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L'aide médicale à mourir, une façon de faire qui bouleverse notre manière d'envisager la mort

Deux hommes et une femme entourent le lit d'une femme âgée en fin de vie.
Louise Bisson a pu mourir chez elle, entourée de ses proches. Photo: gracieuseté Nancy Bisson
Radio-Canada

L'aide médicale à mourir est de plus en plus utilisée en Abitibi-Témiscamingue. Dix-huit personnes ont choisi de mourir avec l'aide d'un médecin en 2017, comparativement à quatre en 2016.

Un texte de Jean-Marc Belzile

Il s'agit d'une façon de faire encore peu connue et qui suscite souvent bien des questions.

Louise Bisson, de Val-d'Or, fait partie des 18 personnes qui ont fait ce choix en 2017.

Elle souffrait beaucoup depuis qu'elle avait reçu un diagnostic de cancer des poumons. Louise Bisson avait notamment perdu l'usage de ses jambes et elle n'avait aucune chance de guérison.

Un sentiment de fierté

Enfant unique, c'est avec beaucoup de fierté que sa fille, Nancy Bisson, parle de sa mère.

Je trouve que c'est un beau cadeau qu'elle s'est fait, elle était fière. Elle ne voulait pas être un fardeau, finir ses jours dépendante et tout ça.

Nancy Bisson, fille de Louise Bisson

Louise Bisson a pu préparer tous les détails entourant son décès en compagnie de sa fille Nancy.

Je suis allée à la maison funéraire, j'ai choisi toutes les affaires, elle a participé à tout, toute la façon dont ça allait être fait, on a même choisi les photos ensemble. Ma mère, c'est une femme qui avait beaucoup d'humour, ça nous aidait. Des fois, on faisait des blagues sarcastiques et ça passait, mais c'est certain que, des fois, les gens de l'extérieur trouvaient ça terrible, mais pour nous, c'était notre façon de passer à travers, avance-t-elle.

Le jour venu

Le jour choisi est ensuite arrivé et c'est à ce moment que Nancy a réalisé que c'était la dernière fois qu'elle pourrait voir sa mère.

C'est un peu comme dans les films. On a passé chacun notre tour. Ce sont des moments privilégiés parce que mes enfants étaient très proches de ma mère. J'ai fait son hommage, c'était quand même beau. Puis après, on a écouté toute la musique qui a marqué nos moments de vie ensemble, parce que ma mère était toujours avec nous. Si on partait en voyage, elle venait avec nous, elle faisait partie de notre quotidien , raconte Nancy.

Deux chaises de parterre donnent une vue sur un lac.Louise Bisson a pu mourir dans un endroit paisible, dans sa cour arrière, au bord du lac Blouin. Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Ce que je trouvais troublant dans ces moments-là, parce qu'on avait du plaisir, on riait, c'était le fun. Je me disais : "Des moments de bonheur comme ça, il pourrait encore y en avoir". On savait que c'était la fin, qu'elle n'en avait plus pour très longtemps à vivre, mais c'est ça qui était troublant. C'est quand [...] on dit que c'est assez? On savait que la fin s'en venait, mais ces petits bonheurs, j'en aurais pris encore et encore, avoue-t-elle.

Le faire pendant qu'on est lucide

Pour sa mère, il était toutefois important de faire ce choix tout de suite, puisque son état se dégradait rapidement. Son cancer avait atteint le cerveau et pour bénéficier de l'aide médicale à mourir, il faut être considéré comme apte à prendre cette décision jusqu'au moment de l'injection.

Selon la Dre Chantal Tremblay, qui est coordonnatrice médicale à la Maison de soins palliatifs de la source Gabriel, à Val-d'Or, plusieurs patients ont cette crainte de perdre leurs facultés et de ne plus pouvoir bénéficier de l'aide médicale à mourir.

C'est vraiment le paradoxe que peut représenter cette loi, parce que les patients sont avisés qu'ils doivent être aptes et pour soulager la douleur, on donne parfois des médicaments avec des effets secondaires qui amènent de la confusion, de la somnolence, donc ç'a un impact sur l'aptitude à consentir. Il y a des patients qui, de peur de ne plus être capables de consentir, d'être aptes, vont s'empêcher de prendre les médicaments qui pourraient les soulager, indique-t-elle.

Revoir sa position

À la Maison de soins palliatifs de la source Gabriel, le conseil d'administration avait pris la décision, en 2016, de ne pas offrir l'aide médicale à mourir.

Une femme sourit à la caméra devant la plate-bande d'une résidence.La Dre Chantal Tremblay Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

L'organisation a finalement revu sa position en 2017, selon la Dre Tremblay.

On a été obligés, dans la première année, de transférer deux patients à l'hôpital pour qu'ils puissent avoir l'aide médicale à mourir, ça nous a fait beaucoup réfléchir. On avait l'impression de ne pas aller au bout des soins pour le patient, qu'on abandonnait aussi le patient. Il y a eu un cas en octobre 2017 d'une jeune femme de 27 ans qui a demandé l'aide médicale à mourir et on a révisé notre position, affirme-t-elle.

L'organisation permet maintenant à ses résidents de recevoir l'aide médicale à mourir, mais ce n'est pas l'équipe médicale de l'organisation qui procède à l'injection.

Les gens sont ouverts à ça, mais de là à poser le geste, il y a quand même une marge, une certaine barrière que certains ne veulent pas franchir et on essaie de respecter ça. On veut que les employés soient à l'aise, assure-t-elle.

Un geste difficile

Ce geste de donner la mort n'est pas toujours facile à faire, c'est pourquoi plusieurs médecins refusent d'y prendre part. Le moment de l'injection a d'ailleurs été le moment le plus difficile à vivre pour Nancy Bisson lors du décès de sa mère.

Ce processus-là, quand tu le vis, moi, j'ai été traumatisée un peu, parce que tu penses qu'ils vont donner les injections et ils s'en vont en dormant, mais ce n'est pas tout à fait ça la réalité. Il y a des bruits, des ronflements auxquels tu ne t'attendais pas et, un moment donné, j'aurais eu le goût de dire : "Ok, on arrête", mais ça passe et on a l'impression que ça dure une éternité, mais en réalité c'est très court, l'intervention. Après ça je me suis dit : "Wow, ça prend une force, ça prend beaucoup de courage, une force de caractère incroyable", parce que moi, je lui disais adieu à elle, mais elle, elle disait adieu à tout le monde, se souvient-elle.

Pour bénéficier de l'aide médicale à mourir, il y a plusieurs critères à respecter :

  • être détenteur d'une carte d'assurance-maladie;
  • être majeur et apte à consentir jusqu'au moment du geste;
  • être en fin de vie;
  • avoir une maladie grave et incurable;
  • avoir une situation médicale qui se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités;
  • éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions jugées tolérables.

En Abitibi-Témiscamingue, en 2017, 1,3 % des personnes décédées dans la région ont utilisé l'aide médicale à mourir, un chiffre qui pourrait augmenter si on se fie à des pays où cette façon de faire est permise depuis plusieurs années.

Aux Pays-Bas 3,75 % des décès en moyenne se sont produits avec l'aide médicale à mourir, contre 1,83 % en Belgique.

Abitibi–Témiscamingue

Aide médicale à mourir