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Une élection référendaire sur Trump se dessine en Floride

Andrew Gillum
Andrew Gillum (archives) Photo: Reuters / Christopher Aluka Berry

Lors des primaires pour le poste de gouverneur de Floride, les démocrates ont causé l'une des plus grosses surprises de la saison électorale mardi en optant pour le progressiste Andrew Gillum, qui pourrait devenir le premier Noir à diriger l'État. Les républicains ont pour leur part élu un chouchou du président Trump, Ron DeSantis. Et l'âpre duel qui s'annonce sera l'un des plus suivis de la campagne électorale.

Les électeurs des camps démocrate et républicain ont porté leur choix sur des candidats antiestablishment, tous deux âgés de 39 ans, aux idées politiques cependant aux antipodes.

Chez les démocrates, Andrew Gillum, maire de Tallahassee, la capitale de l'État, a remporté une course qui l'opposait à quatre candidats en menant une campagne de terrain.

Il a remporté 34 % du vote des militants démocrates, contre 31 % pour sa plus proche rivale, Gwen Graham, ancienne représentante et fille d'un ex-gouverneur et ex-sénateur. Elle aurait pu devenir la première femme gouverneur de l'État.

Andrew Gillum a dépensé moins que ses rivaux – deux d'entre eux ont injecté entre 29 et 38 millions de leur fortune personnelle dans la course – et a à peine fait campagne à la télévision.

« L'argent ne vote pas, les gens, si », a-t-il d'ailleurs lancé après sa victoire.

Issu de l’aile progressiste du Parti démocrate, Andrew Gillum a obtenu le soutien tardif de Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2016.

M. Gillum prône notamment un accès à l’assurance maladie pour tous, une importante hausse de l’impôt des entreprises pour financer une hausse de 1 milliard en éducation ainsi qu'un salaire minimum à 15 $ de l’heure. Il a promis de maintenir sa position devant la National Rifle Association, le lobby américain des armes à feu.

Ron DeSantis a pour sa part facilement remporté l'élection primaire des républicains, avec 57 % des voix contre 37 % pour Adam Putman, commissaire à l'agriculture de l'État, qui était le favori de l'establishment.

Ses publicités télévisées tournaient autour de Donald Trump; dans l'une d'elles, par exemple, son enfant empilait des briques pendant que lui-même s'exclamait : « Construisez ce mur! »

DeSantis, qui a bénéficié d'un soutien sans équivoque du président, a aussi critiqué l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une possible ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle de 2016.

Il a donné le crédit de sa victoire au président républicain, qui l'a pour sa part félicité sur Twitter pour sa victoire « facile ». « Son adversaire de novembre est son plus grand rêve... un maire socialiste raté qui a permis au crime et à plusieurs autres problèmes de prospérer dans sa ville », a ajouté le président, sans donner de preuves.

La question raciale s'immisce déjà dans la course

Au lendemain de sa victoire, Ron DeSantis s'est attiré les foudres du Parti démocrate pour des propos jugés racistes. En entrevue au réseau Fox News, il a mis en garde les électeurs de Floride contre la tentation de voter pour un « programme socialiste », recourant à une expression avec le mot « singe » (« to monkey this up »). Ce mot est souvent utilisé par des racistes pour décrire les Afro-Américains.

L'animatrice de Fox News s'est ensuite distanciée des propos de son invité.

« M. DeSantis s'inspire directement du manuel de campagne de Donald Trump », a réagi Andrew Gillum sur les ondes du même réseau. Mais il se trompe « s'il pense que les électeurs de Floride vont répondre à ce niveau de moquerie et de division. Ils en ont assez », a-t-il soutenu.

Un porte-parole de DeSantis a affirmé qu'il faisait référence aux propos de son rival démocrate et non à la couleur de sa peau.

Andrew Gillum pourrait marquer l'histoire en novembre prochain en devenant le premier Noir à diriger la Floride. Mais le défi est de taille : bien que la course se resserre depuis 2010, aucun démocrate n'a été élu à la tête de l'État depuis 20 ans.

Dans les dernières années, les démocrates ont opté pour des candidats dits modérés, qui n'ont pas su susciter l'enthousiasme des électeurs. Andrew Gillum espère motiver les électeurs plus jeunes et issus de la diversité, habituellement moins nombreux à se présenter aux urnes, à voter.

Deux autres Afro-Américains – démocrates – ont été investis comme candidats au poste de gouverneur : Stacey Abrams en Georgie et Ben Jealous au Maryland.

Une course qui sera suivie

Ron DeSantis s'adressant aux militants républicains lors d'un rassemblement partisan du président Trump, qu'on aperçoit à ses côtésRon DeSantis s'adressant aux militants républicains lors d'un rassemblement partisan du président Trump Photo : Reuters / Carlos Barria

En novembre, Gillum et DeSantis s'affronteront pour succéder au gouverneur sortant, Rick Scott, un républicain qui ne peut pas briguer un nouveau mandat en raison des lois électorales. Celui-ci tente de ravir le siège de sénateur au démocrate Bill Nelson.

Le duel pour son siège s'annonce pour être, en grande partie, un référendum sur le président Donald Trump.

Si Ron DeSantis est un partisan enthousiaste du président, Andrew Gillum milite de son côté pour sa destitution, un pas que n'osent pas franchir de nombreux démocrates, particulièrement dans les États où les luttes s'annoncent serrées lors des élections de mi-mandat.

La course sera surveillée de près par les deux camps, à la recherche d'indices sur l'humeur des électeurs à l'approche de la présidentielle de 2020.

La Floride figure parmi les États clés pour une victoire présidentielle. En 2016, Donald Trump l'avait remportée par un peu plus de 1 point de pourcentage.

D'autres primaires

D'autres élections primaires se déroulaient mardi dans différents États, notamment en Arizona.

Martha McSally, ancienne pilote de chasse et candidate préférée des dirigeants du parti républicain, a battu deux candidats qui s'étaient ardemment disputé les faveurs présidentielles : le shérif Joe Arpaio, condamné pour ses méthodes policières discriminatoires envers les immigrés clandestins, puis gracié par le président américain, et l'utraconservatrice Kelli Ward.

Elle affrontera la démocrate Kyrsten Sinema, dont la victoire était prévisible, pour tenter de maintenir ce siège dans le giron républicain. Le sénateur sortant, Jeff Flakes, est un farouche opposant au président Trump, tout comme l'était son collègue de l'État, John McCain, décédé samedi dernier.

Avec les informations de New York Times, AFP, Associated Press, et Reuters

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