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Une présumée victime d’un avocat de Rockland se confie « pour faire bouger les choses »

Un homme assis à une table de cuisine regarde une pile de papiers.

Jocelyn Levac, un agriculteur d'Alfred, croit avoir été victime de l'avocat de Rockland Stéphane Langlois.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Radio-Canada

Quelle serait votre réaction si l'on vous disait qu'une bonne partie de vos avoirs s'était soudainement volatilisée? Dans le cas de Jocelyn Levac, un agriculteur d'Alfred, présumée victime de l'avocat Stéphane Langlois, c'est comme si on lui avait « scié les deux jambes ».

C’était à la fin du mois d’août 2016. L’homme venait d’apprendre que les comptes en fiducie où avait été déposé le montant provenant de la vente de son troupeau de vaches et de son quota laitier, environ 778 000 $, étaient presque vides.

Au début, Jocelyn Levac a dit avoir été envahi par un sentiment, non pas de colère, mais plutôt d’impuissance et d’engourdissement.

J’étais comme cloué sur ma chaise sans pouvoir bouger de là. C’est comme si le monde s’était écroulé sur ma tête d’un seul coup, relate l’ancien producteur laitier.

Jocelyn Levac dit avoir encaissé la mauvaise nouvelle lors d’une rencontre tenue d’urgence dans un cabinet d’avocats de Rockland, connu à l’époque sous la raison sociale Charron Langlois LLP.

L’importante somme d’argent avait été placée sous la responsabilité de l’un des associés du cabinet juridique, Stéphane Langlois, avec lequel le fermier avait déjà fait affaire.

À mon arrivée, […] on m’annonce comme quoi il n’y avait plus d’argent de disponible dans le compte et qu’il y avait une plainte qui avait été déposée au Barreau [du Haut-Canada] contre Stéphane Langlois, raconte Jocelyn Levac.

Sans perdre de temps, l'agriculteur s’est ensuite rendu au détachement de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) de Rockland pour déposer une plainte.

Entre 3,5 M$ et 4 M$ détournés?

Cette histoire a fait couler beaucoup d’encre lorsqu’elle a été révélée au grand public dans les derniers jours d’août 2016.

Selon la déclaration sous serment produite par le vérificateur judiciaire du Barreau du Haut-Canada (BHC), Prospero Vito, les plaignants, deux avocats qui travaillaient dans le même cabinet que Stéphane Langlois, ont indiqué avoir « de bonnes raisons de croire que [ce dernier] avait détourné [entre] 3,5 M$ et 4 M$ […] à partir de fonds détenus dans [deux] comptes en fiducie ».

Toujours d’après le document, les comptes en question, qui étaient détenus par le cabinet juridique dans des succursales de la Banque TD et du Mouvement des caisses Desjardins, affichaient « un déficit fiduciaire ».

Alors que les fonds déposés en fiducie auraient dû au moins totaliser un peu plus de 3,5 M$, il ne restait plus que « 219 000 $ à partir du 25 août [2016] », peut-on lire dans la déclaration sous serment du vérificateur judiciaire du BHC.

Qu’est-il advenu du reste des fonds déposés dans les deux comptes? Cette question, l’Unité anti-escroquerie de la PPO tente d’y répondre avec son enquête.

Il y a eu beaucoup de développements au cours des dernières semaines, s’est contenté de dire l’agent enquêteur André Duval lors d’une brève entrevue téléphonique. À ce jour, aucune accusation criminelle n'a été déposée dans ce dossier.

Comme la PPO, le Barreau du Haut-Canada n’a pas, lui non plus, complété son enquête.

Entre-temps, le permis d'exercer le droit de Stéphane Langlois, qui n’a jamais fait l’objet de mesures disciplinaires par le passé, demeure suspendu.

Un dur coup à digérer

Jocelyn Levac dit avoir eu beaucoup de difficulté à absorber le choc de la nouvelle, jusqu’à en perdre le sommeil.

C’est arrivé assez fréquemment la nuit, qu’à deux ou trois heures du matin, tu réfléchis à ça, parce que tu ne dors plus. […] Tu as l’impression d’entrer dans un tunnel noir avec […] plein d’obstacles et tu n’es pas capable de les voir, confie l'homme de 57 ans.

Jocelyn Levac se demande quelle somme d’argent il sera en mesure de récupérer des fonds disparus en fiducie.

Je n’ai aucune façon de vérifier ce qui s’est passé [avec les 778 000 $]. […] Je ne peux pas vous dire ce qui se passait dans le compte de banque, explique le fermier qui subsiste ces jours-ci en cultivant ses terres et en produisant de la viande bovine.

Stéphane Langlois donne signe de vie

Une photo de Stéphane Langlois tirée de FacebookAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Langlois, avocat de Rockland

Photo : Facebook

À la suite d’une série de courriels envoyés à un avocat d’Ottawa qui représente ses intérêts, Stéphane Langlois nous a indiqué vouloir s’abstenir de tout commentaire pour l’instant, préférant attendre la conclusion des enquêtes dont il fait l’objet.

Le principal intéressé nous a confirmé avoir travaillé à titre d’agent immobilier en République dominicaine « pendant une semaine », sans toutefois préciser son lieu de résidence actuel.

Rappelons qu’en 2016, toujours selon la déclaration sous serment du BHC, « des employés [avaient] entendu [Stéphane Langlois] se renseigner sur la façon de transférer de l’argent au Brésil ».

De son côté, Jocelyn Levac, un homme discret de nature, a longtemps hésité à parler publiquement du calvaire qu’il dit vivre depuis deux ans.

Son souhait de faire « bouger les choses », afin que l’histoire ne tombe pas dans l’oubli, aura finalement eu le dessus.

Les gens, la prochaine fois qu’ils se font demander de mettre de l’argent en fiducie, j’espère que ça va les informer, peut-être les amener à poser plus de questions et dire : ­"L’argent, est-ce qu’il est bien protégé?", conclut-il.

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