•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trouver une place en garderie demeure un casse-tête pour les parents de l'Abitibi-Témiscamingue

Un bébé, vu de haut, joue avec des blocs LEGO.
Malgré les efforts déployés par le gouvernement au cours des dernières années pour la création de places en centres de la petite enfance (CPE), trouver une place de garderie demeure un casse-tête pour plusieurs familles de la région. Photo: iStock / santypan

Malgré les efforts déployés par le gouvernement au cours des dernières années pour la création de places en centres de la petite enfance (CPE), trouver une place de garderie demeure un casse-tête pour plusieurs familles de la région. La situation est particulièrement complexe pour les jeunes familles qui cherchent une place pour leur premier enfant de 0-18 mois, une situation qui n'aide en rien à résorber la pénurie de main-d'œuvre, particulièrement pour les femmes qui souhaitent conjuguer vie familiale et carrière.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard

Cécile Ketterer est arrivée à Rouyn-Noranda à la fin de son congé maternité. Elle trouve une garderie privée pour sa petite Alizée, 15 mois, mais un soir où elle vient la récupérer, on lui annonce qu'on ne peut plus la garder en raison du dépassement du quota pour les 0-18 mois de cette garderie. La panique s'installe chez cette jeune mère qui a laissé famille et amis derrière elle pour suivre son conjoint qui vient de décrocher un travail.

« J'avais beau appeler au CPE, appeler toutes les personnes responsables que m'avait données la liste, j'avais beau être sur tous les groupes Facebook pour trouver une garderie, je n'avais vraiment pas de contacts dans le fond, indique la massothérapeute qui vient de décrocher un emploi. Un moment donné, je me suis dit, peut-être qu'il va falloir que j'arrête de travailler. »

Conciliation travail-famille difficile

Son employeur, la Maison de la santé optimale, qui ne veut pas la perdre, fait des pieds et des mains pour l'aider à trouver une place en garderie. C'est finalement une collègue qui dénichera la perle rare, une place subventionnée en milieu familial, après environ six semaines de flottement. Cecile Ketterer s'interroge tout de même sur la pression que cette situation impose aux femmes.

Une femme sourit à la caméra à la réception d'une clinique.Cécile Ketterer est arrivée à Rouyn-Noranda à la fin de son congé maternité. Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

« Je pense que dans la région ici en Abitibi, on a vraiment un problème de disponibilité en garderie et c'est sûr que ça n'aide pas les parents à retourner sur le marché du travail, fait-elle valoir. À ce moment-là, c'est aussi l'égalité homme-femme [qui en pâtit], parce que souvent ça va être la mère qui va devoir arrêter de travailler. »

Besoin criant de nouvelles places pour les 0-18 mois

Tant au public qu'au privé, on confirme que les appels de parents désespérés sont quotidiens. Mais en cette période de rentrée, la plupart des près de 1000 places en installations publiques – contre une moyenne de 1671 naissances par année enregistrées en Abitibi-Témiscamingue depuis 10 ans – semblent avoir déjà trouvé preneur.

« Les places sont toutes comblées, lance d'emblée Normand Lagrange, responsable des communications du comité de vigie des CPE de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec. C'est difficile d'aller piger dans la liste d'attente, les places sont souvent comblées soit par les employés qui reviennent au travail avec leur enfant ou par des parents qui sont déjà chez nous et qui ont un deuxième enfant qui arrive. Donc, les places sont souvent comblées à l'intérieur même des centres de la petite enfance. Alors les parents sont toujours en attente de place pour les 0-18 mois. »

Un homme sourit à la caméra, derrière son bureau.Normand Lagrange, responsable des communications du comité de vigie des CPE de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

« J'ai des textos, des appels, de gens qui se cherchent des garderies. Je ne sais pas si c'est parce que c'est la fin de l'été et que les garderies, les CPE changent de groupes. En fait, probablement que tout le monde attend son appel du CPE qui ne doit pas arriver, renchérit la responsable d'une garderie privée en milieu familial, Véronic Gauthier, qui après avoir eu des jumelles et un petit garçon, a décidé d'ouvrir les portes de sa maison pour pouvoir continuer à travailler tout en gardant ses trois enfants en âge préscolaire à la maison. Les listes d'attente semblent sans fin. Moi, pour mes grands enfants, je n'ai jamais eu d'appel des CPE en fait, même si j'ai été inscrite pendant cinq ans. Et pour les milieux familiaux, je crois qu'il y en a, mais de savoir si ce sont des endroits adéquats [est une autre histoire]. Des fois c'est loin, des fois les parents hésitent. »

« On a beaucoup de demandes de parents qui aimeraient avoir une place en centre de la petite enfance, mais on affiche complet, complet, complet et je pense que c'est partout pour les cinq CPE [de Rouyn-Noranda], indique quant à elle la directrice du CPE Fleur et Miel, Sylvie Morneau. On est dans une période où on pourrait avoir plus de places et on pourrait les accorder ces places-là. »

Développement de places en veilleuse

Mais les pénalités financières imposées aux CPE qui n'atteignent pas le taux de présence obligatoire de 80 % - qui peuvent atteindre jusqu'à 25 000 $ par année - font cependant hésiter les responsables de garderies à convertir des places pour accueillir plus de poupons. Même si des projets de développement de places sont sur la table, on demeure cependant prudent, notamment parce que les nouvelles règles budgétaires du ministère de la Famille font en sorte que la moitié du financement doit provenir du milieu, contre des subventions qui pouvaient couvrir 100 % des coûts des nouvelles places auparavant.

La cour extérieure d'une garderie.Le CPE Fleur et Miel du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Pour la première fois en 14 ans dans le réseau, le responsable des communications au comité de vigie des CPE de la région l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, Normand Lagrange, doit conjuguer avec une situation de déficit au CPE des Chatons, situé à La Sarre. Pour une région où beaucoup de parents travaillent sur des horaires atypiques, où il y a beaucoup d'installations dans des milieux ruraux, il est particulièrement difficile d'atteindre cette cible du gouvernement, ce qui met de la pression sur les finances des installations, croit-il.

« C'est sûr que dans les plus grands centres, on a des CPE de plus grande taille, qui s'organisent plus facilement que les CPE de petite taille, fait-il valoir. La collaboration par exemple entre les cinq CPE de Rouyn-Noranda, c'est plus facile, il y a une proximité, il y a une collaboration qui peut se faire. Mais lorsqu'on est dans un CPE de Ville-Marie ou de Témiscaming, par exemple, ou à Notre-Dame-du-Nord, c'est difficile de pouvoir coordonner des activités ensemble tenant compte de la distance entre les installations. La ruralité, c'est un enjeu important. »

Les maternelles 4 ans, la solution? Pas si vite...

Il ajoute qu'on pourrait être tenté de croire que le développement de maternelles 4 ans inciterait à penser que la pression sur le réseau serait diminuée. Pas si vite, prévient-il cependant.

« Il y a beaucoup de projets de maternelle 4 ans. Mais 10 enfants de 4 ans, c'est un espace à peu près pour cinq poupons, dit-il. Donc, il faudrait voir comment on réorganise ces locaux-là. Donc, il y a beaucoup d'analyses à faire et on a besoin de la collaboration du ministère de la Famille dans ces dossiers-là. »

Tous s'entendent tout de même pour dire qu'il y a une ouverture de la part du ministère, notamment après que Sébastien Proulx - qui a occupé des fonctions ministérielles tant à la Famille qu'à l'Éducation - a reconnu la nécessité d'assurer la continuité entre les services à la petite enfance et d'éducation. Reste cependant à voir ce que dictera au réseau des CPE le gouvernement élu le 1er octobre prochain.

Abitibi–Témiscamingue

Enfance