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Trump incite un nombre record de femmes démocrates à se présenter en politique

Alexandria Ocasio-Cortez s'adresse à la foule lors d'une levée de fonds.
Alexandria Ocasio-Cortez, jeune militante latino-américaine, affrontera le républicain Anthony Pappas pour le siège de représentant du 14e district de New York en novembre. Photo: Getty Images / Mario Tama
Radio-Canada

Jamais les femmes n'ont été aussi nombreuses à briguer un siège au Congrès américain. Le président Donald Trump n'est pas étranger à cette vague sans précédent de 256 candidates... en majorité démocrates.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

À l’aube de la présidentielle de 2016, Debbie Walsh, directrice du Center for American Women and Politics (CAWP) de l'Université Rutgers, au New Jersey, nourrissait un espoir : qu’une victoire d’Hillary Clinton inciterait un plus grand nombre de femmes à sauter dans l’arène politique.

Si l’ultime plafond de verre est resté intact, deux ans plus tard, un nombre record de femmes ont néanmoins remporté les élections primaires. Un phénomène observable à tous les ordres de gouvernement.

Il y a deux ans, elles étaient 183; maintenant elles sont 256 à tenter de se faire élire le 6 novembre prochain au Congrès – 234 à la Chambre des représentants et 22 au Sénat.

L’effet mobilisateur qu’a eu la victoire d’un homme accusé de misogynie par ses détracteurs est d’une « fascinante ironie », reconnaît Debbie Walsh en riant.

« Après l’élection de Donald Trump, les femmes ont réalisé que si elles voulaient voir des candidats qui leur ressemblent et qui se soucient des enjeux qu’elles ont à coeur, elles devaient elles-mêmes se porter candidates », note-t-elle.

Même son de cloche chez Lindsay Crete, directrice adjointe des communications de campagne d’Emily’s List, un puissant comité politique qui soutient les femmes démocrates pro-choix.

[L’élection de Trump] a assurément incité plusieurs femmes à se lever et à contre-attaquer.

Lindsay Crete, directrice adjointe des communications d’Emily’s List

« Il est évident qu'elles ne pouvaient pas rester à l’écart et regarder le président Trump et des radicaux républicains […] adopter des politiques qui nuisent à leur famille et leur communauté », soutient-elle.

Le gouffre entre républicaines et démocrates se creuse

D’une élection à l’autre, les candidatures féminines sont systématiquement plus nombreuses dans le camp démocrate, souligne Debbie Walsh. « Mais cette année, c’est disproportionné », ajoute-t-elle.

Les démocrates sont 3,3 fois plus nombreuses que leurs consoeurs républicaines, et leur progression depuis 2016 a été fulgurante.

Dans les rangs démocrates, les 15 candidates au Sénat et les 182 à la Chambre forment 42 % des candidats. Chez les républicains, qui comptent 7 candidates au Sénat et 52 à la Chambre, la proportion chute à 13 %.

Lindsay Crete, de la campagne d’Emily’s List, déplore la disparité entre les deux partis. « Nous arriverions beaucoup plus vite à la parité si nous n’étions pas les seules engagées dans cet effort », commente-t-elle.

La résistance se féminise

Une manifestante brandit une pancarte montrant un poing féminin levé et plusieurs autres portent un « Pussyhat », un chapeau en laine rose avec des oreilles de chat, en référence à des propos de Donald Trump diffusés pendant la campagne présidentielle.À Washington, des centaines de milliers de personnes ont participé à la Marche des femmes, le 21 janvier 2017, pour protester contre l'élection de Donald Trump. Photo : Reuters / Shannon Stapleton

Le nombre record de candidates fait écho à une plus grande prise de parole par les femmes dans l’espace public.

Dès le lendemain de l’investiture de Donald Trump, en janvier 2017, la Marche des femmes, tenue dans plusieurs villes du pays, a donné le ton. Et a montré aux futures candidates qu’elles ne seraient pas seules, soutient Lindsay Crete.

« C’était un moment inspirant de voir des millions de femmes se lever et dire : "Cet homme ne nous représente pas, il ne représente pas nos valeurs et nous ne laisserons pas faire cela" », souligne-t-elle.

De la même façon, le mouvement de dénonciation d’agressions sexuelles #MoiAussi, qui a notamment emporté certains politiciens, a permis de reconnaître la nécessité d’un « nouveau type de leadership », fait valoir Lindsay Crete.

Certaines candidates ont d’ailleurs dit publiquement avoir été victimes d’agressions sexuelles.

Mais si la contestation ne s’est pas essoufflée, c’est beaucoup grâce à Donald Trump lui-même, ajoute Debbie Walsh, évoquant tout autant ses déclarations, notamment sur les femmes, que ses comportements ou ses politiques.

Le président républicain a par exemple qualifié une de ses anciennes conseillères de « chienne » et son administration a présenté une nouvelle politique qui priverait les cliniques de fonds du gouvernement fédéral si elles pratiquent l'avortement.

Son mandat a été ponctué de manifestations, où les femmes occupaient souvent l’avant-plan, sur des enjeux comme l’avortement, le contrôle des armes à feu ou les politiques migratoires.

« Depuis deux ans, elles ont augmenté leurs contributions politiques, manifestent davantage dans la rue et sont plus nombreuses à la tête des organisations de résistance », signale Debbie Walsh.

Et leur motivation collective à faire triompher les candidates semble immense. « Pendant tout le cycle électoral de 2016, 920 femmes nous ont approchées pour faire le saut en politique ou pour aider d’autres femmes à faire campagne », indique la porte-parole d’Emily’s List.

« Pour 2018, ce chiffre a grimpé à plus de 40 000 », souligne-t-elle.

Des candidates au profil varié

Mary Jennings Hegar, dont on voit les tatouages, tient l'un de ses enfants dans ses bras.Dans ses publicités diffusées sur YouTube, la vétérane Mary Jennings Hegar, candidate démocrate à un poste de représentante au Texas, s'affiche comme une politicienne différente. Photo : Capture d'écran provenant de YouTube/MJ Hegar

Cette année, les candidates se distinguent par des profils plus diversifiés, observe Debbie Walsh.

« Dans tout le pays, nous voyons des vétéranes, des enseignantes, des agricultrices, des médecins, des femmes de toutes les professions, qui non seulement mènent de bonnes campagnes, mais offrent aussi des modèles différents aux femmes qui voudront ensuite se porter candidates », renchérit Lindsay Crete.

Il y a même dans le lot une combattante professionnelle d'arts martiaux mixtes originaire de la Première Nation des Ho-Chunk du Wisconsin, Sharice Davids, qui défend les couleurs démocrates.

Ou encore des vétéranes comme la républicaine Martha McSally, première femme pilote de chasse, et la démocrate Mary Jennings Hegar, qui a réussi à faire annuler la politique du Pentagone interdisant aux femmes de prendre part aux combats.

La liste des candidates inclut aussi plusieurs jeunes mères, qui ne craignent pas de mettre de l’avant leur expérience parentale, remarque Debbie Walsh. Une réalité qui tranche avec le parcours de la « candidate traditionnelle », celle arrivée en politique après avoir élevé ses enfants.

Pour les hommes, c’est un atout précieux de montrer une photo avec leur femme, leurs trois enfants et leur labrador. Avec les femmes ayant de jeunes enfants, on a plutôt eu tendance à leur demander : “qui s’occupe de vos enfants?”

Debbie Walsh, directrice du CAWP

La fourchette d’âge est également plus étendue, souligne Debbie Walsh, mentionnant la jeunesse de recrues, comme Alexandria Ocasio-Cortez, nouvelle coqueluche de l’aile gauche démocrate.

Pendant les primaires, cette Latino-Américaine de 28 ans aux origines modestes a signé une victoire éclatante contre un ténor du Parti démocrate - un homme blanc en poste depuis près de trois décennies - dans un bastion démocrate de New York.

Le tiers des candidates à la Chambre des représentants vient d’ailleurs de communautés culturelles, un autre record, précise Debbie Walsh.

Des femmes qui écriront l’histoire

Deb Haaland, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley, dans des photos séparées, de face.Deb Haaland, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley sont en bonne position pour établir des précédents à la Chambre des représentants. Photo : AP/Al Goldis, site web de Deb Haaland, Reuters/Brian Snyders

Plusieurs candidates démocrates à la Chambre des représentants feront figure de pionnières, selon ce que laissent présager les sondages.

Sans opposition républicaine, Ayanna Pressley, qui a reproduit dans son district l'exploit d’Alexandria Ocasio-Cortez, devrait devenir la première représentante afro-américaine du Massachusetts.

Rashida Tlaib, du Michigan, et Ilhan Omar, du Minnesota, pourraient devenir les premières musulmanes élues au Congrès. Deb Haaland, du Nouveau-Mexique, pourrait quant à elle être la première Autochtone du Congrès. Sharice Davids, du Kansas, au coeur d’une lutte serrée, pourrait l’accompagner.

En Arizona, qui n’a jamais envoyé de sénatrice à Washington, deux femmes se livrent une lutte serrée. Martha McSally affronte la démocrate Kyrsten Sinema pour un siège qui pourrait se révéler crucial pour le contrôle du Sénat.

Une vague rose?

« Ça ne fait aucun doute pour moi qu’il y aura plus de femmes au Congrès », tranche la directrice du CAWP. La Chambre des représentants compte présentement 84 élues féminines sur 435, et le Sénat, 23 sur 100.

Les femmes pourraient même faire des gains « significatifs ». Mais « une vague sans précédent qui mènerait à la parité n’arrivera pas », avertit cependant Debbie Walsh.

D’emblée, la défaite d'une trentaine de candidates est assurée, puisqu’elles font face à d’autres femmes.

La grande majorité des candidates démocrates se trouvent en outre dans des bastions républicains. La plupart sont aussi de nouvelles venues qui se mesurent à des élus sortants, historiquement favorisés pour l’emporter, explique Mme Walsh.

Misant sur le « long terme », Lindsay Crete se montre pourtant optimiste. Elle voit ce cycle électoral comme « un moment charnière » dans la marche pour l’obtention de la parité.

Elle en veut pour preuve les milliers de femmes qui tentent de se faire élire dans les conseils scolaires et les conseils municipaux, comme gouverneures, ou dans les Parlements d’État, où là aussi des records ont aussi été battus.

Des postes qui servent souvent de tremplin vers des échelons plus élevés, spécifie-t-elle.

« Si les femmes gagnent, elles vont changer le visage de la politique et du leadership, peut-être pour des générations à venir », conclut la militante.

Donald Trump, président des États-Unis

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