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Québec solidaire veut revoir le mode de rémunération des médecins

Les deux candidats se serrent la main avec enthousiasme sous l'oeil des caméras, dans une rue du centre-ville de Trois-Rivières.
Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, serre la main de Simon Piotte, candidat dans Maskinongé, une circonscription de la Mauricie où le parti faisait campagne mercredi. Photo: Radio-Canada / Vianney Leudière

S'il forme le prochain gouvernement, Québec solidaire s'attaquerait à la rémunération des médecins et à leur pouvoir sur le système de santé québécois. QS réduirait le salaire des médecins spécialistes et réformerait le mode de rémunération de l'ensemble des médecins.

Un texte de Yanick Cyr

Dans les 100 premiers jours d'un éventuel mandat, QS entend ainsi rouvrir l’entente des médecins spécialistes pour réduire leur rémunération de 12 %. Une mesure qui générerait des économies de 925 millions de dollars annuellement. « Ça, c’est de l’argent qui est déjà dans notre système de santé, mais qui pourrait être mieux utilisé », a soutenu le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, à Trois-Rivières.

« Les médecins québécois gagnent actuellement huit fois plus que le salaire moyen des autres employés du réseau de la santé, soutient le candidat de QS dans Gouin. C’est exagéré. À Québec solidaire, on va remédier à cette indécence. »

La somme récupérée serait réinvestie dans le système de la santé pour créer une assurance dentaire publique pour tous les Québécois, ajoute le parti de gauche.

On a des choix politiques à faire au Québec : soit on ajoute de l’argent dans les poches des médecins spécialistes, soit on utilise ces sommes-là [...] pour améliorer le réseau et même l’étendre.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

La fin des médecins-PME

Un gouvernement solidaire mettrait également un terme à l’incorporation des médecins. Cette situation permet présentement aux médecins d’être considérés comme des travailleurs autonomes et de profiter de certains avantages fiscaux, fait valoir le parti. Si Québec solidaire est porté au pouvoir, les médecins seront « traités comme tous les autres contribuables » québécois, précise M. Nadeau-Dubois.

QS s’attaquerait aussi au pouvoir des fédérations médicales sur le réseau de la santé. « QS retirera les fédérations médicales du conseil d’administration de la RAMQ, en plus de leur retirer leurs prérogatives dans l’établissement des règles de rémunération » avance la porte-parole de QS en santé, Vanessa Roy, candidate du parti dans Verdun.

On va diminuer leur pouvoir.

Vanessa Roy, porte-parole de Québec solidaire en matière de santé

Un mode de rémunération contre-productif

QS entend aussi revoir le mode de rémunération des médecins. Selon le parti, le mode de rémunération à l’acte « a fait des médecins québécois les rois de notre système de santé », a déclaré M. Nadeau-Dubois, en imputant la responsabilité « aux vieux partis ».

La rémunération à l’acte entraîne plusieurs effets pervers, selon Vanessa Roy, en générant une surproduction de soins, en nuisant au travail d’équipe et en constituant un frein à la performance du réseau.

La rétribution à l’acte entraîne une « multiplication des visites et des demandes de tests-diagnostics », qui s’avèrent parfois inutiles, a ajouté Mme Roy.

Elle constitue également un frein au travail d’équipe, parce que plusieurs actes qui pourraient être effectués par des infirmières sont faits par des médecins pour des motifs pécuniaires, a-t-elle estimé. « Il [le médecin] aura moins tendance à déléguer à ses collègues, parce que cela équivaut à une perte de revenus », a ajouté la candidate de QS.

Le modèle du médecin-PME est le résultat de 50 ans de proximité douteuse entre le pouvoir médical et l’État.

Vanessa Roy, porte-parole de Québec solidaire en matière de santé

De plus, a indiqué Vanessa Roy, le budget des hôpitaux, dont l’enveloppe est allouée par le ministère de la Santé, est séparé de celui des salaires des médecins, qui sont payés par la RAMQ. Cette anomalie entraîne des « situations loufoques », selon Mme Roy. Le système fait en sorte que les établissements hospitaliers réalisent des économies lorsque des médecins effectuent des actes médicaux qui auraient pu échoir à d’autres membres de l’équipe soignante.

Une solution mixte

Un gouvernement solidaire remplacerait la rétribution à l’acte par un mode de rémunération mixte, qui ferait du salariat le mode de rémunération prédominant dans les établissements publics.

« Avec ce système, nous allons diminuer substantiellement la proportion de la rémunération à l’acte […] pour augmenter les autres modes de rémunération comme le salariat, la capitation, la vacation, la performance et les paiements liés », a affirmé Mme Roy.

« Les experts nous disent qu’il y a des modes de rémunération à privilégier selon les contextes où les médecins pratiquent », a ajouté M. Nadeau-Dubois. Il a précisé qu’à l’urgence, le salariat fonctionne très bien, alors que dans d’autres contextes – comme dans les groupes de médecine familiale (GMF) et les supercliniques – « il est préférable d’avoir une combinaison entre une portion de salariat, certains paiements à l’acte et d’autres par capitation ».

Les candidats de QS ne se font toutefois pas d’illusion, ces réformes ne se feront pas sans pleurs et grincement de dents. « On sait qu’il y aura un bras de fer avec les fédérations médicales, parce que chaque fois que la mainmise du pouvoir médical sur le budget de la santé a été remise en question, ils ont sorti les grands moyens », conclut M. Nadeau-Dubois.

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