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  • L’industrie de la pêche à la morue mise à mal par des moratoires

    Un petit bateau de pêche sur les eaux, proche de la côte.
    Un moratoire sur la morue et d’autres poissons de fond est décrété par le gouvernement du Canada en 1992 et en 1993. Photo: Radio-Canada / Reportage de l'émission Téléjournal du 31 août 1993
    Radio-Canada

    Il y a 25 ans, les pêcheurs du golfe du Saint-Laurent essuient un terrible revers. Un moratoire sur la morue et d'autres poissons de fond est décrété par le gouvernement du Canada. Il fait suite à un premier moratoire imposé à la province de Terre-Neuve-et-Labrador l'année précédente. Revivez en archives la fin de l'âge d'or de la morue, poisson très prisé depuis des siècles.

    La morue, poisson à la cote de popularité sans conteste

    La morue fait l'objet d'une pêche intensive dans les eaux du Canada atlantique depuis des centaines d’années. En effet, jusqu’aux années 1980, le poisson de fond demeure l'espèce la plus commercialisée depuis le 15e siècle.

    Les conditions des eaux de la côte est canadienne sont parfaites pour le développement des bancs de morue. En effet, en période de frai, les eaux peu profondes et la nourriture abondante attirent l'espèce par millions.

    Avec cette quantité incroyable, Canadiens, Américains et Européens se rendent dans les eaux abondantes de morue pour faire de la pêche commerciale de grande intensité jusqu’aux années 1970.

    En 1977, le Canada étend sa zone de pêche à 200 milles marins (370 kilomètres) de ses côtes, ce qui lui permet d’avoir une autorité complète sur le territoire. Le pays peut ainsi mieux gérer ses prises de poissons et fixer des quotas de pêches aux bateaux étrangers.

    Le pêcheur Charlie Cormier a connu l’âge d’or de la pêche à la morue. Il explique comment il pratiquait son métier « à la ligne » à l’émission La semaine verte du 27 décembre 1981.

    Quand la pêche commerciale dépasse les limites du possible

    Avec la modernisation des techniques de pêche et de l’équipement, la pêche à la morue est très intensive pendant les années 1980. La baisse des prises est significative et inquiète non seulement les pêcheurs, mais les scientifiques également.

    On se rend compte que le taux de reproduction de la morue ne suffit pas pour soutenir le rythme de pêche. Les mesures pour protéger le poisson de fond devront être radicales.

    Le 2 juillet 1992, le ministre fédéral des Pêches, John Crosbie, annonce un moratoire de deux ans sur la pêche à la morue. La zone touchée se trouve au large de Terre-Neuve et du Labrador. En l’espace d’un instant, 30 000 pêcheurs terre-neuviens se retrouvent au chômage.

    On leur offre un dédommagement en argent. Celui-ci ne représente toutefois qu’un petit pourcentage des dépenses que les pêcheurs devront encore essuyer.

    Mais cette décision n’est seulement qu’un préambule à une mesure encore plus stricte prise par le gouvernement fédéral l’année suivante.

    Au Téléjournal du 31 août 1993, le présentateur Bernard Derome lance :

    Il n’y a tout simplement plus de poissons dans l’est du pays, et Ottawa vient de mettre les pêcheurs des Maritimes à l’heure de Terre-Neuve.

    Cette journée-là, le gouvernement fédéral annonce que le moratoire mis en place en 1992 s’étend désormais à la quasi-entièreté du golfe du Saint-Laurent.

    12 000 pêcheurs se retrouvent donc sans emploi, ce qui porte à 43 000 le nombre de personnes touchées par les moratoires de 1992 et 1993.

    Pour les gens dont la pêche aux poissons de fond était le principal gagne-pain, c’est un coup de massue. « Tout est parti, tout s’est envolé », s’exclame un pêcheur.

    Le journaliste Louis Lemieux récolte, dans son reportage, les réactions en Nouvelle-Écosse.

    D'autres poissons de fond comme le flétan et le sébaste tombent bientôt sous le coup de l'interdiction. Les pêcheurs de poissons de fond doivent donc trouver des solutions de rechange pour survivre.

    En 2003, l’espoir d’un retour de la pêche tombe à l’eau

    Les programmes d’aide proposés par le fédéral ne sont pas suffisants pour contrer la difficulté économique des pêcheurs de morue.

    On tente de trouver d’autres sources de revenus pour les pêcheurs. On se tourne vers d’autres pêches, comme le homard et le crabe. Mais cela crée des tensions avec les pêcheurs de ces espèces.

    Peut-être, espère-t-on, que la pêche reviendra à la fin du moratoire. Mais cinq ans plus tard, la pêche n’est rouverte que de manière très limitée.

    Et l’espoir d’un retour à la normale s’effrite.

    Un autre moratoire tombe le 24 avril 2003, dix ans après le moratoire de 1993. Le ministre fédéral des Pêches Robert Thibault annonce la fermeture complète de la pêche à la morue dans tout le Canada atlantique.

    En dépit des moratoires de 1992 et 1993, les stocks de morues ne se sont pas suffisamment reconstitués.

    En outre, le refroidissement des eaux a nui à la reproduction de la morue, qui recherche les eaux tièdes du littoral et des Grands Bancs pour frayer. Sans compter les prises de pêches accidentelles et les prédateurs comme le phoque.

    Le journaliste Denis-Martin Chabot se rend à Terre-Neuve pour faire état de la situation au Téléjournal du 24 avril 2003.

    Cette même année, en mai 2003, deux espèces de morues se voient inscrites sur la liste des espèces menacées et en voie de disparition au Canada. Il faut à tout prix les protéger et tenter de favoriser leur survie.

    En 2018, la situation du poisson ne s’est pas améliorée. Il en découle donc que la pêche commerciale n’a toujours pas été rétablie dans les eaux de la côte est. Et aucune échéance n’est prévue.

    L’industrie continue toutefois à rêver du moment où elle pourra remettre ses bateaux à l’eau.

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