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Les surdoses mortelles de méthamphétamine doublent en un an au Manitoba

Une aiguille dans un pot de fleurs à Winnipeg.

L'année dernière, le Bear Clan a ramassé 4000 aiguilles et le groupe estime qu’il en récupérera 10 fois plus cette année. Les bénévoles croient avoir déjà ramassé 30 000 seringues depuis le début de l’été.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Radio-Canada

L'an dernier, au Manitoba, deux fois plus de personnes sont mortes à cause de la méthamphétamine que l'année précédente. La drogue a aussi tué plus de personnes que le fentanyl.

Selon de nouvelles statistiques du Bureau du médecin légiste en chef du Manitoba, il y a eu 35 morts reliées à la méthamphétamine en cristaux en 2017. Dans huit de ces cas il s’agissait de surdoses, alors qu’on avait dénombré quatre surdoses en 2016.

En guise de comparaison, il n'y a pas eu de surdose mortelle de fentanyl en 2017, et la drogue est apparue comme un facteur dans 14 morts.

Le chef du groupe de patrouille communautaire Bear Clan, James Favel, s'est dit surpris que la méthamphétamine en cristaux ne fasse pas encore plus de victimes dans la communauté autochtone.

« Le taux de consommation a grimpé en flèche, souligne-t-il. Le fait qu'il n'y a pas plus de décès directement liés à la méthamphétamine est un miracle. »

Un nombre imposant de seringues souillées

James Favel et les bénévoles du Bear Clan voient les effets de la méthamphétamine en cristaux tous les jours. Le groupe passe cinq nuits par semaine à ramasser des aiguilles souillées dans les rues du quartier North End, à Winnipeg.

L'année dernière, le Bear Clan a ramassé 4000 aiguilles et il estime qu’il en récupérera 10 fois plus cette année. Les bénévoles croient avoir déjà ramassé 30 000 seringues depuis le début de l’été.

Il s’agit d’une épidémie qui frappe toute la ville. Il faut que ça cesse. Nous devons résoudre ce problème de santé mentale.

James Favel, chef de la patrouille communautaire Bear Clan

Selon ses observations, la méthamphétamine en cristaux est la drogue la plus populaire parmi les consommateurs de drogues injectables.

Les policiers affirment que la consommation de méthamphétamine cristallisée a augmenté au Manitoba ces dernières années parce que la drogue est vendue à prix abordable, que les effets s’étendent sur une longue période de temps et que le produit est facile à trouver.

James Favel dit que les membres de la patrouille rencontrent tous les jours des personnes qui en ont consommé ou sont en état de crise tous les jours.

Une société sous pression

« Nous appelons les ambulanciers et les policiers, mais il y a très peu de choses que nous pouvons faire, explique-t-il. Nous avons perdu plusieurs membres de la communauté, l’année dernière, à cause de cela. »

Le responsable du Bear Clan a souligné la mort tragique de Windy Sinclair. La mère de famille qui attendait son cinquième enfant a été retrouvée morte gelée, quelques jours après avoir quitté l'urgence d’un hôpital de Winnipeg, où elle était allée demander de l'aide pour sa dépendance.

Un homme aux cheveux blancs et avec une longue barbe parle l'air sérieux dans une rue, devant une façade colorée en rouge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mitch Bourbonniere, travailleur social à Ogijiita Pimatiswin Kinamatwin, un organisme venant en aide aux jeunes autochtones marginalisés et à leurs familles

Photo : Radio-Canada

Les hôpitaux, la police et les organismes communautaires subissent une pression accentuée. C’est ce qu’affirme Mitch Bourbonniere, travailleur social dans un organisme venant en aide aux jeunes autochtones marginalisés. Selon lui, la situation n’a jamais été aussi grave.

Des parents inquiets à l'approche de la rentrée scolaire

Le fils aîné de Dean Lucyshyn débute l’école primaire dans quelques jours. Ce père de famille s’inquiète.

Un homme à l'air inquiet parle à la caméra, dans un parc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dean Lucyshyn, résident de Winnipeg, est inquiet pour ses enfants.

Photo : Radio-Canada

À Central Park, il affirme rencontrer de plus en plus de personnes dépendantes de la méthamphétamine en cristaux et d’autres drogues.

Il rappelle que les enfants « absorbent ce qu’ils voient comme des éponges » et sont vulnérables.

On a assez parlé, maintenant il est temps de faire quelque chose.

Dean Lucyshyn, résident de Winnipeg

Avec un ami, il tente d'amasser 500 signatures pour mettre sur pied un groupe de patrouille citoyenne dans le secteur. Cette patrouille pourrait ramasser les seringues et autres objets dangereux, et sensibiliser le public aux dangers des drogues.

La division scolaire de Winnipeg a déjà une initiative semblable, d’après Jòn Olefson, responsable des programmes d'éducation aux drogues et à la santé mentale au sein de la division. Chaque matin, des employés font le tour des terrains d’école pour y collecter des seringues et autres objets, dit-il.

Selon Jòn Olefson, il y a de plus en plus de conversations avec les parents et les enfants sur les mesures de sécurité liées aux drogues.

Dans une rue, un homme en gros plan parle, l'air inquiet.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jòn Olefson, responsable des programmes d'éducation aux drogues et à la santé mentale au sein de la division scolaire de Winnipeg

Photo : Radio-Canada

Le conseiller municipal du district de Mynarski, Ross Eadie, qualifie la situation d'épidémie. Son district comprend le quartier de Point Douglas, l’un des deux quartiers, avec le centre-ville, où le plus d'adolescents sont morts en raison de la méthamphétamine.

Ross Eadie estime qu’il faut élaborer davantage de programmes pour occuper les jeunes et les tenir éloignés de la drogue.

Aucun antidote

Joss Reimer, médecin-hygiéniste à l'Office régional de la santé de Winnipeg, affirme que les nouvelles statistiques ne sont pas surprenantes, mais qu'elles sont préoccupantes.

Malheureusement, il n’existe pas de thérapie de substitution à la méthamphétamine, comme c'est le cas avec les opioïdes et il n’existe pas d’antidote équivalant au naloxone.

Joss Reimer, médecin-hygiéniste à l'Office régional de la santé de Winnipeg

Elle dit avoir entendu des commentaires d'intervenants de première ligne dans les salles d'urgence au sujet de l'augmentation spectaculaire de la consommation de méthamphétamine en cristaux.

Elle indique que les facteurs qui mènent à ce type de dépendance sont complexes et qu'il incombe à tous les services gouvernementaux de lutter contre les causes premières de la consommation de drogues.

Joss Reimer croit que les ressources, notamment l’aide à long terme, peuvent être améliorées.

Manitoba

Drogues et stupéfiants