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Lula étant inéligible aux présidentielles, son parti part en croisade

L'ancien président brésilien Luiz Inacio « Lula » da Silva.

Grand favori des sondages, l'ex-président du Brésil Lula a été déclaré inéligible en vertu d'une loi qui interdit à toute personne condamnée en appel de se présenter à une élection.

Photo : Associated Press / Andre Penner

Agence France-Presse

Le parti de l'ancien président du Brésil Lula, incarcéré depuis avril pour corruption, veut lutter « par tous les moyens » pour qu'il se présente à la présidentielle du 7 octobre et continue à le considérer comme son candidat, bien qu'il ait été déclaré inéligible dans la nuit de vendredi à samedi.

À l'issue d'un jugement-fleuve dont la lecture s'est prolongée tard dans la nuit, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a invalidé la candidature de Luiz Inacio « Lula » da Silva, par six voix contre une.

L'ex-président (2003-2010), âgé de 72 ans, ne pourra pas briguer un troisième mandat, mais le Parti des travailleurs (PT) a promis de « déposer tous les recours possibles ».

« Nous allons le défendre dans les rues, avec le peuple, parce qu'il est le candidat de l'espérance », a affirmé le parti fondé par Lula dans un communiqué.

La décision du TSE a également interdit le PT de présenter Lula comme candidat dans les publicités de la campagne télévisée qui ont commencé à être diffusées samedi. L'icône de la gauche était la figure centrale de la vidéo du parti.

Avant le début du programme, un texte sur écran bleu indiquait que « la volonté du peuple avait souffert un rude coup avec l'invalidation de la candidature de Lula », en dépit d'une recommandation de l'ONU préconisant qu'il pouvait se présenter le temps que tous les recours soient épuisés.

De nombreuses images montraient l'ex-président, mais aussi son colistier Fernando Haddad, pressenti pour le remplacer comme candidat à la présidence.

Ancien maire de Sao Paulo, Haddad, 55 ans, dit « jurer loyauté » à son mentor, en ajoutant : « Nous sommes avec Lula jusqu'au bout ».

Qui succédera à Lula?

Le TSE a donné au PT 10 jours pour choisir un successeur à son leader historique.

Hasard du calendrier ou non, M. Haddad a fait campagne samedi dans l'État pauvre de Pernambouc, plus particulièrement dans la petite ville de Caetés, terre natale de Lula.

« Notre cause est bien plus importante que nos difficultés. J'arrive sur les terres de Lula, plus disposé que jamais à serrer les rangs derrière notre président », a-t-il publié en fin de matinée sur Twitter.

Lundi, ce fils de commerçants libanais sera à Curitiba, pour rendre visite à son mentor dans la prison où il purge une peine de 12 ans et un mois de réclusion.

« Le PT doit redéfinir sa stratégie et rien ne sera décidé avant la rencontre d'Haddad et d'autres membres du parti avec Lula lundi », a affirmé l'éditorialiste Tereza Cruvinel dans l'édition de samedi du Jornal do Brasil.

D'après le dernier sondage de l'institut Datafolha, Lula caracole en tête, avec 39 %, 20 points de plus que le deuxième, le député d'extrême droite Jair Bolsonaro. Mais M. Haddad, peu connu du grand public, peine à dépasser les 4 %.

« Le PT a beau pleurnicher, la décision du TSE est un soulagement pour le parti dans sa tentative de rendre viable la candidature d'Haddad », a affirmé samedi Igor Gielow, dans son éditorial sur le site du quotidien Folha de S. Paulo. Pour lui, le PT traînait la candidature de Lula « comme un boulet ».

« Le match commence maintenant. Le PT ne peut plus reporter cette décision douloureuse d'admettre que Lula n'est plus candidat », a expliqué Eduardo Grin, analyste politique de la Fondation Getulio Vargas, qui ajoute néanmoins que « l'ombre de Lula va continuer à planer sur les élections ».

Les autres partis saluent la décision du TSE

Les autres candidats, eux, se félicitent d'y voir enfin plus clair et tentent de s'engouffrer dans la brèche.

« La décision [de déclarer Lula inéligible] rendra la campagne plus claire pour les électeurs, évitant le traumatisme d'un remplacement à la veille de l'élection », a affirmé sur Twitter le candidat de centre gauche Ciro Gomes.

Pour la candidate écologiste Marina Silva, « à partir de cette décision du TSE, le processus électoral pourra suivre son cours dans la légalité ».

L'invalidation de la candidature de Lula a également suscité des réactions internationales, notamment de la part de ses alliés traditionnels, comme le président bolivien Evo Morales.

« Nous rejetons cette décision parce qu'elle porte atteinte à la démocratie et à la volonté du peuple brésilien », a-t-il publié sur Twitter.

Les grandes dates de l'ex-président Lula

  • Octobre 1945 : naissance dans une famille d'agriculteurs pauvres du nord-est du Brésil. Pour fuir la faim, sa famille s'installe, quand il a sept ans, dans l'État de Sao Paulo.
  • 1975 : président du syndicat des métallurgistes, secteur où il est ouvrier depuis l'âge de 14 ans.
  • 1978-1980 : conduit les grandes grèves dans les banlieues industrielles, en pleine dictature. Il est emprisonné 31 jours.
  • 1980 : cofonde le Parti des travailleurs (PT, gauche). Il participe en 1983 à la création de la Centrale unique des travailleurs (CUT).
  • 2003 : devient le premier président brésilien issu de la classe ouvrière. Réélu en 2006. Grâce à ses programmes sociaux, 29 millions de Brésiliens sortent de la misère, même si le pays reste très inégalitaire.
  • Mars 2016 : le juge anticorruption Sergio Moro ordonne qu'on aille le chercher à son domicile pour un interrogatoire, une humiliation pour Lula, ensuite empêché de devenir ministre de haut rang de Dilma Rousseff.
  • 12 juillet 2017 : le juge Moro le condamne à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d'argent. Sa peine sera alourdie en appel, en janvier 2018, à douze ans et un mois de prison.
  • 8 avril 2018 : incarcéré à Curitiba après avoir été sommé de se présenter aux autorités, à la suite du rejet par la Cour suprême d'une demande d'« habeas corpus ».
  • 30 avril 2018 : mis en examen pour corruption et blanchiment d'argent dans une nouvelle affaire impliquant des pots-de-vin provenant de la société de BTP Odebrecht.
  • 15 août 2018 : la candidature de Lula à la présidentielle est officiellement présentée par le PT.
  • 31 août 2018 : quatre juges contre un du TSE invalident la candidature de Lula à un troisième mandat.

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