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Apuiat : Lisée demande à Hydro de lever la confidentialité de l’entente de principe

Une tour éolienne en forêt
Une éolienne Photo: Radio-Canada / Brigitte Dubé
Radio-Canada

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, demande à Hydro-Québec de « lever la confidentialité de l'entente de principe » entre Hydro-Québec et les promoteurs du projet d'énergie éolienne Apuiat, dans la région de Port-Cartier. Mais s'il a fait campagne en fin de semaine sur la Côte-Nord en suggérant qu'il était en faveur du projet, son idée n'est pas encore tout à fait arrêtée.

Un texte de Jérôme Labbé

« J’ai demandé aujourd’hui à Hydro-Québec de lever la confidentialité sur l’entente de principe, pour que les gens arrêtent de dire n’importe quoi. »

C’est une des premières choses qu’a dites M. Lisée en descendant de son autocar de campagne, samedi après-midi, au maire de Port-Cartier, Alain Thibault.

« Vous, vous les connaissez, les chiffres – et moi, j’ai une bonne idée –, mais on n’a pas le droit d’en parler, parce que c’est confidentiel », a-t-il expliqué. « M. Legault, lui, il ne les connaissait pas non plus, et puis il s’est bien excité. Ça fait que pour calmer M. Legault – qui manque de jugement – s’il voyait les chiffres, ça le calmerait. »

« Et puis s’il rencontrait les Innus, aussi, je pense que ça lui permettrait d’avoir un autre son de cloche », a acquiescé le maire Thibault. « Il ne pourra pas toujours se cacher! »

Tout était donc en place pour une rencontre à huis clos d’environ une demi-heure à la mairie, un tête-à-tête d’où M. Thibault est ressorti satisfait.

Les deux hommes sont encerclés de journalistes.Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée et le maire de Port-Cartier, Alain Thibault, discutant du projet d'énergie éolienne Apuiat. Photo : Radio-Canada

Car le maire de Port-Cartier, qui souhaite profiter de la campagne électorale québécoise pour rencontrer tous les chefs des principaux partis politiques, admet volontiers qu’il préfère la position du PQ à celle de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans le dossier éolien.

« La volonté est là, contrairement à M. Legault, remarque-t-il. C’est bien sûr, il a ses idées, mais par contre, pour nous autres, ce qui est important, c’est de réaliser ce projet-là. On en a grandement besoin. »

Impliqués dans le projet, les Innus souhaiteraient aussi rencontrer le chef de la CAQ, mais on ne sait pas encore si celui-ci viendra sur la Côte-Nord pendant la campagne électorale.

Jean-François Lisée, lui, a discuté de la question samedi matin avec Martin Dufour, chef du conseil de bande d’Essipit, qui négocie au nom des neuf communautés concernées. Cette rencontre, toutefois, s’est déroulée à huis clos, et il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires du chef Dufour par la suite.

Un projet qui fait consensus... ou presque

Apuiat, c’est un projet de 200 mégawatts d’énergie éolienne que souhaiterait lancer la société Boralex, en partenariat avec les communautés autochtones, dans la région de Port-Cartier.

Sur la Côte-Nord, on trouve peu de voix dissonantes : tout le monde semble en sa faveur, des syndicats de travailleurs aux Premières Nations, en passant par la Chambre de commerce de Port-Cartier.

Or, le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, s’est montré réticent à donner son aval au projet, jugeant qu’il n’était pas assez rentable. La société d’État a donc demandé au ministère des Finances de cautionner le projet, advenant que les profits ne soient pas au rendez-vous.

Après trois ans de négociations, une entente de principe a finalement été conclue le 22 août dernier, soit la veille du déclenchement du scrutin. Les parties impliquées se sont toutefois entendues pour attendre la fin de la campagne électorale avant d’apposer leur signature au bas du contrat. En attendant, elles ont consenti à n’en rien dévoiler.

Juste avant les élections, tant le premier ministre, Philippe Couillard, que son ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, se sont clairement positionnés en faveur du projet. Mais la CAQ le juge superflu et se demande pourquoi les contribuables québécois devraient se porter garants du résultat.

Jeudi dernier, son chef, François Legault, s’est dit en faveur du développement éolien, « en autant qu’on en ait besoin », une sortie qui n’a pas plu à la députée sortante Lorraine Richard, qui tentera le 1er octobre d’obtenir un sixième mandat consécutif dans la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.

Un point de presse près de la marina.Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en compagnie sa candidate dans Duplessis, Lorraine Richard, dimanche matin, à Sept-Îles. Photo : Radio-Canada

« On a les mêmes surplus d’électricité à l’heure actuelle qu’à l’époque où il nous parlait d’une deuxième baie James! », s’insurge la députée sortante, faisant référence à l’important projet hydroélectrique promis par le chef de la CAQ en 2016.

Je trouve ça dommage, parce que M. Legault est en train de bousiller un projet qu’il ne connaît pas, et nous, on en a besoin pour notre développement.

Lorraine Richard, députée sortante de Duplessis (PQ)

Même son de cloche à l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL). Son chef, Ghislain Picard, estime que « les arguments [de François Legault] sur les surplus d’énergie, ça ne tient pas la route ».

« Des projets hydroélectriques comme celui de la Romaine ont détruit une importante partie de nos terres sans qu’aucune compensation ne nous soit versée, souligne M. Picard. Pourquoi ne pas saisir cette opportunité pour créer de l’énergie propre? Un projet comme celui-ci pourrait contribuer à l’indépendance économique de nos communautés sans pour autant détruire nos rivières. »

« Et puis si nous voulons rapprocher les Québécois et les Autochtones, nous devons commencer avec ce genre de partenariat, dont les deux communautés pourront bénéficier », affirme-t-il. « Ça nous donnerait un bon élan. »

De passage à Drummondville, dimanche après-midi, le chef de la CAQ a réaffirmé son opposition au projet, tout en soulignant l’ambivalence du Parti québécois. « Il me semble que, si on fait appel à l’intelligence des Québécois, on n’achète pas d’électricité quand on est en surplus », a-t-il fait valoir. « M. Lisée n’a plus l’air de savoir s’il est pour ou contre, tandis que nous autres, on a toujours eu la même position. »

L’opinion de Jean-François Lisée pourrait encore changer. S’il dit avoir un « préjugé très favorable », le chef péquiste attendra de voir les détails de l’entente de principe avant de se prononcer pour de bon. Mme Richard, elle, « soutient les gens de [sa] circonscription [et] pense que c’est un projet qui serait structurant ». « Elle est plus enthousiaste que moi dans ce projet-là », observe-t-il.

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