégrader, avance la présidente du SCCCUL. « On a de la misère à voir comment les choses pourraient s'améliorer », affirme-t-elle.

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