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À la rencontre des électeurs sur la 132 et la 138

La moto est stationnée au bord de la route, près d'un panneau affichant les prix des légumes de la ferme Lavallière. Il pleut très fort.

La route 132, qui traverse Saint-Pierre-les-Becquets.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Radio-Canada

Rouler en moto sur les deux rives du fleuve Saint-Laurent et s'arrêter un peu partout pour parler élections québécoises avec les gens. Voici un condensé de ce périple.

Un texte de Janic Tremblay, à Désautels le dimanche 

En août, j’ai sillonné les routes 132 et 138 afin de tâter le pouls des citoyens, appelés aux urnes le 1er octobre. Mon périple m’a mené de Montréal à Rivière-du-Loup et m’a fait traverser de nombreuses circonscriptions électorales.

Verchères, chronique d’une chute annoncée

Depuis 1976, les citoyens de la circonscription de Verchères ont toujours voté pour le Parti québécois (PQ). Mais cette fois, la forteresse pourrait bien tomber dans l’escarcelle de la Coalition avenir Québec (CAQ). C’est ce que laissent entrevoir les prédictions en ce moment. Coup de sonde chez M. Patate, à Varennes.

On peut lire sur l'enseigne : « M. Patate depuis 1956. Frite familiale : 5 $ ».

Le restaurant M. Patate, à Varennes

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le casse-croûte est une institution. L’endroit ne dérougit pas. Certains jours, on y sert environ 500 kilos de pommes de terre. Certains clients disent que l’on prépare ici les meilleures frites de la grande région de Montréal. En quelques heures sur place, j’apercevrai plusieurs personnalités, venues juste pour les déguster. Personne ne veut être identifié ni photographié aujourd’hui. Mais entre deux bouchées de hot-dogs « steamés », les langues se délient.

« Cette fois, ça va être les caquistes! », confie un agriculteur nouvellement retraité qui affirme pourtant être un libéral de longue date. « Le Parti libéral est usé. Changeons le mal de place. Ça va noyer les poissons qui ne savent pas nager dans la bonne direction. De toute façon, en quatre ans, ils n’auront pas les moyens de mettre la province à l’envers. Si ça fait pas, on se débarrassera d’eux la prochaine fois. »

Il parle aussi de la santé et déclare que, s’il est encore en vie, c’est parce qu’il est allé au privé quand il a appris qu'il avait un cancer.

À une table voisine, un couple de retraités veut aussi parler de la santé. Ils ont accompagné un proche atteint d’un cancer et en ont gros sur le cœur.

Ma mère a été traitée pour un cancer. On a vécu deux mois d’enfer. Une fois, on a attendu 14 heures à l’urgence sur une chaise en compagnie d’une dame de 85 ans qui était dans un état de faiblesse extrême. Il y a sûrement des endroits où l’argent est mal dépensé.

Une retraitée
Un comptoir du restaurant avec du sel et du vinaigre.

Le restaurant M. Patate, à Varennes

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Deux autres clients annoncent qu’ils vont annuler leur vote. L’un d’eux, un septuagénaire allumé, pense que cette élection ouvrira la porte à une nouvelle ère en politique québécoise.

Les prochaines élections devraient porter la CAQ au pouvoir. Elles serviront à nettoyer le système et à faire de la place à de nouveaux politiciens. Alexandre Taillefer dans le cas du PLQ et Jean-Martin Aussant au PQ. Comme un système informatique que l’on réinitialise.

Un septuagénaire

Après avoir constaté que les frites et les hot-dogs méritent tout de même un peu leur réputation, je reprends la route en direction de la circonscription de Richelieu.

Richelieu : le PQ devra travailler fort pour conserver la circonscription

Les imposantes installations de Rio Tinto marquent le point d’entrée dans la ville de Sorel-Tracy. Un peu plus loin, en franchissant la rivière Richelieu, on aperçoit les Forges de Sorel.

De gros navires sont amarrés, et des bateaux plus petits sillonnent l'eau.

Le panorama à Sorel-Tracy depuis le pont Turcotte

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

C’est justement là que travaille Robert Devos. Le Sorelois est attablé au restaurant Le Belvédère, de la Marina de Saurel. Il ne garde pas un bon souvenir du règne libéral des dernières années.

Messieurs Couillard et Barrette ont fait de beaux cadeaux aux médecins spécialistes avec leur entente de quelques milliards. Ils ont eu leur chance et ne l’ont pas saisie. Mon choix est fait, et je m’en vais avec la CAQ!

Robert Devos

Assis à la même table, son frère Éric hésite encore entre le PQ et la CAQ, mais il est de plus en plus tenté par le parti de François Legault. « Depuis 10 ans, je ne vote plus libéral. Logiquement dans mon coeur, ça devrait être la CAQ. »

Son épouse, Chantal Nadeau, n’a plus confiance dans les partis qui se sont échangé le pouvoir au cours des dernières années. « Je ne voterai pas PLQ ou PQ. Ils m’ont déçue. Ils nous ont fait des tas de promesses sans les tenir. Je suis prête à donner la chance à un nouveau parti. »

Les pompes à essence pour les bateaux de la Marina de Saurel. En arrière-plan, la terrasse du restaurant.

Le restaurant Le Belvédère, depuis le quai du poste d’essence

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

De jeunes parents qui sont venus manger avec leurs enfants s’apprêtent eux aussi à voter pour la CAQ. Le père de famille avance qu’il y a trop longtemps que les libéraux sont au pouvoir.

Sa femme n’est pas plus satisfaite du premier ministre sortant, Philippe Couillard. « C’est un médecin qui a travaillé pour les médecins. Nous, on n’a rien eu! Nos enfants sont à l’école publique, mais elle est bondée. Il y a des roulottes dans la cour d’école. Ils doivent regrouper les élèves de plusieurs classes pour les cours d’éducation physique. Au secondaire, mes filles iront à l’école privée. »

Sur l'immeuble, en grosses lettres : Steel Foundries.

Dans la cour de l’entreprise FH Soudure, à Sorel-Tracy

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Ce sera le même discours chez plusieurs électeurs ce soir. Cela laisse entrevoir des complications pour le PQ et son député sortant dans Richelieu, Sylvain Rochon.

Un couple de partisans péquistes rencontrés au même restaurant sent bien ce qui est en train de se dessiner et dit avoir peur d’un possible gouvernement caquiste qui ferait basculer le Québec un peu plus à droite. L’homme et la femme regrettent beaucoup le départ de Pierre Karl Péladeau. Il aurait, selon eux, été plus rassembleur et plus charismatique que Jean-François Lisée pour cette élection.

En avant-plan, une hélice de bateau, et plus loin, le restaurant Le Belvédère.

Le décor depuis le stationnement de la Marina de Saurel

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Bécancour, des employés en lock-out qui en ont long à dire

Près de Trois-Rivières, les syndiqués de l’aluminerie ABI de Bécancour sont sur le trottoir depuis le début de l’année. Le froid de l’hiver a fait place aux chaleurs de l’été 2018.

Des hommes sur des chaises pliantes devant un grand panneau sur lequel est inscrit : « A.B.I., aluminerie de Bécancour inc. »

Des employés en lock-out installés en face de l’aluminerie A.B.I. de Bécancour

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le lock-out s’éternise et les employés touchés, même s’ils sont bien installés, ont hâte d’en finir. Comme tout le monde, ils voient venir les élections du 1er octobre. Voici des extraits de leurs propos.

Éric Drolet.

Éric Drolet, officier syndical à l'aluminerie A.B.I. de Bécancour

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

« On trouve que le gouvernement ne s’est pas assez impliqué. Seulement le député caquiste du coin a démontré un peu d’intérêt », note Éric Drolet, officier syndical.

Claude Dumas

Claude Dumas, employé en lock-out de l’aluminerie A.B.I. de Bécancour

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le bilan du gouvernement libéral est assez moyen. On donne de l’argent à ceux qui crient le plus. Pendant ce temps, dans les CHSLD, les personnes âgées souffrent à 40 degrés Celsius dans leur chambre et ne mangent pas bien. Il faudrait retrouver le sens des priorités.

Claude Dumas

« Je suis en faveur du changement. Les libéraux et les péquistes, on a fait le tour avec eux. On est peut-être mieux d’opter pour un nouveau parti. La CAQ », ajoute Claude Dumas.

Steve Bélanger

Steve Bélanger, employé en lock-out de l’aluminerie A.B.I. de Bécancour

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

« Dans les derniers mois, le gouvernement a voulu nous montrer ce qu’il a amélioré. Mais on se souvient bien de ce qui s’est passé au début du mandat. Il faut faire davantage pour développer des emplois de qualité à 40 $ de l’heure. Seul M. Legault en parle. Je n’ai pas peur de la CAQ, qui se situe un peu plus à droite », affirme Steve Bélanger.

Sébastien Martel

Sébastien Martel, employé en lock-out de l’aluminerie A.B.I. de Bécancour

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

« Je ne suis pas très impressionné par les libéraux qui donnent des bonbons à la veille des élections, mais après avoir tant coupé. Il m’a fallu passer une résonance magnétique récemment. Au public, j’aurais attendu entre 6 et 12 mois. Au privé, ça a été immédiat. C’est sûr que du point de vue économique, les libéraux ont fait de bons coups, mais ce n’est pas suffisant. Mon choix, c’est la CAQ », confie Sébastien Martel.

La campagne électorale à l’heure des changements climatiques

Les fermes se succèdent sur la route 132. Depuis longtemps, de très nombreux agriculteurs ont élu domicile dans les circonscriptions de Nicolet-Bécancour et de Lotbinière, afin de profiter des sols riches des basses terres du Saint-Laurent.

Des ballots de foin dans un grand champ.

Paysage agricole croqué au bord de la 132 quelque part entre Bécancour et Québec

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Avec la chaleur des derniers mois, l’été qui s’achève a été beaucoup plus compliqué que les autres. Parlez-en à Denise Lavallière, qui exploite une ferme maraîchère depuis 40 ans avec son conjoint à Saint-Pierre-les-Becquets.

Denise Lavallière devant sa caisse, avec un panier de grosses tomates rouges dans la main.

L’agricultrice Denise Lavallière

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

« C’était difficile de travailler dans nos serres avec la chaleur. De nombreuses tomates sont mortes sur pied. À l’extérieur, les plants de fèves, de fraises et d’autres petits fruits ont manqué d’eau. On a eu des pertes. En plus, il y a aussi l’autocueillette qui a été problématique. Les gens ont été beaucoup moins nombreux à venir », constate Denise Lavallière. Elle croit qu'en raison des changements climatiques, des étés aussi chauds seront de plus en plus fréquents.

Denise Lavallière, derrière son comptoir de fruits et légumes, sert un client.

L'agricultrice Denise Lavallière en compagnie d'un client

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Mme Lavallière déplore le peu de place que prend l’environnement dans les discussions politiques au Québec et ne s’attend pas vraiment à ce que ça change cette fois-ci.

Des affiches annoncent du maïs frais, des fraises et des framboises.

Le kiosque de la ferme La rosée du matin, à Saint-Antoine-de-Tilly

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

À la ferme La rosée du matin, à Saint-Antoine-de-Tilly, le cultivateur Denis Beaudoin dresse un constat similaire. Il y a trois semaines, il était loin d’arborer le sourire qui illumine son visage aujourd’hui.

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Le cultivateur Denis Beaudoin

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Je n’avais jamais rien vu de tel, [la chaleur]. Il fallait commencer nos journées de cueillette très tôt, parce que sinon ça devenait intenable. [...] Beaucoup de gens depuis une dizaine d’années parlent beaucoup d’environnement, mais les actions ne suivent pas.

Denis Beaudoin

À quelques kilomètres de là, je retrouve un visage et surtout une voix bien connue des auditeurs de Radio-Canada : Yanick Villedieu.

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Yanick Villedieu, ex-animateur de l'émission scientifique «Les années lumière»

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Celui qui a longtemps animé l’émission scientifique Les années lumière et parlé de changements climatiques à d’innombrables reprises possède une terre dans la région depuis plusieurs décennies.

Juste à côté de son poulailler et de sa petite bergerie, il explique qu’il n’a jamais autant sué à la campagne qu’au cours de l’été qui vient de passer. Ce qui le préoccupe surtout, c’est que toute la planète a eu chaud au cours des derniers mois.

« Depuis quelque temps, chaque année est plus chaude que celle qui l’a précédée. Faut bien reconnaître que quelque chose se passe. Nous avons le changement climatique sous les yeux. Des climatologues ont écrit récemment que le point de non-retour pourrait être atteint beaucoup plus vite que prévu. »

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Yanick Villedieu dans sa bergerie, à Saint-Antoine-de-Tilly

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Il se désole que les questions environnementales occupent si peu d’espace dans l’espace public au moment des élections. Le prétexte, parfois invoqué, de l’impossibilité d’agir localement le fait sourire.

On a l’impression qu’on fonce dans un mur, mais que les politiciens n’ont pas envie de s’attaquer à ce problème-là.

Yanick Villedieu

« Pourtant, à la conférence de Paris sur le climat, en 2015, les initiatives les plus intéressantes étaient proposées par des villes! Ce n’est pas vrai que ce sont des enjeux qui nous dépassent et qu’on ne peut rien faire. Même ici au Québec, on peut agir », enchaîne Yanick Villedieu.

Québec et l’inévitable troisième lien

Dans la grande région de Québec, la question d’un nouveau lien routier est au cœur des préoccupations de nombreux citoyens.

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Le château Frontenac, à Québec

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Dans la capitale ou les banlieues, le sujet divise et ne laisse personne indifférent. Discussion avec des électeurs à bord du traversier qui relie Lévis à Québec.

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Line Deschênes

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Line Deschênes vient de la Rive-Sud. Elle dit qu’un troisième lien serait très approprié pour les gens de la banlieue comme elle. La circulation est devenue très complexe, dit-elle.

Dans le secteur de Saint-Nicolas, tous les matins, les gens sont presque arrêtés sur l’autoroute aux heures de pointe. Elle croit qu’un nouveau lien routier résoudrait des tas de problèmes.

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Samuel Kaine

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Samuel Kaine pense que l’automobile prend beaucoup d’importance dans la vie des habitants de la capitale nationale. Il penche davantage pour le transport en commun.

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Mathieu Dufresne avec sa fille Viviane

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Mathieu Dufresne affirme que la situation s’est grandement détériorée au cours des 10 ou 15 dernières années. « C’est devenu absurde », dit-il. Ce dernier croit à la nécessité du troisième lien et ne pense pas que les gens vont abandonner leur voiture dans la région de Québec. « Il y a beaucoup de jeunes familles ici. Moi, je n’irai certainement pas faire mon épicerie avec mes enfants en transport en commun! »

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Sylvie Bouchard et Richard Martel

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Sylvie Bouchard et Richard Martel sont tous les deux retraités. Ils ont deux filles adultes qui font la navette entre la banlieue et la capitale pour le travail. Ils disent que les délais rendent leur trajet de plus en plus pénible.

M. Martel est pour le troisième lien, mais Mme Bouchard n’est pas convaincue. Elle redoute les coûts associés et les conséquences environnementales. « Je suis apeurée et inquiète. »

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Samuel

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Samuel est fonctionnaire fédéral. Il prend le traversier tous les jours, été comme hiver. Il dit que cela lui permet d’accomplir plus de choses qu’en conduisant sa voiture. Il en profite notamment pour lire. Il comprend les arguments de ceux qui veulent un troisième lien, mais il n’est pas d’accord. « Il faut développer le transport en commun. Il faut améliorer l’offre afin d'entraîner un changement dans les habitudes. »

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Marylène Tessier et Michelle Breton, avec leurs enfants

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Marylène Tessier et Michelle Breton constatent toutes deux que la circulation a augmenté de façon exponentielle dans la région de Québec.

Mme Breton est pour un troisième lien autoroutier « parce qu’il faut absolument faire quelque chose. » Même chose pour Marylène Tessier. « Le troisième lien n’est pas obligatoire, mais il faut à tout le moins qu’on étudie la question et qu’on investisse. Dès la première année du nouveau gouvernement. »

Ce tour d’horizon réalisé au hasard des rencontres et de la route n’a évidemment aucune prétention scientifique. Comme certains sondages l’indiquent, la partie n’est pas encore jouée, et les résultats de cette élection pourraient encore surprendre. Mais une chose est certaine, la volonté de voir du changement est réelle chez de nombreux citoyens.

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