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Ottawa réagit avec véhémence à la condamnation de deux journalistes au Myanmar

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Les journalistes de Reuters Kyaw Soe Oo (gauche) et Wa Lone (droite), condamnés à sept ans de prison lundi au Myanmar.

Les journalistes de Reuters Kyaw Soe Oo (gauche) et Wa Lone (droite), condamnés à sept ans de prison lundi au Myanmar.

Photo : Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Chrystia Freeland a vivement décrié, lundi, la condamnation au Myanmar de deux journalistes de l'agence Reuters à sept ans de prison pour « atteinte au secret d'État ». Ailleurs dans le monde, de nombreuses voix se sont élevées pour demander la libération de ces reporters qui enquêtaient sur un massacre de musulmans rohingyas par l'armée birmane.

La ministre des Affaires étrangères du Canada a appelé à ce que les deux journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo « soient libérés immédiatement afin qu'ils puissent retrouver leur famille et poursuivre leur travail essentiel ».

« Le verdict prononcé aujourd'hui n'est pas un juste reflet des faits entourant cette affaire. Il remet sérieusement en question la possibilité d'en arriver un jour à la liberté d'expression, à la démocratie, et à une application équitable et transparente du droit au Myanmar », a ajouté Mme Freeland.

Bob Rae, l’envoyé spécial du Canada au Myanmar, a déclaré qu’il s’agissait d’un « moment très difficile pour la démocratie et pour la liberté d'expression » lors de son passage à RDI Matin.

L’ex-élu fédéral et provincial (Ontario), qui s’est rendu quatre fois au Myanmar, a affirmé que « ces deux journalistes sont en prison parce qu'ils ont dit la vérité ».

Ça n'a rien à voir avec la justice.

Bob Rae

Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, a demandé que le Myanmar libère « immédiatement et sans condition » les deux journalistes ainsi que « tous les autres journalistes actuellement en détention pour leur exercice légitime du droit à la liberté d'expression ».

Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, ainsi que des organisations internationales de défense des droits de la personne ont également dénoncé les verdicts.

« Aujourd’hui, c'est une journée triste pour le Myanmar, les journalistes de Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, et l’ensemble de la presse », a quant à lui déclaré le rédacteur en chef de Reuters, Stephen J. Adler.

Enquête sur les exactions de l’armée

Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont été reconnus coupables d’avoir violé la Loi sur les secrets officiels dans le cadre d’une enquête sur l’exécution de Rohingyas par des membres de l’armée du Myanmar.

Le journaliste de Reuters Kyaw Soe Oo arrive à la cour de Yangon, au Myanmar, le 3 septembre 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le journaliste de Reuters, Kyaw Soe Oo, arrive à la cour de Yangon, au Myanmar, le 3 septembre 2018.

Photo : Reuters / Ann Wang

« Ayant tous deux atteint au secret d'État, ils sont condamnés à sept ans de prison chacun », a lancé le juge Ye Lwin, devant une salle d'audience remplie au maximum de sa capacité.

La police avait arrêté les journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo en décembre dernier, pour avoir obtenu des documents confidentiels liés à l'État de Rakhine. Ils étaient détenus de manière préventive depuis cette arrestation.

L’enquête des journalistes de Reuters détaillait les événements qui ont mené au meurtre de 10 hommes rohingyas du village d'Inn Din, dans l'État de Rakhine, des hommes qui ont ensuite été enterrés dans une fosse commune après avoir été tués à la machette ou abattus par des voisins et des soldats bouddhistes.

La démarche journalistique s'appuyait sur des entretiens avec des bouddhistes ayant admis avoir mis le feu à des demeures de Rohingyas, enterré des corps et tué des musulmans dans le cadre de ce qu'ils décrivent comme une hystérie de violence déclenchée lorsque des insurgés rohingyas ont attaqué des installations des forces de sécurité, en août dernier.

Les témoignages représentent la première instance où des soldats et des policiers paramilitaires sont impliqués, par des membres des forces de sécurité, dans des incendies criminels et des exécutions dans le nord de l'État de Rakhine. Selon les Nations unies, il pourrait s'agir d'un génocide.

Dans le reportage, le Myanmar affirmait que son « opération de nettoyage » était une réponse légitime aux attaques des insurgés.

Quelques jours après l’arrestation des journalistes, l’armée du Myanmar avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas le 2 septembre 2017, et 7 militaires ont été condamnés à 10 ans de prison pour ce massacre.

Kyaw Soe Oo s’est adressé à la foule de journalistes avant d’être poussé à bord d’un fourgon en direction de la prison. « Le gouvernement peut bien nous emprisonner, mais ne fermez pas les yeux et les oreilles du peuple », a-t-il déclaré. Sa femme s'était effondrée en larmes à l'énoncé du verdict.

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Un homme menotté flanqué de deux policiers.

Les explications de Jacaudrey Charbonneau

Photo : Reuters / Ann Wang

Un contexte de grande tension

Le verdict rendu lundi matin survient dans un contexte de grande tension entre le Myanmar et la communauté internationale : lundi dernier, des enquêteurs de l'ONU ont publié un rapport évoquant un « génocide » des Rohingyas et accusant directement l'armée, mais aussi le silence d'Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement civil depuis 2016.

Mardi, la question de la poursuite des militaires devant la justice internationale a été débattue au Conseil de sécurité de l'ONU.

Des gens marchent avec une banderole sur laquelle ils demandent la libération des journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo, de Reuters.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une marche de solidarité pour les deux journalistes de Reuters condamné pour avoir porté atteinte au secret d'État s’est tenue au Myanmar le 1er septembre 2018.

Photo : Reuters / Ann Wang

En 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, face aux violences commises par les forces armées et des milices bouddhistes, une répression qualifiée par l'ONU de « nettoyage ethnique », et même désormais de « génocide ».

Dure transition vers la démocratie

Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada, s’inquiète de l’état de la transition démocratique du pays d’Asie du Sud-Est. « Ce verdict porte un coup dur à l'État de droit [...] et mine les efforts du peuple du Myanmar qui lutte depuis des décennies pour la démocratie », a affirmé Freeland.

Mettre deux journalistes en prison pour avoir dit la vérité, ça montre à quel point la démocratie n'est plus là au Myanmar.

Bob Rae, envoyé spécial du Canada au Myanmar

Dans le même ordre d’idées, Bob Rae analyse : « Ce qui est en place, c'est un gouvernement qui est à la fois militaire et soi-disant parlementaire. C'est clair que c'est le militaire qui est en charge du pays. C'est ce qui fait qu'il est difficile pour les gens de parler publiquement. »

Stephen J. Adler, rédacteur en chef de Reuters, l’agence de presse pour qui travaillaient les deux journalistes emprisonnés, croit aussi que la décision constitue un recul majeur dans la transition du Myanmar vers un régime démocratique. « Cela ne peut pas aller de pair avec l’État de droit ou la liberté d’expression », a-t-il dit.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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