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Le scandale de pédophilie au sein de l'Église prend de l'ampleur au Chili

L'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati en visite au Vatican.
Parmi les personnes mises en cause par la justice, on trouve l'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati. Photo: Getty Images / Peter Macdiarmid
Agence France-Presse

Le scandale de pédophilie au sein de l'Église catholique chilienne prend de l'ampleur : le parquet a annoncé vendredi que le nombre des enquêtes ouvertes pour agressions sexuelles était passé de 38 à 119, visant notamment 7 évêques.

« Nous informons que le nombre actualisé des enquêtes ouvertes pour des agressions sexuelles commises par des membres de l'Église catholique au 31 août est de 119 », peut-on lire dans le communiqué du parquet.

Les autorités chiliennes ont procédé ces dernières semaines à une série de perquisitions dans des institutions de l'Église, dont les sièges de la Conférence épiscopale et de la Congrégation des Frères Maristes, toutes deux à Santiago. Ce sont les preuves réunies qui ont permis d'ouvrir ces nouvelles enquêtes, d'après des sources judiciaires.

Selon les derniers chiffres, ces enquêtes visent 167 personnes, dont 7 évêques et 96 prêtres.

Figurent aussi dans les registres du ministère public 4 diacres, 30 religieux qui ne « sont pas des prêtres », 10 laïcs et 20 personnes dont on ne précise pas le statut.

Au total, le nombre des victimes de ces affaires en cours s'élève à 178, dont 79 sont mineures.

L'archevêque de Santiago visé

Le procureur régional de Rancagua, Emiliano Arias, assis dans un bureau. Le procureur régional de Rancagua, Emiliano Arias. Photo : Associated Press / Luis Hidalgo

Parmi les personnes mises en cause par la justice, on trouve l'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati, dont l'audition par la justice, initialement prévue en août, avait été reportée sans fixer de date précise, à la demande de ses avocats.

Ricardo Ezzati, né en Italie, avait été convoqué à l'origine le 21 août par le procureur régional de Rancagua, Emiliano Arias, afin de répondre aux accusations de dissimulation de sévices sexuels, en plein scandale de pédophilie et d'omerta qui ébranle le clergé chilien.

La plupart des preuves qui ont permis d'accuser Mgr Ezzati ont été saisies au cours d'une perquisition à l'archidiocèse de Santiago, l'Église catholique ayant refusé jusqu'alors de remettre à la justice des documents demandés, invoquant le respect des victimes.

Par ailleurs, le Parlement chilien envisage de retirer sa nationalité au cardinal Ezzati, un Italien naturalisé en 2006.

Des excuses

Le pape François qui prie à la place Saint-Pierre au Vatican, en mai 2018Le pape François. Photo : The Associated Press / Andrew Medichini

Début août, les évêques chiliens se sont excusés d'avoir « manqué à leurs devoirs de pasteurs » et de ne pas avoir « écouté, cru, reçu ou accompagné les victimes des graves péchés et des injustices commises par les prêtres et par les membres de l'Église », au terme d'une assemblée extraordinaire de la Conférence épiscopale.

L'Église catholique chilienne est en pleine tourmente depuis la visite du pape en début d'année et la multiplication des enquêtes par la justice dans les mois qui ont suivi pour agressions sexuelles présumées sur des mineurs et des adultes depuis les années 1960.

Au cours d'un voyage au Chili en janvier, le pape François avait défendu avec force l'évêque chilien Juan Barros, soupçonné d'avoir tu les crimes d'un vieux prêtre pédophile, se déclarant persuadé de son innocence et demandant aux victimes présumées des preuves de culpabilité.

Il avait ensuite présenté des excuses puis dépêché au Chili Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte chargé d'enquêter sur les cas de pédophilie chez les prêtres, afin de s'entretenir avec les victimes.

Démissions

Le président chilien Sebastian Piñera parle dans un micro à son arrivée à l'aéroport de Bogota. Le président chilien Sebastian Piñera. Photo : Getty Images / DIANA SANCHEZ

En mai, il avait invité à Rome certaines des victimes et avait convoqué l'ensemble des évêques chiliens. Ces derniers avaient donné leur démission en bloc après la rencontre, une première.

Pour l'heure, la démission de cinq évêques a été acceptée par le souverain pontife dans le cadre de ce scandale. Tandis que le prêtre Oscar Muñoz, ancien bras droit de l'archevêque Ezzati, est en détention préventive pour abus sur au moins sept mineurs.

Les autorités de l'Église catholique chilienne « auraient pu et auraient dû » éviter de nombreux abus sur des enfants, a déploré le président chilien Sebastian Piñera.

Selon un sondage de la société Cadem, 96 % des Chiliens considèrent que l'institution protège les prêtres accusés de sévices sexuels et 83 % d'entre eux estiment que le clergé n'est ni honnête ni transparent.

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