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Après le choc de voir des néonazis défiler, Merkel dénonce « la haine dans la rue »

Manifestation d'extrême droite à Chemnitz en Allemagne après la mort violente d'un citoyen ce week-end.

Manifestation de l'extrême droite à Chemnitz, en Allemagne

Photo : Reuters / Matthias Rietschel

Agence France-Presse

« La haine dans la rue » n'a pas sa place en Allemagne, a mis en garde mardi la chancelière Angela Merkel, alors que l'inquiétude grandit dans le pays après les incidents survenus à Chemnitz lors de manifestations d'extrême droite contre les étrangers.

« Ce que nous avons vu n'a pas sa place dans un État de droit », a déclaré la chancelière allemande lors d'une conférence de presse à Berlin avec son homologue croate.

« Nous avons vu des chasses collectives, nous avons vu de la haine dans la rue, et cela n'a rien à voir avec un État de droit », a-t-elle insisté, évoquant les images des manifestations à Chemnitz de ces deux derniers jours.

Les « chasses » contre les étrangers organisées par des sympathisants d'extrême droite dimanche dans les rues de Chemnitz, dans l'ex-RDA, puis les violences qui ont marqué lundi soir un nouveau rassemblement d'environ 6000 d'entre eux, dont plusieurs ont défilé en faisant le salut hitlérien, constituent un choc pour le pays.

Lundi soir, 20 personnes, dont deux policiers, ont été blessées lors d'échauffourées entre manifestants d'extrême droite et contre-manifestants d'extrême gauche, selon un dernier bilan de la police locale.

Bien sûr l'Histoire ne repasse pas les plats, mais lorsque des foules excitées d'extrême droite créent de l'agitation au coeur de l'Allemagne et que l'État de droit est dépassé par les événements, cela rappelle un peu la situation de la République de Weimar.

Le magazine « Der Spiegel », mardi, sur son site Internet

Une référence au régime politique démocratique né en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale, qui dut affronter régulièrement des tentatives de déstabilisation dans la rue et finit par disparaître lors de la prise du pouvoir d'Adolf Hitler en 1933.

Une nouvelle manifestation prévue mardi après-midi à Dresde cette fois, ville proche de Chemnitz et capitale de l'État régional de Saxe, où l'extrême droite est fortement implantée, n'a rencontré que peu d'écho.

Une rixe met le feu aux poudres

L'élément déclencheur est survenu au cours du week-end, lorsqu'un Allemand de 35 ans a été tué à coups de couteau durant une rixe en marge d'une fête locale, pour un motif inconnu. La police a arrêté deux suspects, un Syrien et un Irakien d'une vingtaine d'années accusés d'avoir agi après une « altercation verbale ».

Depuis, les franges les plus radicales de la ville, et de toute la région de Saxe, mobilisent l'opinion contre l'immigration et la politique du gouvernement d'Angela Merkel, à qui il reproche d'avoir laissé entrer plus d'un million de demandeurs d'asile venant notamment de Syrie et d'Irak, en 2015 et 2016. Ils ont défilé aux cris de « Les étrangers dehors » ou « Nous sommes le peuple ».

Le chef du gouvernement de Saxe, Michael Kretschmer, a mis en garde contre les fausses rumeurs affirmant que l'homme a été tué en essayant de protéger une femme.

Fers de lance de ces initiatives: le mouvement ultra anti-islam Pegida, né dans cette région, et l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), principal parti d'opposition à la chambre des députés à Berlin. Mais pas seulement.

« À Chemnitz, une alliance assez incroyable mêlant des hooligans, des néonazis, l'AfD et les militants de Pegida s'est constituée. Les violences montrent que des mouvements se réunissent qui au final sont tous issus du même moule, le tout dans une atmosphère extrêmement xénophobe et agressive », a estimé la directrice de la Fondation Amadeu Antonio contre le racisme sur la chaîne de télévision n-tv.

Selon la police, les hooligans et extrémistes se sont mobilisés via les réseaux sociaux et sont venus aussi d'autres régions, comme le Brandebourg ou la Bavière.

Inquiétudes en Allemagne

Le parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale d'Angela Merkel, s'est inquiété du raidissement idéologique au plan national, mais aussi international.Pour le chef de la diplomatie Heiko Maas, l'extrémisme de droite représente « une menace pour la cohésion de nos sociétés ». Nous devons tout faire pour défendre [...] la démocratie et la liberté, pas seulement à Chemnitz, mais partout dans le monde ».

Josef Schuster, le chef du Comité central des Juifs en Allemagne, a lui aussi exprimé ses inquiétudes, jugeant que « chaque citoyen avait le devoir de s'élever contre les mouvances d'extrême droite ».

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