•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Gestion de l’offre : Couillard menace Trudeau de « conséquences politiques sérieuses »

Philippe Couillard, en conférence de presse.
Philippe Couillard s'est employé à défendre le système de gestion de l'offre lors d'une conférence de presse tenue mercredi à Rivière-du-Loup. Photo: Radio-Canada

Le gouvernement Trudeau s'exposera à « des conséquences politiques sérieuses » s'il décide de faire des concessions au sujet du système de gestion de l'offre en vigueur pour certains produits agricoles dans le cadre des négociations sur le renouvellement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), prévient Philippe Couillard.

Un texte de François Messier

Interrogé sur cette perspective en conférence de presse, le chef libéral a indiqué avoir parlé au premier ministre Justin Trudeau au cours des dernières heures et lui avoir réitéré qu’il n’acceptera aucun compromis sur ce système, qui régule la production de lait, d’œufs et de volaille. Une conférence téléphonique avec M. Trudeau et les premiers ministres des autres provinces doit avoir lieu jeudi.

Nous sommes opposés – pas juste mon parti, la population du Québec, en grande partie, est opposée – à une concession sur la gestion de l’offre. S’il y en a qui pensent qu’ils peuvent passer à travers le Québec […] il y aura des conséquences politiques sérieuses à poser un geste semblable.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral

M. Couillard n'a pas voulu préciser ce qu'il ferait le cas échéant. « Just watch me » [regardez-moi aller], s'est-il borné à dire, reprenant une phrase devenue célèbre prononcée par le défunt père du premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, peu avant qu'il ne déclare la Loi sur les mesures de guerre lors de la crise d'Octobre.

Le chef libéral dit cependant n’avoir reçu aucune indication de la part de Justin Trudeau que de tels compromis sont envisagés, et affirme que la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dit la même chose à la ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade.

Selon le Globe and Mail, Ottawa est disposé à faire des concessions à certaines demandes de Washington au sujet du système de gestion de l'offre, afin de conserver le mécanisme des différends actuellement en place dans un nouvel accord.

M. Couillard reconnaît cependant que la signature de traités internationaux est une prérogative du gouvernement fédéral – c’est lui qui « tient le crayon », a-t-il dit – et que les traités du genre signés récemment par Ottawa avec l’Union européenne et des pays de la zone Asie-Pacifique ont bel et bien ouvert une brèche dans la gestion de l’offre.

En passant, la gestion de l'offre, ça n'existe pas sans la fédération canadienne. [...] Pourquoi? Parce que c'est un programme fédéral-provincial. Parce que le Québec produit 50 % du lait canadien et consomme à peu près 25 % du lait au Canada.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral

Il dit d’ailleurs avoir suggéré au premier ministre Trudeau de mettre l’Union des producteurs agricoles et la Fédération des producteurs de lait dans le coup dès maintenant, afin d’éviter qu’ils ne se retrouvent devant le « fait accompli », comme cela s’est produit pour ces deux ententes.

Le premier ministre a dit croire que cette suggestion avait été entendue, mais n’a pas dit que M. Trudeau entendait y donner suite.

Prêt à signer une déclaration commune

Philippe Couillard a par ailleurs fait volte-face au sujet d’une proposition faite par le chef péquiste Jean-François Lisée, qui suggère que les chefs des grands partis du Québec signent une lettre commune pour confirmer notamment leur volonté de s’opposer à tout changement dans le système de gestion de l’offre.

Alors qu’il disait mardi ne pas être intéressé par cette suggestion, il soutient maintenant qu’il est « disposé » à le faire, même s’il ne voit pas la « valeur ajoutée » de procéder à une déclaration commune. Il affirme cependant qu’il veut s’assurer de bien prendre connaissance de ce qui y serait écrit en « petits caractères ».

Je suis toujours quelqu'un qui est prêt à mettre de l'eau dans son vin, mais je veux que ça continue à goûter le vin.

Philippe Couillard, chef du Parti libéral, dans une réponse faite en anglais

Il a souligné du même souffle qu’il ne faisait pas confiance à la CAQ, qui n'a « absolument pas » parlé d'agriculture, ni à son chef caquiste François Legault qui n'a pas réagi après que l'ex-premier ministre conservateur canadien Brian Mulroney eut publié une lettre dans laquelle il appuyait l'idée d'une brèche dans le système de gestion de l'offre.

« Il a fallu attendre hier pour que, du bout des lèvres, de façon tardive et, je dois dire, un peu molle, M. Legault dise : "non, non, non, on va défendre la gestion de l'offre" », a-t-il ajouté. « Moi, j'ai de la difficulté à trouver ça crédible. »

M. Couillard a souligné au passage que le candidat caquiste Youri Chassin a publiquement affirmé être opposé à la gestion de l’offre. M. Chassin s’est depuis rallié à la position officielle de son parti.

Lisée satisfait, Massé s'abstiendra

Questionné à savoir s'il était impressionné par l'attitude de Philippe Couillard, le chef péquiste a eu des mots durs à son endroit. « Je l'ai "watché" depuis trois ans, a-t-il dit, en référence à l'expression empruntée par M. Couillard. Et il a accepté des concessions, avec le contrat européen et le contrat Transpacifique, sans compensations. »

Je suis content de voir que lorsque la position du Parti québécois est plus visible, ça lui donne de la colonne vertébrale.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Au-delà des critiques, Jean-François Lisée estime toutefois que le dossier « avance » et qu'il s'agit d'un aspect positif. « Hier, il disait que ça ne l’intéressait pas. Je suppose qu’il a reçu la lettre, je sais qu’on l’a envoyée en début de soirée hier aux trois autres chefs. Je suppose qu’il a constaté notre bonne foi, le soin avec lequel on a écrit la déclaration commune. C’est clairement pour que ça fonctionne », a-t-il affirmé en conférence de presse en matinée.

« Je suis content de voir que, contrairement à hier, le premier ministre admet que l’intérêt de la nation est plus important que sa propre gestion des communications », a-t-il ajouté.

De son côté, M. Legault, qui s'est montré « ouvert » à la proposition de M. Lisée, mardi, a aussi dit être « content que M. Couillard revienne un peu sur sa déclaration » de la veille. « C’est important, qu’on défende la gestion de l’offre. C’est important que Justin Trudeau comprenne que, pour le Québec, c’est non négociable », a-t-il dit.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a cependant indiqué qu'elle ne se joindra pas à cette initiative. Elle assure soutenir le système de gestion de l'offre, mais affirme que la lettre « encense l'ALENA » et qu'il est donc « impossible pour [eux] de signer ça ».

Québec solidaire déplore que l'entente commerciale n'ait fait l'objet d'aucune consultation populaire, alors des groupes de la société civile s'y opposaient et que le chapitre 11, qui permet à des multinationales de réclamer des indemnisations si des lois nationales nuisent à leurs affaires, est « aberrant ».

Politique provinciale

Politique