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De retour à la CAQ, Christian Dubé promet de mener son mandat à terme s'il est élu

Un retour à la CAQ pour Christian Dubé

Le nouveau candidat caquiste de La Prairie, Christian Dubé, qui avait quitté son poste de député à peine quatre mois après sa réélection en 2014, a assuré lundi qu'il terminera cette fois son mandat, s'il est élu, et ce, même dans l'éventualité où son parti n'arriverait pas à prendre le pouvoir. « Je m'y engage solennellement », a-t-il déclaré.

Un texte de Bernard Barbeau

François Legault a présenté son nouveau candidat vedette, lundi matin, à La Prairie, dans la circonscription montérégienne du même nom, mais la nouvelle avait déjà fait la manchette dimanche.

Christian Dubé a voulu rassurer les électeurs dès le départ : il mènera à terme le mandat que les électeurs lui confieront, que ce soit comme ministre ou simple député.

Je prends 100 % de la mesure, qui est possible – c’est pas ça qu’on veut, mais qui est possible – qu’on soit dans l’opposition. Et je me dis : il faut que les gens comprennent que mon engagement en politique va passer par quatre ans comme député de La Prairie.

Christian Dubé, candidat de la CAQ dans La Prairie

Élu une première fois dans Lévis pour la CAQ en 2012, M. Dubé avait quitté la politique quatre mois après sa réélection de 2014 lorsqu’on lui avait offert le poste de premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

L’élection complémentaire qui avait suivi a coûté 600 000 $. M. Dubé avait cependant renoncé à l'indemnité de départ à laquelle il avait droit.

Il a raconté lundi que le PDG de la Caisse, Michael Sabia, lui avait alors fait une offre à laquelle il ne s'attendait pas et qu'il ne pouvait pas refuser. Le choix avait été difficile, mais « ça a été une très, très bonne décision, parce que [...] j'ai appris énormément de cette expérience ».

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a estimé qu'« il y a quelque chose d’un petit peu léger dans cet aller-retour ».

« Après quatre mois, il est parti parce qu’il était pas ministre, il était pas au gouvernement, a dit M. Lisée. Il n'aimait pas ça, poser des questions à l’Assemblée. [...] Il est allé prendre une job intéressante. Là, il revient, et si la CAQ , comme je le pense, n’est pas élue, qu’est-ce qu’il va faire dans quatre mois? »

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a elle aussi décoché quelques flèches à l'endroit du nouveau candidat de la CAQ.

« M. Dubé contribue au cynisme de la population face à la classe politique, a-t-elle accusé. Trente jours avant la nouvelle élection, la CAQ est bonne dans les sondages et il réapparaît. Honnêtement, ce n'est pas sérieux. »

Christian Dubé a souligné qu'il aurait joint l'équipe de la CAQ bien avant si ça n'avait été qu'une question de sondage.

Un soudain vide à combler

Stéphane Le Bouyonnec, qui était candidat caquiste dans La Prairie, a causé la surprise, la semaine dernière, en annonçant qu’il se retirait de la course électorale, mais aussi qu’il quittait ses fonctions de président de la CAQ.

Ses liens avec une entreprise proposant des prêts à taux d'intérêt très élevés avait précédemment fait grand bruit.

François Legault s'est rapidement tourné vers son ancien porte-parole en matière de finances pour remplacer M. Le Bouyonnec.

« C'est moi qui lui ai demandé, il y a quelques jours, a souligné M. Legault lundi. Je ne lui pas donné beaucoup d'heures pour répondre. Il a accepté ma demande et j'en suis tellement fier. »

L'homme de 61 ans a accepté de reprendre du service politique quand le chef de la CAQ l'a recontacté.

Il dit avoir résisté à l'envie de le faire avant la campagne électorale, mais il a vu dans cette nouvelle invitation de la CAQ une occasion irrésistible.

Il abandonne du coup un salaire annuel qui avoisine 1,3 million de dollars en incluant les primes. C'est 1,15 million de plus que ce qu'il peut espérer gagner en politique.

La Prairie avant les Finances

Pressenti comme un potentiel ministre des Finances, M. Dubé a soutenu qu'il ne s'intéresse pas à ce portefeuille plus qu'à un autre, insistant sur le fait qu'il ne pense pour le moment qu'à servir les citoyens de La Prairie.

M. Legaut a de nouveau refusé de dire qui pourrait faire partie de son éventuel Conseil des ministres.

Jean-François Lisée a fait remarquer que la CAQ avait déjà son « escouade économique ».

« Ça veut dire qu’il n’y a personne qui était à la hauteur dans ces 36 là? » s'est interrogé le chef du PQ. « Il dit : "Tassez-vous, j’ai mon gars, c’est celui que je voulais." J’aimerais ça, moi, être présent dans la prochaine rencontre de l’équipe économique de la CAQ pour voir ce qui va se passer. »

Comme il y a beaucoup de monde qui s’est présenté pour la CAQ pour avoir ces jobs-là et ils viennent de se faire dire que c’est le dernier rentré qui va avoir la job, il doit y avoir du mécontentement.

Jean-François Lisée, chef du PQ
M. Legault serre M. Dubé contre lui.François Legault et Christian Dubé. Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

La Caisse et le contenu québécois du REM

Sur la décision de la Caisse de faire construire en Inde plutôt qu'au Québec les 212 voitures du Réseau express métropolitain (REM), Christian Dubé a expliqué qu'il aurait fallu que le gouvernement libéral exige que ladite construction soit faite dans la province, car il s'agissait d'une question de nature politique.

En l'absence d'une telle demande, la CDPQ devait s'en tenir à sa mission première. « Comme gestionnaires de l’État, on devait faire le projet au meilleur coût », a affirmé M. Dubé.

Le gouvernement du Québec n'a pas joué son rôle. Je continue de penser que quand Philippe Couillard a investi 1,3 milliard à la Caisse pour le REM, il aurait dû, à l'époque, exiger un contenu québécois, mais il ne l'a pas exigé.

François Legault, chef de la CAQ

« Et la Caisse, qui a un objectif d'optimiser le rendement, a fait ce qu'elle avait à faire », a-t-il ajouté.

« Pour moi, la Caisse, avec le jeu de cartes qu’elle avait pour être capable d’amener ce projet à terme, au meilleur coût, aux meilleures conditions, a pris les meilleures décisions, a déclaré Christian Dubé. Dans un autre contexte, ça aurait pu être différent. »

La CAQ a exigé un temps que le gouvernement renégocie le contrat du REM. « Est-ce que je supporte le fait que la CAQ ait demandé du contenu québécois? Je supporte ça à 100 % », a-t-il dit.

Mais aujourd'hui, « le projet est en branle » et « renégocier le contrat à ce moment-ci, c’est impensable », a-t-il ajouté.

Son chef a souligné qu'on a appris, l'hiver dernier, qu'annuler le contrat entraînerait une pénalité de 1 milliard de dollars. « Ça vient un peu répondre à la question », selon M. Legault.

Le REM est projet de train de banlieue de 26 stations comprenant une ligne allant de Deux-Montagnes à Brossard en passant par Montréal et deux autres lignes vers l'ouest de l'île. Il s’agit d’un projet de près de 7 milliards de dollars, dans sa mouture actuelle, auquel la CDPQ contribue pour 3 milliards de dollars. Les gouvernements du Québec et du Canada ont chacun une part de 1,3 milliard, tandis qu'Hydro-Québec en a une de 300 millions. La CAQ souhaite le bonifier en ajoutant quelques stations sur la Rive-Sud.

Couillard évoque une « zone de fracture »

Christian Dubé et François Legault s'entendent par ailleurs très bien sur le rôle que doit jouer la Caisse et sur l'indépendance dont elle doit jouir, ont-ils assuré.

Le leader libéral Philippe Couillard a toutefois noté que les deux hommes avaient plusieurs fois exprimé des opinions divergentes sur plusieurs sujets.

Il y a clairement une zone de fracture entre ce que M. Dubé a dit et ce que M. Legault a dit depuis plusieurs années.

Philippe Couillard, chef du PLQ

« Ça va être fascinant de regarder les conversations à l’intérieur de la CAQ, a-t-il lancé. Par exemple, il a félicité la cimenterie McInnis de commencer ses activités en Gaspésie, alors que M. Legault dit que c’est du gaspillage. »

La CAQ a dénoncé plusieurs fois dans le passé l’investissement de l’État québécois dans ce projet qu'elle jugeait mal géré. Or, la Caisse de dépôt et placement du Québec en est l'actionnaire de contrôle.

En entrevue à Midi info, M. Dubé a raconté qu'il était au départ lui-même opposé au projet de construction d'une cimenterie à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie. Mais il a dû le défendre une fois à la Caisse puisqu'il était alors déjà en marche.

« Je dois vous avouer qu'aujourd'hui, je suis très fier que l'usine fonctionne », a-t-il mentionné.

Quant à la possibilité que Christian Dubé se retrouve responsable de la CDPQ – ce qui serait le cas s'il devenait ministre des Finances –, M. Legault a estimé que ce ne serait « pas nécessairement » délicat et que ça n'engendrerait aucune apparence de conflit d'intérêts. « Je ne pense pas », a-t-il dit.

Avec des informations de Julie Marceau

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