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analyse

Pourquoi Donald Trump déclare-t-il la guerre au Canada?

Donald Trump dans le bureau ovale.

Photo : Reuters / Brian Snyder

Michel C. Auger

On ne doit pas se tromper : Donald Trump a vraiment déclaré une guerre – commerciale, mais une guerre tout de même – au Canada. Un plan tout à fait calculé, très logique de son point de vue, et qui s'explique quand on essaie de comprendre ses objectifs.

Ils sont à la fois politiques et commerciaux. Politiques d’abord : si M. Trump cible précisément l’industrie laitière et celle de l’automobile, c’est qu’elles sont cruciales pour son éventuelle réélection en 2020.

Il y a deux ans, M. Trump avait réussi à se faire élire président, même s’il avait obtenu trois millions de voix de moins que son adversaire. C’est parce que, dans le système d’élection indirecte par un collège électoral, M. Trump a gagné, par une faible marge, des États traditionnellement démocrates comme la Pennsylvanie, le Wisconsin – deux des principaux États producteurs de lait – et le Michigan, où est concentrée l’industrie automobile.

S’il veut gagner en 2020, il devra faire la même chose. Il voit que son taux d’approbation dépasse à peine les 40 %, il lui faudra donc bien cibler les États qu’il doit absolument gagner.

Ce n’est donc pas un hasard si l’obsession récente de M. Trump pour l’industrie laitière canadienne date d’une visite effectuée au Wisconsin.

Depuis longtemps, l’industrie laitière américaine se plaint des politiques protectionnistes du Canada qui interdisent aux produits américains l’accès au marché canadien.

M. Trump est plus qu’heureux de devenir leur champion, surtout si cela rapporte des voix en Pennsylvanie et au Wisconsin lors de la prochaine présidentielle.

« Une Chevrolet Impala »

M. Trump sait aussi que des tarifs à hauteur de 25 %, qu’il peut imposer seul, sans l’aval du Congrès, feraient très mal à l’industrie automobile canadienne.

N’a-t-il pas dit que pour faire taire les Canadiens, il n’avait qu’à « montrer la photo d’une Chevrolet Impala », assemblée à Oshawa, en Ontario?

De tels tarifs finiraient par faire augmenter les prix des voitures achetées aux États-Unis aussi, mais ils feraient encore plus mal au Canada, et surtout, beaucoup plus rapidement. Ce qui est dans la logique d'un des tweets célèbres du président : « Une guerre commerciale est facile à gagner et elle n’a pas besoin de durer très longtemps ».

Le pari que fait M. Trump, c’est que le Canada finira par céder sous la pression et que, de toute façon, si cela devait commencer à faire mal aux États-Unis, il pourrait toujours retirer ses tarifs.

Cela dit, pourquoi choisir de déclarer la guerre au Canada? On aurait pu croire que les États-Unis avaient bien plus de sources d’irritation commerciales avec le Mexique ou avec la Chine.

Mais selon des conseillers de M. Trump cités par le Washington Post (Nouvelle fenêtre), le Canada sert à démontrer qu’il va jouer dur dans ses négociations avec tous les pays et que personne ne doit s’attendre à des concessions de sa part.

S’il est prêt à déclarer la guerre au Canada, son voisin, son principal partenaire commercial et son allié de toujours, et à l’exclure d’un accord commercial nord-américain, les Chinois, les Coréens ou l’Union européenne ne doivent pas s’attendre à un traitement de faveur.

En plus, le président Trump n’a aucun atome crochu avec Justin Trudeau et il n’a aucune raison de lui faire de cadeau.

Un système de contre-pouvoirs

Il faut dire aussi que le système américain est fait de nombreux paliers de contre-pouvoirs et que le président ne peut pas faire tout ce qu’il veut.

Ainsi, les principaux lobbies économiques, dont la puissante Chambre de commerce des États-Unis, veulent le maintien de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et le font savoir à l’administration.

Le Canada a fait un intense lobby auprès des sénateurs, membres du Congrès, gouverneurs et intervenants économiques locaux, surtout dans la trentaine d’États – dont plusieurs ont été remportés par M. Trump aux dernières élections – dont le Canada est le principal partenaire commercial, pour bien montrer que des emplois américains dépendent du marché canadien.

Certaines industries, comme l’automobile en particulier, sont tellement intégrées au plan continental qu’il serait pour ainsi dire nécessaire de défaire l’omelette, si le Canada n’était plus dans un accord commercial nord-américain. Et le lobby de l’industrie automobile est très puissant et bien organisé.

Et enfin, il y a le Congrès. La plupart des experts de la constitution américaine estiment que M. Trump ne peut pas dénoncer l’ALENA actuel sans l’accord du Congrès, puisque ce sont les législateurs qui passent les lois qui donnent effet aux accords commerciaux et que ces lois restent en vigueur, même si le président veut se retirer de l’accord initial.

Rien n’est donc joué. Mais il est évident que le président Trump va exercer une pression maximale sur le gouvernement Trudeau au cours des prochains jours. Une pression qu'il ne sera pas facile de subir à Ottawa, surtout si la solution est d’accepter tout ce que veulent les Américains ou de décider qu’il vaut mieux se retirer, même temporairement, d’un nouvel ALENA.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

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