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« Un contexte pénible » : Éric Caire s’explique sur le prêt de 55 000 $ du maire Loranger

Éric Caire, député de La Peltrie

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le député de La Peltrie et son ex-conjointe étaient en rupture amoureuse quand ils ont accepté un prêt de 55 000 $ du maire de L'Ancienne-Lorette, en 2017. Avec le recul, Éric Caire reconnaît s'être placé en situation de conflit d'intérêts potentiel, mais « au moment où ça s'est passé, il n'y avait ni recul ni distance ».

Un texte d’Alexandre Duval

C’est un Éric Caire visiblement chamboulé, parfois même envahi par l’émotion, qui s’est présenté devant les journalistes, mercredi matin.

« Au début de l’été 2017, j’ai vécu un changement dramatique dans ma situation personnelle », a-t-il dit d’entrée de jeu, faisant référence à une rupture avec sa conjointe de l’époque, Marie-Ève Lemay.

L’année précédente, le couple avait fait une offre d’achat sans condition pour une maison située à L’Ancienne-Lorette, là où Marie-Ève Lemay travaillait comme chef de cabinet du maire Loranger.

Après la rupture, il a été décidé qu’Éric Caire conserverait sa maison actuelle. Comme cette dernière n’a pas été vendue, Marie-Ève Lemay n’avait pas la totalité de l’argent nécessaire pour effectuer la mise de fonds dans le but d'acheter la nouvelle maison.

C’est à ce moment que le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, a proposé à son employée de lui faire un prêt pour l’aider.

Or, comme il s’agissait d’une offre d’achat conjointe, « nous avons signé tous les deux la reconnaissance de dettes », a indiqué M. Caire.

À ce moment-là, ma situation personnelle était assez difficile, très difficile, et les considérations qui m'habitaient, ce n'était peut-être pas d'avoir la distance et la réflexion nécessaires sur les portées politiques de mes gestes.

Éric Caire, député de La Peltrie

Faisant référence aux quatre enfants qui devaient subir la rupture du couple, M. Caire dit avoir agi dans le meilleur intérêt de sa famille.

« Les gestes que j'ai posés, je les ai posés en fonction d'avoir la transition la plus harmonieuse possible. »

L'Ancienne-Lorette fait partie de la circonscription représentée par M. Caire à l'Assemblée nationale.

Conflit d’intérêts potentiel

M. Caire dit ne jamais s’être caché d’avoir reçu ce prêt. Lors de sa déclaration annuelle d’intérêts, au printemps dernier, il l’a mentionné à la commissaire à l’éthique et à la déontologie.

Une dizaine de jours plus tard, celle-ci écrivait toutefois au député qu’il s’était placé « dans une situation de conflit d’intérêts potentiel » et lui enjoignait de rembourser le prêt au plus tard le 16 juin 2018.

Le remboursement du prêt a finalement été fait le 28 juin, M. Caire ayant obtenu un délai additionnel auprès de la commissaire.

Lorsqu'on lui a demandé s’il aurait dû informer la commissaire dès qu’il a reçu l’argent plutôt que d’attendre au printemps 2018, le député de La Peltrie a répété qu’il avait la tête ailleurs.

Est-ce que j’aurais pu demander une autre opinion au Commissaire à l’éthique à ce moment-là? Peut-être […] Au moment où ça s’est produit, Marie-Ève et moi, on avait d’autres considérations.

Éric Caire, député de La Peltrie

M. Caire n’a toutefois pas voulu expliquer la nature de sa relation avec M. Loranger. « Vous me permettrez une certaine discrétion. Elle n'est peut-être pas celle qu'on peut penser », s’est-il contenté de dire.

Pas l’intention de se retirer

Le député caquiste dit ne jamais avoir pensé qu’il devait se retirer de la scène politique en raison de cette histoire.

« Je n’ai pas reçu de pot-de-vin. Je n’ai pas dilapidé des fonds publics ou je n’ai pas utilisé des fonds publics à des fins personnelles », a-t-il commenté, ajoutant que ce sera aux électeurs de décider.

Je m'en remets effectivement à leur jugement le 1er octobre pour savoir s'ils me jugent encore digne d'être leur député à l'Assemblée nationale ou non. Ce sera à eux de prendre cette décision-là.

Éric Caire, député de La Peltrie

« C'était une erreur », dit Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, admet volontiers que M. Caire a commis une erreur.

« Ce n’était pas une bonne idée et il aurait dû peut-être consulter le Commissaire à l’éthique avant [d'accepter le prêt] », affirme M. Legault.

M. Caire a toutefois droit à une deuxième chance avec la CAQ, d'autant plus que l'erreur a été corrigée, selon M. Legault. Les circonstances mises de l'avant par le député de La Peltrie doivent aussi être prises en considération, dit-il.

« Quand vous travaillez, comme son épouse, avec d’autres personnes à tous les jours, c’est normal qu’il se développe des amitiés et c’est normal que des amis peuvent aider financièrement. »

« Il doit rendre des comptes »

Le chef du Parti québécois a dénoncé la logique deux poids, deux mesures de la CAQ. « M. Legault avait dit que ce serait, sur l’éthique, tolérance zéro. Alors là, il a eu deux tests, [dont celui] de Stéphane Le Bouyonnec, où il a décidé de passer l’éponge […]. Mais, pour Éric Caire, c’est un peu plus grave, parce que c’est celui qu’on a nommé le shérif de l’éthique de la CAQ. C’est celui qui donnait des leçons à tout le monde », a affirmé Jean-François Lisée en point de presse.

Je demande à M. Legault : qu’est-ce que ça veut dire "zéro tolérance" sur la question de l’intégrité à la CAQ? Parce que pour l’instant, ça ne veut rien dire. Là, vous avez un officier important de votre parti dont on sait qu’il s’est placé volontairement en conflit d’intérêts. Qu’allez-vous faire?

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Aussi appelé à commenter la question, sur les ondes d'ICI RDI, le candidat libéral dans La Pinière, Gaétan Barrette, est du même avis. Il convient que la situation de son adversaire était difficile, mais il ne croit pas qu'on puisse passer l'éponge aussi facilement.

« M. Caire, c’est la personne qui est "Monsieur intégrité" à la CAQ. C’est celui qui se lève depuis quatre ans en chambre et fait des insinuations et des accusations envers notre parti! » a ironisé M. Barrette.

« Il a eu le temps de réfléchir. Il a posé le geste. Il doit rendre des comptes et François Legault doit aussi rendre des comptes », a ajouté M. Barrette.

Son collègue de Jean-Talon, Sébastien Proulx, se montre moins virulent. Il y a des « leçons à tirer d'événements comme ceux-là », croit-il.

Selon M. Proulx, tous les élus se posent régulièrement des questions d'éthique et il faut toujours être prudent. Il refuse toutefois de jeter la première pierre à Éric Caire, dont il a été le collègue à l'époque où l'Action démocratique du Québec (ADQ) formait l'opposition officielle.

On ne fera pas campagne contre Éric Caire. On va continuer à défendre des projets et la région de Québec.

Sébastien Proulx, candidat du Parti libéral du Québec dans Jean-Talon

Dans une déclaration écrite, le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a estimé que la CAQ et le PLQ attiraient « le même genre de monde avec le même genre de mentalité ».

« Le Bouyonnec, maintenant Caire. Tout laisse croire qu’un gouvernement caquiste causerait autant de scandales d’éthique que le gouvernement libéral. Je vous rappelle que l’ADQ, dans laquelle était Éric Caire, faisait du financement sectoriel illégal, comme l’a démontré le DGEQ [dans un rapport rendu public en 2013, NDLR] », a souligné M. Nadeau-Dubois.

Quant au maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, il n’a pas pu être joint par Radio-Canada au moment d’écrire ces lignes.

Mardi soir, lors du conseil municipal, quatre conseillers de son équipe ont choisi de quitter le navire pour siéger comme indépendants.

Émile Loranger est ciblé par une plainte pour harcèlement psychologique, qui fait actuellement l’objet d’une médiation entre les deux parties.

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