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Les Attikameks, une solution à la pénurie de main-d’oeuvre

Marc-Olivier Dubé, vêtu de sa veste et de son casque de travail, marche dans la forêt
Le contremaître forestier Marc-Olivier Dubé est le premier Attikamek embauché par le groupe forestier Champoux, propriétaire de la scierie Saint-Michel. Photo: Radio-Canada

De nombreuses entreprises de la Haute-Matawinie comptent sur les Attikameks de Manawan pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre. L'embauche des travailleurs autochtones, en plus d'atténuer la pénurie de main-d'oeuvre, pourrait aussi sortir Manawan d'une situation financière très précaire.

Un texte de Maude Montembeault

Marc-Olivier Dubé, contremaître forestier, ne pouvait demander mieux comme emploi. J’ai grandi dans la forêt et c’est ce qui m’a attiré dans ce domaine-là.

Le jeune homme de 28 ans de Manawan est le premier Attikamek embauché par le groupe forestier Champoux, propriétaire de la scierie Saint-Michel.

Après une faillite en 2014 et un redémarrage des activités par de nouveaux actionnaires à la fin 2016, le moulin de la scierie a atteint son rythme de croisière. S’il fonctionne à plein régime, c’est en partie grâce aux travailleurs autochtones, qui représentent 10 % des 100 travailleurs que compte l’entreprise.

Une pelle mécanique à la scierie Saint-Michel de Saint-Michel-des-SaintsLa scierie Saint-Michel emploie plusieurs travailleurs originaires de Manawan, dans Lanaudière. Photo : Radio-Canada

À talent égal, on prend une personne de Manawan et c’est de l’excellente main-d’oeuvre, lance le PDG de Scierie Saint-Michel, Jean-François Champoux. Il avance que s’il ne subit pas la pénurie de main-d’oeuvre comme la majorité des entreprises québécoises, c’est parce qu’il a misé sur les travailleurs autochtones.

La chambre de commerce de la Haute-Matawinie voudrait que les Attikameks deviennent aussi la solution pour d’autres entreprises de la région. Nos entreprises ne réussissent pas à trouver tous les employés dont ils ont besoin. À Manawan, il y a la problématique de beaucoup de jeunes qui ne travaillent pas, mentionne la présidente, France Chapdelaine.

L’Auberge du lac Taureau fait partie de ces entreprises qui espèrent recruter les Attikameks de Manawan.

Demain matin, j’aurais une vingtaine d’individus qui se présenteraient que je pourrais les occuper, confie le propriétaire, Stéphane Lord. Il ne cache pas qu’en plus de combler des postes vacants, les Autochtones représentent un point d’attrait supplémentaire pour les touristes européens à la recherche d’une expérience culturelle, qui composent 60 % de la clientèle de l’auberge.

Des Attikameks se disent discriminés

De nombreux obstacles se dressent toutefois sur le chemin des Autochtones qui veulent intégrer le marché du travail en Haute-Matawinie. Pour certains, c’est le transport. Pour d’autres, comme le camionneur Luc Quitich, c'est le logement. Il a quitté Manawan et vit maintenant à Saint-Zénon. Il transporte le bois pour la scierie Saint-Michel.

Luc Quitich et son camionLuc Quitich, camionneur pour la scierie de Saint-Michel-des-Saints, a eu de la difficulté à se trouver un logement en raison de discrimination, selon lui. Photo : Radio-Canada

Aussitôt qu’ils voient un Indien, un Autochtone, ils disent : "Le logement est pris". L’intégration des Autochtones en milieu urbain, on a ben de la difficulté là-dessus.

Luc Quitich, camionneur originaire de Manawan

À bord de son poids lourd, Luc Quitich transporte le bois en direction la scierie Saint-Michel. Il a quitté Manawan et loue maintenant une maison à Saint-Zénon après plusieurs tentatives infructueuses. La discrimination, on ne la voit pas, on la vit!, lance-t-il.

Tout le milieu économique en est conscient. Les propriétaires ont peur de louer à des Attikameks, parce qu’ils disent qu’ils sont beaucoup dans les logements, ils vont abîmer ou ne paieront pas, mais il faut comprendre qu’à Manawan, il y a une pénurie de logements, ajoute M. Quitich.

France Chapdelaine déplore qu’il y ait des préjugés de part et d’autre. La chambre de commerce envisage d’organiser une tournée des propriétaires dans le but de les sensibiliser. On est prêt à se dire et aller voir les propriétaires pour leur dire : "Aidez-nous à pouvoir héberger les Attikameks".

La pénurie de travailleurs comme planche de salut

Manawan boucle son budget avec le même constat année après année : son programme d’aide au revenu, l’équivalent de l’aide sociale, est déficitaire. Une personne sur deux en âge de travailler est sans emploi dans la communauté. Au cours des cinq dernières années, le déficit accumulé a dépassé 2 millions de dollars.

«  La culture du travail n’est pas innée  »

Le conseil de bande de Manawan compte sur la pénurie d’employés au Québec pour se sortir du pétrin. Le chef Jean-Roch Ottawa admet que le plus grand défi pour sa communauté est de changer toute une mentalité bien ancrée chez les Attikameks.

Les gens n’ont pas ce réflexe; la culture du travail n’est pas innée ici, dans la communauté. Ça, c’est tout un défi, tout un tour de bras de pallier ça.

Jean-Roch Ottawa, chef du Conseil des Attikameks de Manawan

Luc Quitich abonde dans le même sens. Ils sont plus attachés à l’aide sociale que d’aller travailler. Il ajoute : moi, j’ai persévéré pas mal.

Marc-Olivier Dubé debout dans la forêt à côté d'un ruisseauMarc-Olivier Dubé travaille pour le groupe forestier Champoux dans Lanaudière. Photo : Radio-Canada

Marc-Olivier Dubé aussi a dû faire preuve de persévérance. Il a pu compter sur le soutien de son patron, le PDG de la scierie, qui a acheté une maison à Saint-Michel-des-Saints pour la lui louer. Aucune aide gouvernementale n’a été nécessaire pour lui ou les autres travailleurs attikameks.

Les gens qui viennent travailler ici n’ont fait que de la formation dans leur vie. Le gouvernement paie pour de la formation. Ce n’est pas ça qu’il faut faire, affirme le PDG de la scierie Saint-Michel, Jean-François Champoux.

Il faut les amener dans les entreprises, les faire travailler. Il faut qu’ils connaissent ce qu’est un horaire de nuit et un horaire de jour, explique-t-il. Il faut qu’ils sachent que ce n’est pas à 7 h 15 qu’on entre travailler, c’est à 7 h. C’est une éducation totale.

À la blague, Jean-François Champoux a baptisé la maison qu’il loue aux Attikameks l’ambassade de Manawan à Saint-Michel-des-Saints. Marc-Olivier Dubé lui, a hérité du titre d’ambassadeur puisqu’on souhaite que son parcours inspire d’autres jeunes Autochtones.

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