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Tweets déplacés : la candidate péquiste Michelle Blanc offre officiellement ses excuses

Michelle Blanc, entourée de photographes.
Michelle Blanc, attendant son chef Jean-François Lisée devant son local de campagne, vendredi dernier. Photo: Radio-Canada / Jérôme Labbé

La candidate péquiste dans Mercier, Michelle Blanc, présente officiellement ses excuses pour une série de tweets déplacés qui ont fait de l'ombre à la journée de son chef, Jean-François Lisée, jeudi.

Un texte de Jérôme Labbé

« J’ai publié hier sur Twitter une insinuation fausse sans aucun fondement concernant M. Xavier Camus. Évidemment, je me rétracte et m’excuse sincèrement pour le tort que cela aura causé à M. Camus et à ses proches », écrit-elle dans une nouvelle publication.

Jeudi matin, il ne restait qu'une seule trace de l'échange litigieux en question sur Twitter entre Mme Leblanc et un internaute (@The_Great_Prog) au sujet de Xavier Camus, enseignant en philosophie au Collège Ahuntsic, connu sur les réseaux sociaux pour ses dénonciations de politiciens qui, selon lui, flirtent avec l’extrême droite.

« Je regrette d'avoir utilisé les mêmes tactiques au conditionnel qu'un certain Camus. Il était tard et ce n'est pas mon habitude d'aller aussi bas que lui dans des insinuations... #PolQc #partiquebecois », disait ce message.

La veille, M. Camus avait publié sur son blogue un texte à propos de Pierre Marcotte, candidat péquiste dans Drummond–Bois-Francs, dans lequel il lui reprochait notamment d’avoir écrit sur Twitter, en 2015, que les musulmans devraient être forcés de manger du porc pour pouvoir immigrer au Québec – une dénonciation qui a aussitôt valu à M. Marcotte d’être écarté par son chef, Jean-François Lisée.

Or, son texte était accompagné d’une photo montrant Michelle Blanc et Pierre Marcotte, souriants, bras dessus bras dessous. Et d’une caricature montrant Mme Blanc et Muguette Paillé, une autre candidate s’étant retirée de la course dans Maskinongé en raison de propos islamophobes, déclarer à l’unisson : « Les mugnulmanes c’tutes des terroôriss!! »

La principale intéressée n’a visiblement pas apprécié. Sur Twitter, sa réponse – supprimée depuis, mais dont des extraits ont été publiés sur la page Facebook de Xavier Camus – a été pour le moins virulente, voire vulgaire.

Nous n’en reproduirons qu’un exemple :

« Camus est un fromage qui pue de ses amalgames douteux et de sa fixation malsaine sur moi. Et vous êtes tout aussi douteux de reprendre ses conneries. Aimez-vous vous aussi les petites filles de 15 ans? C’est le genre de conneries qu’on raconte aussi à son propos. »

Un photographe prend les deux politiciens en photos.Jean-François Lisée et la vice-chef du PQ, Véronique Hivon, jeudi matin, lors d'un point de presse à la permanence du parti. Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Questionné sur l'incident, Jean-François Lisée a rabroué publiquement sa candidate en marge d'un point de presse, jeudi matin, sur le télétravail. « Ce ne sont pas des propos qui doivent être tenus sur Twitter », a-t-il tranché, ajoutant que « ces propos ont été retirés » et que son équipe avait « exprimé [sa] mauvaise humeur face à ça ».

« Un politicien ou une politicienne en début de carrière politique doit apprendre à ignorer les insultes », a-t-il soutenu.

Interrogé sur les risques de débordements sur les réseaux sociaux, M. Lisée a demandé aux partisans péquistes d'éviter de propager des messages négatifs.

On n'attire pas des votes avec du vinaigre. On les attire avec une attitude positive.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

François Legault, lui, a commenté sur Twitter, justement. « Est-ce que je peux bloquer Michelle Blanc? ;) », a écrit le chef caquiste dans un élan d'autodérision, jeudi, faisant référence à un article du quotidien Le Soleil le décrivant comme « l'as du blocage sur Twitter », le 16 juillet dernier.

Menaces de poursuite

Quant à Xavier Camus, il admet avoir été « troublé » par les allégations lancées par la candidate.

Joint par téléphone jeudi matin, M. Camus a fait valoir que des insinuations de pédophilie comme celles-là risquaient de nuire à sa carrière d'enseignant. « D'abord parce que je travaille auprès des jeunes. Quoiqu'à 15 ans, il n'y a aucune fille de 15 ans au cégep, mais quand même, des personnes de 17, 18, 19 ans... Ça sème le doute au niveau professionnel, entre collègues. »

« Et puis ce genre d'accusation là, c'est le genre de choses contre laquelle on ne peut même pas se défendre », poursuit-il. « Je ne pourrai pas présenter des preuves sur les réseaux sociaux, même en vrai, [en disant :] "Regardez, je ne désire pas ceci ou cela". Je ne sais même pas si je peux me défendre publiquement! Sinon, j'aurais l'impression de répandre moi-même cet élément-là. »

L'homme, chauve, se tient le menton. La photo est en noir et blanc.Xavier Camus Photo : Facebook (Xavier Camus)

Deux mises en demeure ont été envoyées, a confirmé M. Camus en après-midi : l'une à Michelle Blanc, l'autre au Parti québécois.

« Tout d’abord, une mise en demeure soulignant le caractère odieux, diffamatoire, mensonger et sans fondement des propos et insinuations tenus le 29 août 2018 par la candidate péquiste », a expliqué M. Camus. « La mise en demeure demande à Mme Blanc de se rétracter, de s'excuser et de rectifier publiquement les faits comme faux et sans fondement dans les 24 heures; le tout en qualifiant ses excuses et justifications d'insuffisantes et incomplètes. »

L’autre mise en demeure, poursuit-il, demande au PQ « d'enjoindre leur candidate de se rétracter et de s'excuser en tant que parti ». « Nous mentionnons également que le parti, en excusant et en minimisant les propos de sa candidate, cautionne ceux-ci. »

« On va lire la lettre, et si on peut s'y conformer rapidement, on va le faire », a répondu le chef péquiste en après-midi, soulignant qu'il était faux de dire que son parti avait « passé l'éponge » sur cette affaire.

Quelques heures plus tard, Mme Blanc offrait ses excuses les plus formelles sur Twitter. « Je sais ce que c’est d’être attaquée injustement et personnellement sur les réseaux sociaux, ce qui aurait dû me rendre encore plus vigilante et prudente. Je m’en veux en estie! J’invite tous les internautes, de tous les partis, à en tirer une grande leçon. // Sur la toile comme dans la vie, on peut défendre avec verdeur et fougue ses idées, mais la modération doit primer lorsqu’on parle des personnes », concluait-elle dans sa série de publications.

Ces excuses ont satisfait son chef qui, en soirée, a commenté l'affaire une troisième fois, en marge d'un rassemblement national à Pointe-aux-Trembles, dans l'est de Montréal. « Je pense qu'on a tout fait ce qu'il fallait faire [et que] que le dossier est clos », a-t-il statué. « Si on devait être à ce point intolérants de l'erreur humaine, que même lorsque quelqu'un s'excuse et retire ses paroles, on dise "il en faut plus, il en faut plus, il en faut plus", on ne pourra plus vivre en société. »

Même si le PQ, lui, n'a pas voulu s'excuser, Xavier Camus a accepté de tourner la page, en fin de soirée. Recontacté par Radio-Canada, le blogueur a fait savoir qu'il retirait les deux mises en demeure et qu'il n'irait pas de l'avant avec une poursuite. « Je suis vraiment soulagé du fait que la vérité refasse surface, a-t-il déclaré. Par contre, d’un point de vue personnel, il m’apparaît évident qu’elle [Michelle Blanc] a fait ça pour se venger de moi, en toute connaissance de cause. Elle fait un usage tout à fait disgracieux de Twitter. »

Une hostilité qui ne date pas d'hier

Il faut dire que ce n’était pas la première fois que Xavier Camus s’en prenait, directement ou indirectement, à Michelle Blanc. M. Camus confirme avoir écrit une demi-douzaine d’articles faisant référence à la candidate.

Le 16 août, par exemple, le blogueur avait diffusé un texte intitulé Un militant proche de l’extrême droite dans l’équipe Michelle Blanc, reprochant à Martin Joseph Lamontagne d’avoir participé à des manifestations de Storm Alliance et de La Meute par le passé.

Chaque fois qu'il publie ses articles, ceux-ci sont largement repris, partagés par des internautes qui n’hésitent pas à confronter Mme Blanc sur les réseaux sociaux.

Après que la candidate eut exprimé ses regrets sur Twitter jeudi matin, par exemple, on pouvait lire, en réponse à ceux-ci :

« Vous êtes dégueulasse. Vous savez la différence entre vous et Camus? C’est que lui, il s’appuie sur du concret et accuse les gens de choses qu’ils font réellement. On va être une coupe à garder cette capture d’écran de vos tweets juste pour voir à quel point vous êtes pathétique. » -Jonathan Bolduc (@AbolducBoludc)

« Michelle Blanc est odieuse. Sa seule expertise des médias sociaux est le brassage de merde. » -Mathieu Robitaille (@MathieuChauve)

« Madame Blanc, critiquer les idées politiques d'une personne et l'accuser de pédophilie au conditionnel, ce n'est PAS équivalent. VOS méthodes sont méprisables. Vous étiez à ce point fâchée de voir un candidat ouvertement islamophobe expulsé? Vous partagiez à ce point ses idées? » -Sylvie Dupont (@syldupo)

Profil bas

Contrairement à son habitude, Mme Blanc s'est fait plutôt discrète sur les réseaux sociaux jeudi.

Elle a toutefois confirmé à CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, avoir été l'auteure d'un autre tweet disgracieux circulant depuis un bon moment sur Twitter, qui se lisait comme suit : « .@Bell Se faire chier au téléphone par un préposé de mobilité qui insiste pour m'appeler monsieur parce que ma voix est masculine. Ma réponse ta voix est africaine et je ne t'appelle pas mon petit nègre... = grrr »

Le message aurait été effacé il y a six mois, explique-t-elle, après que Bell se fut excusé pour son mauvais service à la clientèle.

En commentant l'affaire en soirée, Jean-François Lisée a appelé les médias et les électeurs à être indulgents, rappelant que Mme Blanc n'était pas encore candidate, il y a six mois. « Si on dit qu'il faut condamner des citoyens qui ont mal formulé quelque chose dans le passé et qu'ils l'ont retiré, eh bien je m'excuse, mais la jeune génération qui est sur Facebook et Twitter, aujourd'hui, quand il se présenteront en politique dans 10 ans, ils ne pourront pas faire de politique! »

En entrevue au jour 2 de la campagne électorale, lors de la visite de Jean-François Lisée dans son local électoral, Mme Blanc avait dénoncé la prolifération sur les réseaux sociaux des « trolls », ces internautes qui cherchent à créer la polémique sur Internet.

« Ce ne sont pas tant les idées que les personnes qu’ils combattent, et ça, c’est malheureux », avait-elle déploré.

Si elle n’a jamais suscité l’indifférence sur les réseaux sociaux – trois personnes lui ayant envoyé des menaces de mort en raison de sa transsexualité auraient été condamnées, soutient-elle –, Mme Blanc dit avoir observé « une croissance » du nombre de commentaires négatifs à son égard depuis son arrivée en politique.

C’est la rançon de la gloire.

Michelle Blanc, candidate péquiste dans Mercier

Le compte Twitter @BleueMichelle, par exemple, s'évertue depuis deux semaines à republier de vieux messages compromettants pour la candidate. Certains remontent même à 2008.

« Il y a des choses que j’ai déjà écrites auxquelles je ne crois plus », rétorque Mme Blanc. « Cela dit, je vis très bien avec ce que j’ai écrit depuis 15 ans. »

« Nos candidats se font constamment troller », confirme un membre de l'équipe des communications du PQ. « On signale souvent des comptes. »

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