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Des enseignants remplaçants recrutés en première année d'université

Des élèves dans une classe.

À la Commission scolaire de Montréal, les étudiants peuvent faire des remplacements dès la fin de leur première année de baccalauréat.

Photo : iStock / dolgachov

Radio-Canada

Le manque criant d'enseignants force les commissions scolaires à recruter des remplaçants sur les bancs d'école, parfois dès la première année de leur baccalauréat. Un phénomène nouveau qui n'est pas sans conséquences sur la réussite des élèves, selon un chercheur.

Un texte d'Anouk Lebel

« La pénurie de personnel est un gros défi, spécifiquement en accueil et au préscolaire », lance Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). L’augmentation de la clientèle, les départs à la retraite et les congés de maladie ont créé de nouveaux besoins, si bien que, l’an dernier, la CSDM a embauché 1342 nouveaux enseignants, soit le double de l’année précédente.

Tous ces nouveaux enseignants ne sont pas à temps plein, souligne la présidente. Certains font des remplacements et d’autres sont dans des équipes volantes.

Pour combler les besoins croissants, la CSDM a élargi ses critères d’embauche. Depuis l'an dernier, les étudiants en éducation peuvent effectuer des remplacements dès la fin de la première année de leur baccalauréat plutôt qu'en 3e année, comme c'était le cas auparavant.

« Les étudiants font des remplacements quand ils n’ont pas de cours, durant la semaine », explique Mme Harel Bourdon. Ils sont parfois recrutés dès la fin de leur deuxième session, en avril, pour des remplacements jusqu'à la fin de l'année scolaire, en juin.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) a elle aussi battu un record de recrutement l’an dernier, avec 1400 postes et remplacements pourvus en enseignement. La moitié des 1700 remplaçants disponibles sur la liste de rappel sont des étudiants au baccalauréat en éducation, mentionne Frédéric Berthiaume, directeur adjoint à l'acquisition de talents à la CSMB. Avoir accumulé 15 crédits, soit l'équivalent d'une session universitaire, est le critère minimal, note-t-il.

Des conséquences sur les élèves

« L’impact [de ces mesures] sur les élèves est énorme », croit Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal.

Plus de 300 périodes par année ont été assurées par des enseignants non qualifiés dans chaque commission scolaire, estime-t-il.

« C'est mieux d'avoir quelqu'un de non qualifié que personne en salle de classe, concède-t-il, mais en bout de ligne, s'il y a trop de périodes qui sont assurées par des gens non qualifiés, l'impact se fera ressentir sur la réussite des jeunes. »

Les milieux défavorisés, où les besoins en personnel sont criants, sont particulièrement touchés, dit-il.

On a des jeunes qui ont parfois de graves problèmes et on met en face d’eux des gens qui sont non qualifiés.

Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal.

Des mesures d’accompagnement

Les suppléants et les remplaçants non qualifiés sont bien encadrés, assurent pour leur part les commissions scolaires.

« On fait du mentorat avec des enseignants d’expérience et de la formation de soir pour les enseignants non qualifiés », explique Mme Harel Bourdon.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a également un programme d’insertion professionnelle, qui inclut des jumelages et de la formation. « On rencontre les nouveaux suppléants à plusieurs reprises chaque année pour leur donner un coffre à outils, notamment en termes de gestion de classe », souligne M. Berthiaume.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys mettra des camions publicitaires sur la route d'ici la fin septembre.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys mettra des camions publicitaires sur la route d'ici la fin septembre.

Photo : Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

Le défi de la rétention

La demande pour des enseignants dépasse le nombre de jeunes qui sortent des universités, constate Mme Harel Bourdon.

À ce propos, la doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l’Université de Montréal, Pascale Lefrançois, se veut rassurante. Le nombre d’inscriptions au baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire a augmenté de 10 % à 15 % en 2018, précise-t-elle. « C’est plutôt encourageant, mais on espère qu'ils vont rester et qu'ils vont terminer leur programme avec succès. »

Les commissions scolaires se heurtent également au défi de la rétention du personnel, alors qu’un quart des enseignants quittent la profession après cinq ou sept ans de carrière.

Ce phénomène s’explique entre autres par le manque de reconnaissance de la profession enseignante, croit M. Karsenti.

« Le salaire, il n'est pas particulièrement intéressant, ce n’est pas une profession valorisée au Québec », déplore-t-il.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie

Grand Montréal

Éducation