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France : le ministre de la Transition écologique démissionne en direct à la radio

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et le président français, Emmanuel Macron, à la COP23.

Photo : AFP/Getty Images / PATRIK STOLLARZ

Radio-Canada

Déçu et désillusionné par le manque d'engagement de la France en matière de lutte contre les changements climatiques, le ministre Nicolas Hulot a démissionné de ses fonctions mardi en direct sur les ondes de France Inter, portant un sérieux coup à la crédibilité du gouvernement nommé par Emmanuel Macron en matière d'environnement.

Interrogé mardi lors d’une longue entrevue sur les ondes de France Inter sur les défis et difficultés qu’il devait surmonter au sein du gouvernement, l'ex-animateur de la populaire émission de télévision Ushuaïa a remis sa démission en direct à la radio.

Déplorant les nombreux reculs et compromis qu’il a dû accepter depuis son entrée au gouvernement, en mai 2017, le ministre de la Transition écologique et solidaire a expliqué qu’il se sentait isolé et « tout seul à la manœuvre » au sein du cabinet sur les enjeux environnementaux.

Expliquant qu’il ne pouvait plus se mentir et que son gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux environnementaux et du virage qui doit être entrepris pour lutter contre le péril climatique qui menace la planète, Nicolas Hulot a remis sa démission sur-le-champ.

Je vais prendre la décision la plus difficile de ma vie, je ne veux plus me mentir, je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là.

Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire

L’ex-ministre de 62 ans a par ailleurs expliqué qu’il n’avait prévenu ni le président Emmanuel Macron ni le premier ministre Édouard Philippe de sa décision.

« Je sais que ce n'est pas très protocolaire », a-t-il déclaré en expliquant qu’il avait choisi de donner sa démission à la radio par crainte que ses patrons ne tentent de l’en dissuader.

L'influence des lobbys

Nicolas Hulot au micro de France Inter

Le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a démissionné de ses fonctions en direct à la radio.

Photo : Radio-Canada / France Inter

Selon Nicolas Hulot, l’influence grandissante des lobbys et le désintérêt de ses collègues ministres pour entreprendre un réel virage écologique dans la société française ont miné l’engagement qu’il avait pris en acceptant ce poste au printemps 2017, à la demande d'Emmanuel Macron.

Bien qu’il ait reconnu avoir réussi quelques bons coups pendant son mandat, notamment l'abandon de la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes dans l'ouest de la France, Nicolas Hulot a expliqué que ces succès, qu’il considère comme des « petits pas », sont très loin d’être suffisants pour avoir un impact réel sur le réchauffement climatique et les niveaux de pollution mesurés en France et en Europe.

Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d'autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent? La réponse, elle est non.

Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique et solidaire

Estimant que le président Macron et le premier ministre Philippe ont fait preuve envers lui « d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve », Nicolas Hulot leur a cependant reproché de n’avoir jamais réussi à faire de l’environnement une réelle priorité au gouvernement français.

Nicolas Hulot a notamment déploré le report de l'objectif consistant à ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 % en 2025 et le recul du gouvernement face à sa promesse d’interdire les herbicides au glyphosate d’ici trois ans. L'Élysée avait par ailleurs annoncé lundi que le prix du permis de chasse serait désormais réduit de moitié.

Emmanuel Macron respecte la liberté de l'ex-ministre

Le président Emmanuel Macron, qui a appris la nouvelle alors qu’il était en visite au Danemark, a déclaré que son engagement envers l’environnement demeure « absolu et constant ».

Rappelant que son gouvernement a fait plus en 15 mois pour l’environnement « qu’aucun autre gouvernement dans la même période », le président a ajouté qu’il respectait la décision de M. Hulot ainsi que sa liberté.

« Si j'ai choisi Nicolas Hulot il y a 15 mois, c'est parce qu'il est entre autres un homme libre et donc je respecte sa liberté. Je souhaite qu'elle n'enlève rien à son engagement et je souhaite pouvoir toujours compter sur celui-ci sous une autre forme et là où il sera », a déclaré le chef d’État français.

Le départ de son ministre vedette en matière d’environnement constitue néanmoins un coup dur pour Emmanuel Macron, en baisse dans les sondages et secoué cet été par l'affaire Benalla, du nom de son ancien collaborateur accusé de violences lors d'une manifestation.

La démission de Nicolas Hulot, un geste d’éclat? Les explications d’Étienne Leblanc

La France toujours à l'avant-garde des enjeux environnementaux?

Ce départ fracassant du ministre de la Transition écologique et solidaire risque-t-il de plonger le gouvernement français dans une nouvelle crise ou encore de miner le leadership de la France en matière de lutte contre les changements climatiques?

Pour Philippe Martin, président de l'Agence française pour la biodiversité, l’actualité étant ce qu’elle est, il est peu probable que le geste de Nicolas Hulot provoque une véritable prise de conscience sur cet enjeu.

« J’ai peur qu’on passe à autre chose très vite, a-t-il indiqué au Nouvel Observateur. C’est dur de dire aux Français qu’ils doivent vivre dans un logement à énergie positive quand ils peinent tout simplement à trouver un logement. L’urgence vient télescoper la bonne conscience. »

« Le problème de l’écologie, c’est le temps long. […] Ceux qui sont chargés de cette question n’auront jamais le temps de vraiment inverser les choses. C’est un gros changement de société qu’il faut enclencher. Je suis pessimiste », a-t-il ajouté.

Pour Gaël Sliman, président de l’institut d’études indépendant Odoxa, cette démission « brutale, rapide et surprise » renforce au contraire le sentiment de crise au sein du gouvernement nommé par Macron, qui perd avec le départ de M. Hulot sa « caution écologique de gauche ».

L'influence des lobbys en question

Selon M. Sliman, interrogé par Reuters, ce désaveu de Nicolas Hulot concrétise l’idée dans l’opinion publique « que ce gouvernement serait un gouvernement de droite qui prônerait une politique contraire aux valeurs de la gauche », alors qu’Emmanuel Macron tente toujours de se défaire d’une étiquette de « président des riches ».

Pour Laurent Joffrin, directeur de la publication du journal Libération, le départ de Nicolas Hulot incite à se questionner sur le rôle et l’influence des lobbys au sein du gouvernement.

« Le poids des lobbys économiques dans l’action gouvernementale, qu’il [Nicolas Hulot] dénonce hautement, illustre cette question cruciale : "Peut-on être à la fois probusiness et proplanète?" », questionne Laurent Joffrin.

« Les enjeux environnementaux sont désormais si pressants, si divers, si totalisants, impliquant l’industrie, la ville, l’alimentation, l’énergie, les transports et, au bout du compte, l’avenir de l’humanité, qu’ils ne peuvent être pris en charge par un seul ministre, aussi talentueux soit-il. Un ministère vert ne suffit pas : c’est tout le gouvernement qui doit verdir », conclut-il.

Avec les informations de Reuters, Agence France Presse, Libération, et Le Nouvel Observateur

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