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Le secret bien gardé de la pâte autochtone, pour savourer les bleuets du Lac-Saint-Jean toute l'année

Télesh commence la préparation de la pâte de bleuets.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Radio-Canada

Plusieurs familles autochtones perpétuent encore aujourd'hui l'art de fabriquer la pâte de bleuets. Cette pratique ancestrale permet de conserver les petits fruits tout au long de l'hiver dans des contenants en écorce de bouleau.

Un texte de Priscilla Plamondon-Lalancette

C'est dans la réserve faunique Ashuapmushuan, au nord du lac Saint-Jean, que Thérèse Bégin nous a donné rendez-vous pour cueillir des bleuets sur le territoire de ses ancêtres. Celle que l'on surnomme Télesh a grandi en forêt avec sa famille innue semi-nomade. Encore aujourd'hui, elle y passe la majorité de son temps.

Sa petite-fille Darcy Dominique Launière l'accompagne souvent pour mettre la main à la pâte. La jeune femme de 27 ans chasse et cuisine avec sa grand-mère. Elle fait aussi de l'artisanat.

Je l'aide pas mal et j'apprends pas mal aussi. Pour garder la tradition et le montrer à mes enfants, c'est important.

Darcy Dominique Launière
Télesh et Darcy : une tient un plat de bleuets, l'autre brasse la mixture.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thérèse Bégin transmet son savoir-faire à sa petite-fille Darcy qui incarne la 7e génération de sa famille.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Même si les techniques de conservation modernes comme la congélation permettent de consommer les perles bleues à l'année longue, les deux femmes préfèrent concocter la pâte de bleuets comme le faisaient leurs aïeux. Télesh se fait gardienne du patrimoine autochtone.

Ce sont mes souvenirs de mes ancêtres. Je ne veux pas que ça s'oublie.

Thérèse Bégin

Après avoir érigé une structure de bois fabriquée à la main qui servira de trépied pour suspendre la marmite remplie de bleuets, Thérèse et Darcy préparent un feu de bois. L'heure est maintenant à la cueillette. La fin de saison est idéale pour récolter les petits fruits dont les sucres sont davantage concentrés. Une fois ramassés, ils sont versés graduellement dans un gros chaudron sur la braise avec une petite quantité d'eau.

« Le bleuet qui est pur comme ça, ça a beaucoup de vitamines à l'intérieur et c'est pourquoi mes parents ne rajoutaient pas de sucre, ne rajoutaient rien », explique Thérèse.

Le processus peut s'étirer sur plusieurs heures selon la quantité de bleuets à faire bouillir. Les femmes doivent brasser fréquemment pour éviter que la mixture colle au fond.

Thérèse qui regarde la caméra avec un petit bateau dans ses mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« Je peux dire que je n'ai jamais manqué de nourriture dans la forêt. Jamais », explique Thérèse avec fierté.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Pendant ce temps, elles confectionnent des contenants avec la partie intérieure de l'écorce d'un bouleau. Elles roulent l'écorce, percent de petits trous à une des extrémités du cylindre et y insèrent de petites branches aiguisées en guise de clous pour sceller le paquet. Télesh façonne aussi de petits récipients en forme de bateau pour servir la pâte ou cueillir les bleuets.

« Mon père faisait un trou dans la terre d'à peu près deux pieds. Il faisait une grosse boîte en écorce bien épaisse avec un couvercle pis il mettait tous ses petits récipients à l'intérieur. Par la suite quand on en avait besoin, il y avait beau avoir de la neige, il allait chercher ça tout l'hiver partout où on allait, parce qu'il en laissait à différentes places », raconte Télesh.

En attendant de savourer la pâte de bleuets qui évoquent pour toutes deux des souvenirs d'enfance heureux, les complices mordillent de l'écorce de bouleau sous la pluie battante.

Avec leurs dents, elles croquent et dessinent des images sur un morceau qui une fois déplié affiche toute sa beauté.

Les dessinsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les deux femmes découvrent leurs oeuvres respectives sous la pluie, des motifs inspirés de la nature.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Télesh tient aussi à préserver cette forme d'art traditionnel méconnue en transmettant ses connaissances à sa petite-fille.

Une fois refroidie, la pâte de bleuets est déposée dans les paquets soigneusement fabriqués à la main. Certaines familles y ajoutent de la graisse d'ours, d'autres façonnent des gâteaux en écrasant de la viande séchée avec la pâte de bleuets et de la graisse animale.

Cuillère plantée dans le chaudronAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pâte de bleuets est prête lorsqu'une cuillère ou un bâton de bois peuvent tenir debout dans la pâte de bleuets.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Les Autochtones dégustent la pâte de bleuets avec du pain bannique traditionnel. Télesh espère que cet héritage culinaire lui survivra.

« Ça fait cinq générations que les gens l'ont transmis dans ma famille. C'est pour ça que ça me tient à coeur de persévérer à le montrer. C'est sûr que plus tard, quand je vais être plus vieille, je vais oublier moi aussi, mais avant d'en oublier j'essaye de mettre toutes les valeurs à la bonne place. Et le transmettre évidemment à mes petits-enfants. Si je peux transmettre les choses que je sais à des gens, à ma communauté, à d'autres communautés, c'est sûr que c'est ma fierté à moi. Je vais partir heureuse quand je vais partir d'ici », ajoute Thérèse Bégin.

Saguenay–Lac-St-Jean

Alimentation et cuisine