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« C’est méchant, ce qui se passe » : des Haïtiens de Montréal dénoncent la corruption

La communauté haïtienne s'est réunie samedi 1er septembre 2018 au centre-ville de Montréal lors d'une manifestation qui se disait apolitique.

Photo : tirée de la page Facebook d'Anastasia Marcelin

Radio-Canada

La diaspora haïtienne de Montréal a répondu, samedi, à l'appel relayé sur les réseaux sociaux par un rappeur populaire afin que le gouvernement haïtien, soupçonné d'avoir dilapidé des fonds prêtés par le Venezuela, réponde de ses gestes.

Un texte de Delphine Jung et de Michel Marsolais

« Où est passé l'argent de PetroCaribe? », demande Anastasia Marcelin, organisatrice de la manifestation qui a réuni un peu plus d’une centaine de personnes au centre-ville.

« C’est méchant, ce qui se passe, parce qu’il y a certaines personnes qui tiennent le pays en captivité », ajoute-t-elle.

Depuis quelques jours, le mot-clic #petrocaribechallenge, qui évoque le programme PetroCaribe, tente de rassembler les Haïtiens pour qu’ils demandent des comptes aux dirigeants du pays.

Des gens manifestent dans les rues de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

«Ça n'a pas de sens, pour une petite économie comme l'économie haïtienne, qu'on injecte autant d'argent et qu'on ne voit pas de différence. La misère est palpable», déplore un manifestant montréalais.

Photo : tirée du compte Facebook d'Anastasia Marcelin

Haïti bénéficie de ce programme depuis 2006. Il a été lancé par l’ancien président du Venezuela, Hugo Chavez, et permet au pays d’acquérir des produits pétroliers à un coût avantageux.

Concrètement, l’État haïtien achète du pétrole au Venezuela, puis le revend à un distributeur. Ce dernier a 30 jours pour payer l’État qui lui-même à 90 jours pour payer 40 % du montant total de ce pétrole au Venezuela. Les 60 % restant tombent dans le fonds PetroCaribe. Haïti a 25 ans pour rembourser ce prêt à un taux d’intérêt de 1 %.

Au 31 octobre 2015, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif de l'État haïtien estimait que le pays devait 1,74 milliards de dollars américains au Venezuela.

Mauvaise utilisation du fonds

Ce fonds était dédié au développement du pays, mais d’après le sociologue Frédéric Boisrond, il a été utilisé, essentiellement après le séisme de 2010, pour construire des parcs, des stades et des routes qui ne menaient nulle part.

« Soixante-quatorze pour cent des projets réalisés avec le fonds PetroCaribe n’ont pas été faits dans les zones affectées par le séisme, il y a eu des surfacturations et la majorité des contrats ont été donnés à des amis du président, sans aucun appel d’offres », explique-t-il.

Les citoyens demandent donc des comptes aux dirigeants de ce pays qui figure au 157e rang sur 180 dans l’indice de perception de la corruption publié par l’ONG Transparency International en 2017.

Nous ne pouvons pas continuer de permettre à des gens corrompus de s’approprier de l’argent qui devrait servir à développer des programmes sociaux.

Frantz André, du Comité d’Action des personnes sans statut

« Ça n'a pas de sens, pour une petite économie comme l'économie haïtienne, qu'on injecte autant d'argent et qu'on ne voit pas de différence. La misère est palpable », déplore un manifestant montréalais venu rejoindre ce mouvement qui se dit apolitique.

Quelques manifestants se sont aussi réunis en Haïti, mais M. Boisrond ne va pas jusqu’à dire que la contestation prend de l’ampleur. « Ce ne sont pas vraiment des manifestations, mais des rassemblements de quelques personnes. Lorsqu’il y a des manifestations, en Haïti, il y a des morts », dit-il.

Peu de poursuites en justice probables

Le sociologue estime qu’il est peu probable que des poursuites judiciaires soient entamées, notamment puisque l’État haïtien est « dysfonctionnel ».

La majorité de ces dépenses ont été réalisées sous le gouvernement de l’ancien président, Michel Martelly et le président actuel, Jovenel Moïse, est son héritier. Il est donc peu probable qu’il soit en mesure de faire le nécessaire.

Frédéric Boisrond, sociologue
Un homme fait face à l'objectif de l'appareil photo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Martelly, l'ancien président d'Haïti.

Photo : The Associated Press / Ricardo Arduengo

Dans ce combat, les membres de la diaspora pensent qu'ils ont pourtant ont rôle important à jouer.

« Nous sommes des jeunes éduqués. Nous connaissons le devoir des citoyens. Nous ne pouvons pas accepter que les choses continuent ainsi », estime Fred Lagrandeur, président de l’Association des étudiants haïtiens de l'Université de Montréal.

Celui-ci souligne que la corruption en Haïti jouit de complicité internationale puisque l’argent quitte le pays pour être investi ailleurs, notamment au Canada.

Pour Frédéric Boisrond, la communauté internationale n’a pas de raison de s’impliquer dans ces événements. « Au moment où le Venezuela a mis en place ce programme qui rassemble 18 pays des Caraïbes, les États-Unis s’y sont opposés, notamment la pétrolière ExxonMobil. Ce qui intéresse la communauté internationale, c’est l’échec de la politique vénézuélienne ».

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