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Le PQ prêt à convaincre, voire contraindre, Netflix de mieux vendre la culture québécoise

Le chef du PQ Jean-François Lisée

Le Parti québécois entend faire connaître davantage la culture québécoise, notamment auprès des jeunes.

Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère

Radio-Canada

Un gouvernement du Parti québécois tâcherait de convaincre Netflix d'offrir une meilleure visibilité aux productions québécoises, quitte à utiliser des « poignées juridiques » pour les contraindre en cas de refus. Il veillerait en outre à mieux protéger la liberté de créer.

Un texte de François Messier

C’est ce qu’a fait valoir mardi matin le chef péquiste Jean-François Lisée, lors du dévoilement de la plateforme du parti souverainiste en matière de culture, au Théâtre La Bordée, à Québec. Le PQ y a dévoilé sept propositions visant à bonifier la politique culturelle dévoilée en juin par le gouvernement Couillard.

Selon M. Lisée, les œuvres québécoises sont « difficiles à trouver » sur Netflix et iTunes, et la capacité du gouvernement québécois à faire bouger ces géants pour faire mieux « est plus grande » que ce que l’on croit.

Un gouvernement du Parti québécois va dire à Netflix et iTunes qu’ils doivent, sur leur vitrine, […] présenter de façon visible les productions québécoises et francophones par défaut.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« En fait, on a beaucoup plus de poigne qu'on pense », a-t-il dit, après avoir rappelé que Gérald Godin avait déjà réussi à convaincre les géants d’Hollywood de sortir leurs films simultanément en français et en anglais, et que Louise Beaudoin avait réussi à faire de même plus tard avec les logiciels de Microsoft.

Selon M. Lisée, l’arrêt Marcotte de la Cour suprême du Canada a déterminé que Québec peut aller plus loin que le gouvernement fédéral lorsque vient le temps d’encadrer un domaine qui est de son ressort.

« Nous pensons qu’on peut aller plus loin et qu’il y a des poignées juridiques réelles, qu’on n'a peut-être pas besoin d’utiliser, mais qui sont intéressantes dans la conversation et dans le rapport de force », a affirmé M. Lisée.

« Je pense que dans cette discussion-là [avec les géants du numérique] apparaîtra […] la capacité juridique du Québec de contraindre, mais notre objectif, c’est de convaincre », a-t-il ajouté. L’idée consiste à leur faire comprendre qu’ils peuvent accroître leur part de marché en respectant la spécificité québécoise.

C’est une question de visibilité. Ce qu’on ne voit pas, on ne l’achète pas et on ne le consomme pas.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

M. Lisée a aussi indiqué qu’un gouvernement péquiste percevrait la taxe de vente du Québec et la taxe sur les produits et services (TPS) tant pour Netflix que pour d’autres plateformes, comme Amazon.

« Les livres […] qu’on achète à l’étranger sont détaxés, alors que les livres achetés dans nos librairies sont taxés. Alors, il y a un avantage comparatif à acheter un livre, même québécois, de l’étranger », a-t-il souligné. « Pour nous, ça va être arrêté. »

Liberté de créer c. représentativité des minorités : l’État québécois peut arbitrer

M. Lisée a aussi profité de l’occasion pour souligner qu’un éventuel gouvernement dirigé par lui serait prêt à intervenir dans les litiges opposant la liberté des créateurs à des militants réclamant une meilleure représentativité des minorités dans les productions artistiques.

De telles controverses ont coulé cet été deux spectacles pilotés par Robert Lepage, soit SLAV, annulé pour des raisons de sécurité par le Festival international de jazz de Montréal, et Kanata, victime du retrait de coproducteurs.

« SLAV et Kanata, le fait que ces productions ne sont pas disponibles pour le public, pour la critique, pour la conversation, pour la controverse, est un recul vraiment inacceptable de la liberté artistique », a affirmé M. Lisée.

« Si j’avais été premier ministre au moment de Kanata, j’aurais demandé au ministère de la Culture : "pouvez-vous rencontrer Robert Lepage et voir si on peut les aider à trouver un autre producteur?" », a-t-il ajouté. « Parce que c’est clair qu’il y a un producteur qui n'a pas eu de colonne vertébrale, qui a cédé à la pression des nouveaux censeurs et qui soustrait au public une œuvre qui mérite d’être vue, commentée, critiquée. »

« Maintenant, est-ce que les gens ont raison, dans la diversité, dans les nations autochtones, de dire qu’ils ne sont pas suffisamment représentés, présents dans la culture québécoise? Oui, ils ont raison », a précisé le chef péquiste.

Plus de diversité dans les arts, oui. Restreindre la liberté de créer, non, jamais, jamais, jamais. Alors, c’est les deux choses qu’il faut faire en même temps.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« C’est le rôle de l’État de rétablir l’égalité, de rétablir l’équité » dans ce type de litige, a affirmé M. Lisée, avant de s’en prendre au Conseil des arts du Canada, qui a refusé de financer Kanata au motif qu'aucun collaborateur autochtone n'était indiqué au moment du dépôt du projet.

« Ce qu’on a appris pendant cette controverse, c’est que le Conseil des arts du Canada, avec notre argent […] censure, dit : « si vous faites une production culturelle sur une minorité, et si on s’aperçoit qu’il n’y a pas consensus dans la minorité pour votre oeuvre, on ne va pas la financer, quelle que soit la qualité de l'œuvre ».

Revenant sur l’affaire en anglais, M. Lisée a ensuite lancé que « la controverse vend », et qu’il y a « beaucoup plus de personnes qui sont prêtes à acheter des billets pour Kanata maintenant » qu’en juin. « Je pense qu’on pourrait faire beaucoup de profit avec ça », a-t-il laissé tomber à ce sujet.

L’art éclaire, émeut, souvent dérange, parfois choque. L’État a pour rôle de soutenir ses créateurs et leur droit de créer. Il doit aussi favoriser l'émergence de créateurs qui sont sous-représentés dans la culture québécoise d’aujourd’hui, notamment ceux de la diversité et des nations autochtones.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Mettre les élèves en contact avec la culture québécoise

Le Parti québécois propose par ailleurs de donner un livre québécois par année aux élèves du primaire. Les bouquins seraient choisis parmi une sélection faite par d’autres enfants, en collaboration avec des partenaires, dont les salons du livre.

Il propose aussi de créer un « passeport culturel », qui permettrait aux élèves des troisième, quatrième et cinquième années du secondaire de dépenser 50 $ auprès d’organismes, d’entreprises ou d’événements culturels qui participeraient à ce programme.

Le PQ a aussi repris une ancienne proposition défendue par le gouvernement Marois en 2014, soit celle d’empêcher les détaillants d’offrir des rabais de plus de 10 % sur les livres neuf mois après leur sortie. L’idée est d’empêcher les grandes surfaces de nuire aux librairies indépendantes. Un gouvernement péquiste mettrait cette mesure en place pour trois ans, avant d’évaluer son impact.

M. Lisée a aussi indiqué qu'un gouvernement qu'il dirigerait investirait pour mettre en valeur l'histoire et le patrimoine du Québec.

Le Parti québécois évalue ses propositions à 34 millions de dollars par année. Cette somme s'ajouterait à celles déjà prévues par la politique culturelle du gouvernement Couillard, dont M. Lisée se dit « satisfait ».

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