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  • Entre mémoire et oubli : l’Espagne continue de se battre avec ses démons

    Le général Francisco Franco saluant la foule d'un balcon à la manière fasciste.

    L'Espagne est divisée sur la possibilité de déplacer la dépouille du dictateur Francisco Franco.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    La dépouille de l'ancien dictateur espagnol Francisco Franco a été enterrée dans un nouveau lieu près de Madrid. C'est une décision controversée, comme le rappellent des reportages de Radio-Canada.

    Une décision qui dérange

    Un pays qui regarde l’avenir doit être en paix avec son passé.

    Pedro Sanchez, premier ministre espagnol

    L'exhumation des restes du général Franco, décédé en 1975, est loin de faire l’unanimité au sein de la population espagnole.

    Selon un sondage publié en 2018 par le quotidien espagnol El Mundo, 40,9 % l'approuvent et 38,5 % s’y opposent farouchement. 22 % ne veulent pas que l’on parle de cette possibilité.

    La fracture dans l’opinion publique montre à quel point l’Espagne est toujours traumatisée par le fantôme de Francisco Franco, de la dictature franquiste et de la guerre civile qui l’a précédée.

    Les démons de la guerre civile

    Rappelons les faits. Entre juillet 1936 et avril 1939, l’Espagne est plongée dans une guerre civile. Deux camps s’affrontent : à gauche, les républicains, partisans d’une Espagne démocratique; à droite, les phalangistes, dirigés par le général Francisco Franco.

    La guerre civile espagnole est d’une effroyable cruauté. Le conflit fait au moins un million de victimes. Dans ce carnage, il faut admettre que les deux camps ont commis des atrocités contre leurs ennemis.

    Une fois au pouvoir cependant, Francisco Franco persiste et signe pendant de longues années.

    Il amnistie les crimes commis par les phalangistes tout en multipliant les représailles, souvent impitoyables et mortelles, contre ses opposants.

    Un des symboles de cette répression d’État est la construction d’un complexe funéraire situé à 50 kilomètres de Madrid.

    Il est situé dans la vallée de « ceux qui sont tombés », el valle de los Caídos.

    Cette nécropole abrite les dépouilles de 27 000 combattants franquistes et de 10 000 opposants républicains.

    Francisco Franco déclarait que c'était un lieu de « réconciliation ». Mais ses ennemis rejettent du revers de la main cette affirmation.

    On peut comprendre pourquoi. Les restes des opposants républicains ont été extraits de cimetières et de fosses communes, et transférés sans que leurs familles soient prévenues.

    Qui plus est, 20 000 prisonniers politiques ont été forcés de le construire entre 1940 et 1959.

    Le fait que l’ex-dictateur y soit inhumé dépasse la mesure pour ces opposants.

    Des cicatrices toujours ouvertes

    Les Rouges l’ont fait monter dans un camion en disant qu’ils l'emmenaient pour une promenade. [...] Puis, ils l’ont jetée en bas du camion. C’est alors que ma sœur a compris qu’on allait la tuer.

    Le père du sociologue Angel Carrión

    Quelques mois après la mort de Francisco Franco, le journaliste Daniel Pinard se rend en Espagne. Nous sommes quelques mois après le rétablissement de la démocratie.

    Le journaliste présente, le 3 février 1976 à l’émission Format 60, un reportage qui illustre le traumatisme qui existe toujours dans la psyché espagnole.

    Format 60, 3 février 1976

    Parmi les gens qu’il interviewe, Daniel Pinard rencontre le sociologue Angel Carrión.

    Si le jeune sociologue est antifranquiste, son père appuyait entièrement le dictateur.

    Dans une entrevue très émouvante, le père d’Ȧngel Carrión explique au journaliste pourquoi il craint et méprise les démocrates qui sont revenus au pouvoir.

    Comme on le constate dans l’extrait de ce reportage, sa blessure est profonde et personnelle.

    Cette blessure, plusieurs sympathisants républicains continuent de la voir ouverte, même si la démocratie a été réinstaurée depuis plusieurs années.

    Après le coup d’État de 1936, durant l’été, il y a eu des assassinats massifs dans la région de Mallalon.

    Luis Ríos, anthropologue

    Le journaliste Luc Chartrand s’est rendu en Espagne pour l’émission Une heure sur Terre. Son reportage, présenté le 19 novembre 2010, montre que les familles des disparus, surtout du côté républicain, continuent de chercher les leurs. Ils veulent surtout savoir comment ils sont morts.

    Une heure sur Terre, 19 novembre 2010

    Des équipes de scientifiques, comme celles de l’anthropologue Luis Ríos, tentent de leur apporter des réponses.

    [...] Ce sont les victimes de la répression franquiste. Les franquistes sont allés les chercher dans leurs maisons. On leur a tiré des balles dans la tête et on les a jetées dans les fosses communes. [...] On estime à 110 000 leur nombre dans les fosses communes.

    Luis Ríos, université de Madrid

    Le gouvernement Sanchez a aussi fait une autre promesse.

    L’exhumation du général Franco de la nécropole de la « vallée de ceux qui sont tombés » s’accompagnera de l'établissement d'une commission sur la vérité pour rendre publics les faits entourant ces disparitions.

    Plusieurs vieux démons risquent d’être réveillés pour certains. Pour d’autres, cela signifiera peut-être la paix de l’esprit.

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