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Nouvelle-Écosse : du progrès dans la lutte aux opioïdes, mais d'autres risques sont à prévoir

Une trousse de naloxone.

Les trousses de naloxone, un antidote aux effets des drogues de type opioïde, ont permis de sauver 90 vies en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les efforts investis pour lutter contre la crise des opioïdes portent leurs fruits en Nouvelle-Écosse, s'il faut en croire le médecin-hygiéniste en chef de la province et certains organismes communautaires.

Le docteur Robert Strang rapporte en effet que le nombre de décès par surdose attribuable à l’abus d’opioïdes est demeuré stable dans la province, alors qu’il est en hausse dans l’ensemble du pays. Le fait qu’il n’y ait pas d’augmentation est un indicatif de l’impact positif de notre travail et de nos investissements, dit-il.

Notre implication initiale dans la réduction des dommages fait une différence, affirme le médecin-hygiéniste en chef.

La Nouvelle-Écosse a fait le point sur ses efforts, vendredi à Truro, à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses.

Le docteur Robert Strang à Truro, en Nouvelle-Écosse, le 31 août 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Robert Strang, médecin-hygiéniste en chef de la Nouvelle-Écosse, à Truro le 31 août 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

De janvier à août cette année, la province a déploré 38 décès dont la cause est attribuée à une surdose d’opioïdes, ou est fortement suspectée d’y être reliée. L’an dernier, il y en avait eu 63 en Nouvelle-Écosse.

Au Canada, il y a eu 3987 décès apparemment liés à la consommation d'opioïdes en 2017, selon Statistique Canada (Nouvelle fenêtre). Le nombre de personnes mortes d'une surdose d'opioïdes a augmenté de 40 % entre 2016 et 2017 en Atlantique.

Le problème en Nouvelle-Écosse est surtout dû à un mauvais usage des médicaments sous ordonnance. Nous commençons à voir des exemples d’opioïdes illicites dans l’approvisionnement en drogues de rue, avertit cependant M. Strang, mais pas à même hauteur qu’ailleurs au pays.

La Nouvelle-Écosse ne doit donc pas s'assoir sur ses lauriers. À l'ouest des Maritimes, on remarque de plus en plus que des drogues de rues sont contaminées par des opioïdes. Ce phénomène se déplace vers l'est, affirme le docteur Strang, ce qui pourrait créer d'importants risques dans un avenir rapproché.

Au moins 90 vies sauvées grâce aux trousses d’antidote

Trousse de naloxone et son contenu.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une trousse de naloxone, un antidote aux effets des drogues de type opioïde qui peut sauver une personne d'une surdose.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Le gouvernement provincial s’est engagé à investir des sommes annuelles stables dans la lutte aux opioïdes, se réjouit le docteur Strang. Les efforts déployés à ce jour ont permis l’ouverture de trois nouveaux centres de traitement, une augmentation substantielle du nombre de patients qui sont pris en charge et la réduction considérable du temps d’attente pour recevoir des soins.

Plus tôt cette semaine, on apprenait que l’attente pour commencer un traitement était de moins d’une semaine au Cap-Breton. L’an dernier, il allait jusqu’à six mois dans certaines régions de la province.

Des comprimés de fentanyl, un puissant analgésique Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des comprimés de fentanyl, un puissant analgésique

Photo : La Presse canadienne / Graeme Roy

La Nouvelle-Écosse a distribué gratuitement 5000 trousses de naloxone. Il s’agit d’un antidote aux surdoses, car il peut neutraliser les effets des drogues de type opioïde.

La province rapporte que 90 de ces trousses ont été utilisées avec succès pour sauver la vie d’une personne faisant une surdose d’opioïdes.

Robert Strang précise que ce ne sont là que les cas qui ont été signalés aux autorités, et qu’il y a de bonnes raisons de croire que davantage de vies ont en réalité été sauvées de cette façon.

Un premier site de prévention des surdoses au Canada Atlantique

La réussite des efforts de la province se fait sentir à Halifax, où une clinique mobile de méthadone cesse ses activités après cinq années passées à sillonner les rues de la ville. L’organisme qui opérait cette clinique mobile a mis en vente le camion qu’il utilisait et peut désormais offrir les mêmes services dans ses locaux de la rue Gottingen.

Un camion F-450, qui sert de clinique de méthadone mobile, est garé près des nouveaux  bureaux de la clinique Direction 180.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La clinique de méthadone mobile cessera ses opérations cette semaine.

Photo : Radio-Canada / CBC/Eric Woolliscroft

C’est le signe que les choses évoluent et qu’on répond mieux aux besoins de nos patients, affirme Cindy MacIsaac, la directrice de cet organisme, Direction 180.

Cindy MacIsaac.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cindy MacIsaac est la directrice de Direction 180.

Photo : Radio-Canada / CBC/Elizabeth Chiu

Direction 180 veut maintenant ouvrir dans ses locaux du quartier nord d’Halifax ce qui pourrait être le premier site de prévention de surdoses en Atlantique. Mme MacIsaac indique que ces sites permettent de réduire les surdoses ainsi que la propagation de maladies transmissibles par le sang.

C’est un endroit où les utilisateurs de drogues dures peuvent se rendre sans crainte d’être jugés ou stigmatisés, dit Cindy MacIsaac, plutôt que de se dépêcher d’aller dans la salle de bain d’un commerce du voisinage où l’éclairage est mauvais, ou au lieu de se cacher dans les buissons et d’agir plus vite que la normale par peur de se faire prendre.

Ces conditions sont propices à une mauvaise réaction à la drogue, explique-t-elle, ou à l’injection d’une dose trop grande, ce qui augmente le risque de surdose.

Outils relativement nouveaux dans la lutte aux opioïdes, les sites de prévention des surdoses sont des installations temporaires qui ont l’avantage de pouvoir être opérationnelles rapidement. En comparaison, les sites d’injection supervisés peuvent requérir des années de préparation, en raison des procédures rigoureuses de Santé Canada et des nécessaires consultations auprès de la communauté.

Angle de deux rues dans le quartier nord d'Halifax.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'organisme communautaire Direction 180, dans le quartier nord d'Halifax, existe depuis 2001.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

La directrice n’avait que de bons mots pour le médecin-hygiéniste en chef de la province. Nous sommes très chanceux que Robert Strang comprenne, déclare-t-elle. Il comprend les problèmes, les réalités et les risques associés à l’usage de drogues et à la présente crise des opioïdes.

Mme MacIsaac estime qu’il y aurait de la place dans les locaux de l'organisme pour cinq cabines où peuvent se rendre les consommateurs de drogues qui s’injectent des opioïdes. Des pairs travailleurs seront sur place pour les surveiller. En cas de surdose, ils seront prêts à intervenir et à injecter de la naloxone pour neutraliser les effets des drogues.

Rangée de cabines au site d'injection supervisé de l'organisme Cactus, à Montréal, le 26 juin 2017.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cabines au centre d'injection supervisée de Cactus Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L’organisme espère que Santé Canada donne promptement le feu vert à l’initiative pour que le site soit ouvert et fonctionnel en décembre. La directrice de Direction 180 dit que la clientèle souhaite un endroit ouvert 24 heures par jour, mais qu’il sera difficile d’aller au-delà de six heures par jour.

Extérieur d'un bâtiment.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un sous-sol aux locaux de Direction 180 est rénové pour y établir une clinique de méthadone.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

En Ontario, le gouvernement de Doug Ford a mis en veilleuse les projets de centres de prévention des surdoses qui étaient en chantier avant son élection. Le chef conservateur avait fait campagne contre cette solution.

Une lettre ouverte signée par une centaine de groupes demande au premier ministre ontarien de reconsidérer sa position. En Nouvelle-Écosse, Cindy MacIsaac signale que, pour certains toxicomanes, l’abstinence complète ou les cures de désintoxication forcées ne fonctionnent tout simplement pas.

Pour ouvrir un site de prévention des surdoses, il n’est pas obligatoire de consulter la communauté, mais Mme MacIsaac tient à ce que les voisins des locaux de Dimension 180 soient tenus au courant de ce qui s’y passe. Une rencontre publique est prévue pour le 20 septembre et un panel d’experts y répondra aux interrogations des citoyens et des commerçants.

Avec les informations de La Presse canadienne et CBC

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