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Quand vos cheveux crépus intimident votre coiffeur

Une jeune femme aux cheveux crépus est assise dans une chaise avec un pot de gel dans la main.
Une jeune femme se fait coiffer en vue d'un défilé de mode. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Prendre un rendez-vous pour se faire coiffer est un geste plutôt banal du quotidien. Mais quand on a les cheveux crépus, trouver un coiffeur qui sait travailler ce type de chevelure peut représenter un défi, surtout quand on vit loin des grands centres urbains.

Un texte de Patricia Bitu Tshikudi

Il aura fallu plusieurs appels et beaucoup de recherche à Rita Kakapour pour réussir à dénicher une coiffeuse prête à lui teindre les cheveux.

« C’était difficile de trouver quelqu’un, raconte-t-elle. J’ai fait beaucoup de recherche, ça a pris longtemps, mais enfin j’ai trouvé quelqu'un qui a fait un bon travail. C’était ce que je voulais, mais peu de gens sont prêts à le faire. »

Résidente de Winnipeg, Rita Kaka est d’origine soudanaise. Sa tignasse bouclée en a intimidé plus d’un.

Il faut dire qu'à Winnipeg les salons de coiffure où on peut coiffer les cheveux crépus se comptent sur les doigts de la main, et ce, malgré une forte présence de la diaspora afro-caribéenne. Shondell Babb, fondatrice et organisatrice de Naturally Gorgeous Curls Event, en sait quelque chose.

J’ai rencontré des stylistes qui m’ont avoué être pétrifiés, nerveux, effrayés quand des clients aux cheveux bouclés entrent dans leur salon.

Shondell Babb, fondatrice et organisatrice de Naturally Gorgeous Curls Event

« Il faut faire de la recherche et réseauter pour trouver quelqu’un qui sait, peut-être, s’occuper de ses cheveux », ajoute-t-elle.

Peu d'options, prix élevés

À Winnipeg, le salon Lola's Beauty Gallery and Supplies est un des rares hauts lieux de la chevelure afro naturelle. En plus d’offrir un vaste éventail de produits pour les cheveux afro, la boutique abrite aussi un salon de coiffure.

Ici, on connaît les cheveux bouclés et crépus. Preuve de la forte demande, les propriétaires de l’établissement sont dans ce domaine depuis bientôt 30 ans.

Pourtant, se faire coiffer ou faire traiter des cheveux afro naturels dans un salon de coiffure spécialisé peut coûter cher.

Lola's Beauty Gallery and Supplies demande ainsi un minimum de 125 $ pour des rastas (tresses avec rallonges) et un minimum de 29 $ pour un traitement capillaire.

Ces tarifs ne sont pas à la portée de toutes les bourses. C’est en partie pour cette raison que Rita Kaka entretient ses cheveux elle-même.

Une jeune femme aux grands cheveux bouclés regarde son interlocuteur.
« Si tu n’as pas un cousin ou une cousine, c’est très difficile de trouver une personne qui peut tresser tes cheveux », estime Rita Kaka, une résidente de Winnipeg. Photo : Radio-Canada

« J’ai commencé à prendre soin de mes cheveux en 9e année. Ce n’est pas difficile si on prend le temps et si on a la patience », explique la jeune femme.

Coiffeurs de sous-sol

Mais pour celles qui n’ont ni le temps ni le talent requis, il y a toujours les coiffeuses de sous-sol.

« Chaque personne a une cousine ou un cousin qui peut faire ses cheveux, explique Rita Kaka avec humour. Il y a toujours des ressources, mais elles ne sont pas commerciales. »

Si on n’a pas un cousin ou une cousine, c’est très difficile de trouver une personne qui peut tresser ses cheveux.

Rita Kaka, résidente de Winnipeg

Le bouche-à-oreille devient donc la manière la plus efficace de trouver un coiffeur. Pour les autres, il y a toujours Internet.

Une industrie parallèle

Le site Kijiji pullule de petites annonces de coiffeurs autoproclamés.

Les services, souvent offerts au domicile des coiffeurs, vont de la mise en plis aux traitements capillaires, en passant par les tresses et les extensions.

Si les choix en ligne sont nombreux, il est toutefois difficile de garantir la qualité du service.

Cette industrie parallèle est entretenue en grande partie par le manque de professionnels qualifiés dans les salons conventionnels, estime la maître styliste Paula Whitelocke.

Des esthéticiens peu formés

« Nos cheveux ne sont pas le centre d'attention dans les écoles d’esthétique », explique-t-elle.

« Je ne me souviens pas d’avoir vu ne fût-ce qu’une mannequin noire, durant mes études. C'était moi, la mannequin », ajoute-t-elle.

On ne devrait pas reléguer les tresses, les cheveux noirs, à un niveau inférieur. On est égaux. Il s'agit donc de se mettre de l'avant au même titre que tous les autres.

Paula Whitelocke, maître styliste

Rita Kaka précise toutefois que le faible nombre de stylistes formés pour coiffer les cheveux crépus n'encourage pas la clientèle noire à fréquenter les salons conventionnels.

« Les gens ont un peu peur [de confier leur tête] à quelqu’un qui ne connaît pas leur type de cheveux. C’est difficile [pour les professionnels] de trouver des clients qui sont prêts à faire de nouvelles expériences », ajoute-t-elle.

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