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Le feu, c'était comme perdre un membre de sa famille

Une capsule réalisée par Francis Marchildon

Le 14 mai 1988 reste ancré dans la mémoire de la communauté francophone en Saskatchewan. Pour André Moquin, un ancien étudiant, l'incendie qui a ravagé le Collège Mathieu ce jour-là a eu un effet comparable à celui de perdre un proche. Toute la communauté francophone a été touchée par cet incendie, qui marquera aussi un tournant pour l'établissement.

« Ç'a été, bien sûr, le choc », raconte celui qui était le directeur du Collège Mathieu au moment de l’incendie, Florent Bilodeau. « J’étais en réunion au niveau provincial à Saskatoon, et c’est de là que j’ai appris qu’il y avait l’incendie. »

L’incendie s’est déclaré le samedi matin dans le gymnase avant de s’étendre vers l’édifice principal. Pompiers et professeurs étaient à pied d’oeuvre pour tenter de maîtriser le feu et sauver ce qui pouvait l’être. Une ancienne élève se souvient : « À sept heures, sept heures et demie, on avait entendu : "Au feu, au feu. Sortez de la résidence!" » Liza Bégin-Cossette, qui a étudié à Gravelbourg de 1987 à 1989, ajoute que les pompiers devaient faire face à un vent très fort cette journée-là!

Une image d'archives des flammes qui ont ravagé le Collège Mathieu en 1988. On y voit des gens qui arrosent le feu ainsi que les flammes et la fumée épaisse qui s'en dégage.L'incendie du Collège Mathieu est survenu un samedi matin du mois de mai 1988. Photo : Radio-Canada

Voir les jeunes, ça, ç'a été le gros choc. Surtout les filles de la 12e année, dont les robes de finissantes étaient dans le Collège. Puis, je pense qu'après ça, c'est de réaliser qu'on ne pouvait pas arrêter le feu.

Maria Lepage, ancienne présidente de l'Amicale du Collège Mathieu

Florent Bilodeau explique que le Collège aura perdu deux édifices à cause des flammes. Celles-ci épargneront uniquement la bibliothèque, la résidence des garçons et les locaux du centre culturel, comme le dit Lise Lundlie dans son livre Une pépinière de chefs : l'histoire du Collège Mathieu, 1918-1998.

Ce qui a été remarquable, c'est la confiance des parents.

Florent Bilodeau, ancien directeur du Collège Mathieu

Florent Bilodeau se rappelle que la décision a rapidement été prise de terminer l’année scolaire, malgré l’incendie. Les classes ont d’ailleurs repris 10 jours plus tard. Des locaux temporaires ont pu être aménagés avec l’aide de la communauté de Gravelbourg. « Il y a eu beaucoup de solidarité et beaucoup d’appuis », se souvient l’ancien directeur. De son côté, Maria Lepage, qui était une employée du centre de ressources Le Lien, affilié au Collège Mathieu, précise que ce sont les notes d’une élève de 12e année, sauvées des flammes, qui ont permis aux élèves de terminer leur secondaire.

Liza Bégin-Cossette raconte que différents endroits de la ville ont été utilisés pour accueillir les élèves privés du Collège. « On était éparpillés tout partout. On était dans le Centre culturel Maillard, nos salles de classe. La résidence des filles, c'était le motel Mayfair », relate-t-elle.

Reconstruire, mais à quel endroit?

Pour l’auteure Lise Lundlie, la communauté a été partagée autour de la question de la reconstruction. « Il y avait des forces qui voulaient garder le Collège à Gravelbourg », se souvient-elle. Mais ce n’était pas l’avis de tout le monde.

Il y avait beaucoup de gens qui pensaient que le Collège ne devrait pas être reconstruit à Gravelbourg.

Lise Lundlie, auteure du livre « Une pépinière de chefs : l'histoire du Collège Mathieu, 1918-1998 »

Florent Bilodeau admet que de nombreuses rencontres avec les membres de la communauté ainsi qu'avec les gouvernements provincial et fédéral ont été nécessaires pour pouvoir prendre une décision. L’ancien directeur du Collège explique que les travaux ont finalement commencé sur l’emplacement historique de l’établissement.

À mon avis, les deux leaders à ce moment-là, qui ont joué un rôle clé, c'est la présidente à l'époque, Irène Chabot, et le directeur général, qui était Florent Bilodeau.

Réal Forest, ancien étudiant et ancien directeur du Collège
Un homme avec une barbe, un veston et une cravate, il y a un arrière-plan d'une école. Florent Bilodeau, le directeur du Collège Mathieu qui était en poste lors de l'incendie de 1988, a pris la parole lors du Mathieuthon, réalisé en collaboration avec Radio-Canada et diffusé en février 1990. Photo : Radio-Canada

Pour aider à rembourser la dette, une campagne de financement, le Mathieuthon, est organisée en partenariat avec Radio-Canada. De nombreux artistes, anciens élèves du Collège Mathieu, participent au gala, qui permet d’amasser plus de 200 000 $. La mobilisation de la population pour reconstruire le Collège a été à la mesure de l’attachement porté par la communauté fransaskoise envers l'établissement, selon Réal Forest, qui aujourd'hui, est le président du Collège Mathieu.

La reconstruction a été « une belle expérience » pour Florent Bilodeau. Sur les conseils d'un architecte, il a consulté le personnel et le conseil d’administration, afin de créer des édifices mieux adaptés aux activités du Collège, en comparaison avec les anciens bâtiments.

Pour Réal Forest, cette reconstruction a été un défi énorme.

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