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Le Mile Ex End : musique, pelouse et béton

Hubert Lenoir au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Hubert Lenoir au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Philippe Rezzonico

Debout, torse nu, sur l'une des poutrelles de béton qui soutiennent le viaduc Rosemont–Van Horne, fièrement dressé au-dessus d'une foule qui hurlait son plaisir, Hubert Lenoir a symbolisé pendant quelques instants, samedi soir, l'essence même du Mile Ex End, cet événement musical urbain qui en est à sa deuxième présentation.

Moment fort? Indiscutablement. Et ce ne fut pas le seul. Deux heures plus tôt, The Barr Brothers étaient en train d’égrener les dernières notes d’un jam torride quand le train qui passait à la hauteur du viaduc a fait entendre le bruit strident de sa sirène qui a été salué par une clameur de la foule. Un réalisateur de cinéma aurait probablement eu besoin d’une demi-douzaine de prises avant de réussir une telle scène.

C’est bien simple, rien ne semblait pouvoir dérailler en cette première journée de l’événement qui a bénéficié de conditions climatiques idéales. Journée chaude sans être caniculaire, petite brise, quelques nuages, une qualité de son impeccable et un site encore plus charmeur que l’an dernier… Tire le Coyote a d’ailleurs bien résumé la chose en fin d’après-midi.

« N’est-ce pas un merveilleux endroit pour jouer de la musique? », a-t-il lancé durant sa prestation. Tant les mélomanes que ceux qui étaient présents pour une sortie en famille en étaient convaincus.

Pour vous dire, à mon arrivée, je me sentais plus dans une fête de quartier familiale qu’à un festival de musique. Tel est le désir des organisateurs du festival qui ont volontairement réduit la dimension du site.

La disparition de la grande scène au milieu du stationnement adjacent a rendu le Mile Ex End nettement plus convivial et intimiste qu’en 2017.

Le site pelouse

L’événement a attiré un nombre considérable de jeunes familles. Il faisait bon être assis sur la pelouse sous le soleil chaud, devant la plus petite des deux scènes, installée le long de l’immeuble en briques rouges décoré de lierre encore bien vert. Pour tout vous dire, si ce n’était de la présence de la clôture métallique et des rails de chemin de fer situés à la droite des spectateurs, le lieu pourrait être qualifié de bucolique, surtout, avec le parc pour enfants qui s’y trouve et les grands bancs de bois.

La présence de jeunes enfants n’a pas nui une seconde à la qualité d’écoute remarquable durant la prestation de Nakhane. Bien au contraire. Tout le monde, jeunes et adultes, buvait les paroles de l’androgyne sud-africain doté d’une voix envoûtante, qui accaparait l’attention en raison d’un ensemble rouge vif et de sa forte présence de scène. Il fallait voir cette jolie petite fille (3 ans?) avec des écouteurs sur les oreilles qui dansait avec un plaisir non dissimulé durant Star Red et Presbyteria. Charmant.

Tire le coyote au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Le groupe Tire le coyote au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Le site bétonné

Tire le Coyote a eu droit à la même qualité d’écoute, dans son cas, sur la plus grande scène, celle installée presque sous le viaduc. Décor complètement différent, ici. De l’acier et du béton au-dessus de nos têtes et de l’asphalte sous nos pieds, qui avait la couleur des centaines de dessins faits à la craie par les enfants.

Avec ses cinq musiciens, l’excellent auteur-compositeur-interprète a offert, entre autres, Confetti 1, Désherbage, Chanson d’amour en sol standard et Le ciel est backorder. Il s’est même permis une portion acoustique, ce qui aurait été une très mauvaise idée à Osheaga, disons. Mais dans ce contexte paisible, ça a passé comme une lettre à la poste.

En n’ayant que deux scènes à proximité l’une de l’autre et avec un délai (de cinq à dix minutes, au minimum) entre chaque prestation, les mouvements de foule au Mile Ex End sont fluides comme les consommations de couleur que l’on peut se procurer sur place et lentes comme un fleuve tranquille. Personne ne court, personne ne gueule et les rencontres sont aisées, lorsqu’assis aux longues tables qui jouxtent les kiosques alimentaires.

Un festival à hauteur humaine? C’est exactement ce qu’a noté Charlotte Day Wilson avant sa dernière chanson. La Torontoise a, elle aussi, bénéficié de l’attention de la foule qui était conquise.

The Barr Brothers au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

The Barr Brothers au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Les Barr Brothers, pour leur part, se sont présentés sur scène à 20 h avec tellement de musiciens et d’instruments que l’on s’est demandé un instant si tout allait pouvoir prendre place. Oui, mais tout juste… Des tas de guitares, une contrebasse, une harpe, une section de cordes, on ne savait plus où donner du regard.

Bien plus que ce qu’ils ont joué, c’est la manière qui a retenu mon attention : nappes de cordes, solo de contrebasse, effluves arabisantes, blues mordant… Brad son frère et leurs collègues, présentés dans leur cour arrière – Brad réside à quelques rues du site – se sont payés un festin de musique qui se serait parfaitement inséré dans le contexte du Festival de jazz.

Passons rapidement sur Pup. Les Torontois, fort dynamiques, pourraient être n’importe quel autre groupe punk rock d’une autre ère, tant ils respectent les codes du genre. Mais à leur décharge, ils sont soudés comme pas un, des chansons comme The Dream is Over sont bien foutues et le chanteur Stefan Babcock mérite tout notre respect tant il a tenté de s’adresser au public en français.

Ce sont néanmoins eux qui ont fait balancer la journée dans une autre dynamique : l’écoute attentive de l’après-midi avait commencé à faire place à une participation plus active des spectateurs durant la prestation des Barr Brothers et cela est passé à une vitesse supérieure durant Pup, où les adolescents et jeunes adultes ont sauté et crié tout leur saoul.

Le groupe punk Pup au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Le groupe punk Pup au Mile Ex End Montréal, le 1er septembre 2018

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

La tornade Lenoir

Tout était en place pour Hubert Lenoir qui était de rouge vêtu (long manteau), un bon quart d’heure avant le début de sa prestation, tel un Rocky poids plume qui se prépare pour le combat.

Car, c’est un peu ça, un concert de Lenoir. Le jeune homme, qui est la sensation 2018 de la musique québécoise, n’est pas reposant sur scène. Fougueux, il chante, danse, saute et se roule par terre. Il est déjanté et décousu, mais tout le temps libre dans le geste et dans sa tête.

Lenoir frenche son guitariste devant tout le monde et il fait monter des spectateurs sur scène pour qu’ils dansent avec lui, au hasard des Fille de personne II, Recommencer ou Si on s’y mettait, reprise dynamitée du classique de Jean-Pierre Ferland.

Il se juche sur les poutrelles pour dominer le public, mais il n’hésite pas à plonger dans la foule pour faire du bodysurfing. Lenoir demande à la foule de s’asseoir durant Wild and Free – des centaines de spectateurs obtempèrent – et il voit aussi son batteur interpréter a cappella un bout de Last Kiss, que Pearl Jam avait ressuscitée en 1998, plus de 30 ans après le succès de J. Frank Wilson and The Cavaliers.

Bref, avec Lenoir, tout peut arriver. Comme en ont fait foi cette finale déchaînée de Smells Like Teen Spirit, de Nirvana, et sa sortie quand, avec rage, il hurle au micro : « Je m’appelle Hubert Lenoir motherf…! »

Pas grave, le gros mot. Les enfants étaient couchés depuis longtemps.

Mile Ex End se poursuit dimanche avec Loud, Broken Social Scene, Eddy de Pretto et plusieurs autres, ainsi que lundi avec le volet humour. Consultez l’horaire.

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