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La pollution peut aussi s’en prendre à notre intelligence

Des bâtiments d'une ville sont difficilement perceptibles à travers la brume. On perçoit la silhouette d'arbres et d'un bâtiment qui en surplombe d'autres.

La pollution photographiée dans la ville de Beijing, en Chine, le 14 mars 2018.

Photo : Getty Images / AFP/Fred Dufour

Radio-Canada

La qualité de l'air n'influe pas seulement sur notre santé physique. Selon une nouvelle étude, la pollution atmosphérique peut même affecter notre façon de penser.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

L’effet néfaste de la pollution sur la santé est connu depuis un bon moment. Elle est notamment classée comme agent cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 2013 et est liée en partie à des cas de démence et d’alzheimer. Les particules et les gaz provenant des usines et des tuyaux d’échappement jouent également un rôle dans l'apparition de l’asthme et des maladies du cœur et des poumons.

Toutefois, les répercussions négatives de la qualité de l'air pourraient bien dépasser le domaine de la santé physique et influer sur la santé mentale. Selon une nouvelle étude (Nouvelle fenêtre), la qualité de l’air peut influencer notre capacité de réflexion, et aussi influer sur les résultats de certains types d’examens.

Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs ont récupéré des données socioéconomiques ainsi que les résultats de tests cognitifs de dizaines de milliers d’individus à travers la Chine entre 2010 et 2014.

Ils ont pu comparer ces informations aux données de relevés satellites et de stations terrestres mesurant la qualité de l’air à travers la Chine durant cette même période.

Les tests de connaissance comportaient 24 questions liées aux mathématiques et 34 de vocabulaire. Quant aux données atmosphériques, elles comportaient des mesures quotidiennes de trois des principaux polluants du pays : le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre et le taux de nanoparticules dans l’air.

En séparant les groupes en fonction de leur âge et de leur temps d’exposition, les chercheurs ont pu évaluer l'effet des polluants atmosphériques sur les performances aux tests.

Des connaissances dans l’air du temps

Des passants plongés dans le smog

La pollution de l’air à Pékin contraint de nombreux habitants au port du masque

Photo : Reuters / Jason Lee

En comparant les résultats aux tests avec le temps d’exposition à une mauvaise qualité de l’air, les chercheurs ont constaté que la pollution était liée à une baisse significative des performances aux tests de connaissance. Cette baisse touchait davantage les questions de vocabulaire que les exercices de mathématiques.

L’étude montre aussi que l'effet négatif de la pollution s'accentue avec le temps d’exposition et est plus important si la personne est âgée. De plus, le phénomène cible davantage les hommes, les personnes qui ont une moins grande instruction et celles qui travaillent souvent à l’extérieur.

Toutefois, bien que les chercheurs aient montré l’existence de ce lien, leurs résultats ne sont pas parvenus à montrer que la pollution était la seule cause de cette baisse cognitive.

Ils n’ont pas non plus indiqué quel polluant atmosphérique était responsable des dégâts les plus importants, d’autant plus que le dioxyde et le monoxyde de carbone et les particules plus larges en suspension étaient absents de l’évaluation.

Néanmoins, ces conclusions rejoignent ce que d’autres études avaient suggéré par le passé. De plus, c’est la première fois qu’un lien entre la pollution et les performances cognitives a été observé chez un si grand nombre de personnes et mesuré selon les tranches d’âge et le sexe.

Les résultats de cette étude, bien qu'ils soient spécifiques à la Chine, peuvent donner un aperçu de l’effet de la pollution sur l’être humain dans plusieurs grandes villes du monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la mauvaise qualité de l’air est responsable de plus de 7 millions de morts par an.

Causes complexes

Les études humaines n'ont par ailleurs pas encore fourni d’explications claires quant à l’effet de la pollution sur le cerveau. Toutefois, les études animales ont montré que cet organe pouvait être affecté de deux façons.

D’abord, les polluants d’une taille infime pourraient être en mesure de se rendre jusqu’au cerveau et d'y causer des dommages, que ce soit par une toxicité directe ou en déclenchant des réactions inflammatoires. Ils pourraient aussi s’accumuler dans les poumons et causer une inflammation systémique ayant des impacts nocifs sur le système nerveux.

Pollution

Science