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Quel avenir pour le seul port en eaux profondes de l'Arctique canadien?

Vue aérienne d'un port avec un grand navire-cargo et des silos à grain, au beau milieu d'un paysage de toundra, en été.
Certains doutent de la viabilité d’un circuit arctique pour le transport du grain, alors que pour d'autres, la vente du port de Churchill et de son chemin de fer signale un avenir radieux pour le port et la communauté qui compte dessus. Photo: Radio-Canada / Sean Kavanagh
Radio-Canada

L'entente pour réparer la voie ferrée endommagée qui est l'unique lien terrestre entre Churchill et le reste du Manitoba permet, certes, une réduction du prix de la nourriture pour les résidents, mais elle pose aussi la question de l'avenir du seul port en eau profonde de l'Arctique canadien.

Naguère animé, le port de Churchill a cessé ses opérations en 2016. Au printemps 2017, des inondations ont endommagé la voie ferrée reliant la communauté sur la baie d’Hudson à d’autres communautés du nord de la province.

Depuis, la société américaine propriétaire de la voie ferrée et du port, OmniTRAX, a refusé de réparer la voie ferrée en raison des coûts, qu'elle juge trop élevés.

Or, la communauté située à 1000 km au nord de Winnipeg sort de l’impasse. Après maintes ententes avortées, le consortium Arctic Gateway Group Limited Partnership a fait l’acquisition de tous les biens d’OmniTRAX au nord du Manitoba, à savoir la compagnie de chemin de fer Hudson Bay Railway Company, la société portuaire Hudson Bay Port Company et le parc de stockage Churchill Marine Tank Farm.

L’acheteur, Arctic Gateway, est un partenariat public-privé qui comprend la société en commandite Missinippi Rail, Fairfax Financial Holdings, AGT Limited Partnership et des Premières Nations.

Le maire de Churchill, Mike Spence, affirme que cette entente lui donne de l’espoir pour l’avenir du port. « L’avenir est prometteur sur ce front », lance-t-il.

Un géant de l’agroalimentaire dans le coup

AGT est une entreprise de Regina qui se spécialise en légumineuses et en denrées de base. Sa participation dans Arctic Gateway est donc une bonne nouvelle, selon le président de la Chambre de commerce de Churchill, Dave Daley. Il espère que AGT se servira de Churchill pour exporter ses produits sur les marchés mondiaux.

« AGT est un gros joueur en agriculture et [Churchill] offre le trajet le plus court pour exporter ses produits », déclare-t-il, en notant que nombre de villageois célébraient l’entente vendredi soir.

Le port de Churchill était le principal employeur de la communauté quand il a été privatisé par le gouvernement fédéral et vendu à OmniTRAX, en 1997. Il servait principalement à charger du grain canadien sur des cargos afin de l’acheminer partout au monde.

Un ours polaire dans la toundra dans la région de Churchill.Un ours polaire dans la toundra dans la région de Churchill. Photo : Alex Beatty/Centre d'études nordiques de Churchill

Quatre ans après l’élimination du monopole de la Commission canadienne du blé, en 2012, et 1 an après le rachat de celle-ci par l'entreprise G3 Global Grain Group, en 2015, OmniTRAX a arrêté les opérations du port en raison de la chute du trafic ferroviaire.

Le président-directeur général de AGT, Murad Al-Katib affirme que l’achat du chemin de fer et du port est une occasion de développer un portail vers l’Arctique.

« Nous ne pouvons pas ignorer le potentiel du seul lien terrestre vers un port arctique en Amérique du Nord. »

Murad Al-Katib, président-directeur général de AGT

« C’est l’occasion de créer un corridor de ressources naturelles. Le grain est l’une des ressources naturelles les plus abondantes de l’Ouest canadien », ajoute-t-il.

D’autres trajets seraient moins coûteux

Hugh Stephens, de l'École des politiques publiques de l'Université de Calgary, a rédigé une étude sur les routes maritimes arctiques. Il doute de la viabilité d’un circuit arctique pour le transport du grain et de celle des ports arctiques.

Il indique que le port canadien le plus près de l’Asie est celui de Prince Rupert, en Colombie-Britannique, et que le port d'expédition le plus près de l’Europe est celui de Montréal. Hugh Stephens affirme qu’après la privatisation de la Commission canadienne du blé, le grain pouvait circuler sur des routes les moins coûteuses.

Murad Al-Katib n’est cependant pas inquiet. Il note que AGT détient déjà deux chemins de fer en Saskatchewan et qu’il y a un besoin croissant de ports.

« Dans les 40 prochaines années, le monde produira la même quantité de nourriture que ce qu'elle a produit au cours des 10 000 années de civilisations précédentes. On vise donc le développement à long terme », dit-il.

« Les rendements augmentent. Notre production devient plus efficiente, et nous devons optimiser nos corridors de fret. Je crois qu’il y aura de la place pour que Churchill soit l’un des portails de ce système », affirme M. Al-Katib.

Avec les informations de La Presse canadienne

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