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Une maison d’hébergement pour ex-travailleuses du sexe dans la région de Montréal

Le reportage de Marie-Laurence Delainey

Une première maison d'hébergement à long terme pour les anciennes travailleuses du sexe ouvrira ses portes cette semaine dans la région de Montréal. L'organisme La Sortie offrira un toit pour favoriser la réintégration sociale des « survivantes » d'exploitation sexuelle.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Chantal a été mise à la porte de chez elle à l’âge de 16 ans. Son emploi dans un restaurant ne lui permettant pas de subvenir à ses besoins, elle a commencé à travailler pour une agence d’escortes.

« J’avais des amies de filles qui faisaient ça. Elles m’ont dit : "Tu vas voir, ça va être payant." Parce que je travaillais comme serveuse, la semaine, à 5,28 $ l’heure. Alors j’ai appelé. On m’a dit : ''C'est beau, ce soir, il y a un chauffeur qui va aller te ramasser.'' »

Chantal, une ex-travailleuse du sexeChantal, une ex-travailleuse du sexe Photo : Radio-Canada

La femme de 40 ans raconte avoir travaillé « à temps partiel » pour différentes agences durant cinq ans.

« Chaque agence est différente, explique-t-elle. Il y en a, tu te promènes avec un chauffeur. Ça peut être de jour, de nuit. Il y en a qui louent des chambres de motel, dans des motels assez miteux. »

À un moment donné, après une nuit qui n’a pas été agréable du tout, ça a été vraiment rock’n’roll. Je me suis regardée dans le miroir et je me suis dit : ''Je ne peux plus faire ça''.

Chantal, ex-prostituée

« L’homme me répugnait, se souvient-elle. De voir des hommes être capables de traiter des femmes de cette manière-là… »

Chantal a choisi de quitter le milieu sans l’aide de personne. Elle explique qu’à l’époque, il y avait peu de ressources pour les victimes d'exploitation sexuelle.

Selon la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), Montréal compterait plus de 1100 salons de massage, bars de danseuses et agences d'escortes.

« Il est possible de s’en sortir »

Il existe maintenant plusieurs organismes partout au Québec qui accompagnent les femmes qui veulent cesser ces activités. Mais jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait aucune maison d'hébergement à long terme dans le grand Montréal.

À partir du 7 septembre, la résidence pour survivantes de l’exploitation sexuelle jouera ce rôle. Deux intervenantes, dont une qui y demeurera en permanence, y travailleront.

Maylissa, qui s'est livrée à la prostitution à l'adolescence, s’y rendra, elle, de manière ponctuelle.

« On va les accompagner de différentes façons. On peut les accompagner dans un processus judiciaire, les accompagner dans leurs habiletés sociales, on peut les accompagner pour trouver un logement... », dit-elle.

Une ex-travailleuse du sexe, MaylissaUne ex-travailleuse du sexe, Maylissa Photo : Radio-Canada

La maison pourra pour l’instant accueillir seulement cinq femmes, faute de financement. Le directeur général de La Sortie, Ronald Lepage, souhaite tripler le nombre de places offertes.

« L’hébergement est ce qui coûte le plus cher dans les services sociaux. On est allés plus au niveau du privé et de la philanthropie pour pouvoir financer, parce qu’en ce moment, c’est plus le privé qui est au rendez-vous dans cette réalité-là », dit-il.

Cette nouvelle ressource permettra de changer les choses et de rappeler qu’il est possible de s’en sortir, insiste Chantal.

« Probablement […] que des gens leur ont dit : ''Vous n’êtes pas des bonnes personnes, [vous êtes] juste bonnes à faire ça '' », croit Chantal.

Avec cette maison-là [ce sera] un nouveau départ, elles vont pouvoir sortir tout leur potentiel.

Chantal, ex-prostituée

Les organismes œuvrant auprès des mineurs qui se prostituent estiment qu'environ 4000 filles et garçons, âgés de 12 à 25 ans, seraient engagés dans des activités sexuelles commerciales à Montréal.

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