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Jean-Marc Fournier, un « équipier » stratégique pour Philippe Couillard

Jean-Marc Fournier

Jean-Marc Fournier est installé dans l'autocar de Philippe Couillard pour toute la campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Bête politique », « influenceur » et personnage « pivot » du Parti libéral du Québec, l'ancien ministre et leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, joue un rôle prépondérant dans la stratégie orchestrée par Philippe Couillard. Depuis plus de 10 ans, sa présence et ses conseils servent dans l'ombre les aspirants premiers ministres en campagne.

Un texte de Romain Schué (Nouvelle fenêtre)

Depuis plus d’une heure, Gertrude Bourdon tente d’expliquer, le plus calmement possible, son revirement et son choix de rejoindre le PLQ en lieu et place de la Coalition avenir Québec de François Legault.

En ce deuxième jour de campagne électorale, la candidate libérale, présente aux côtés de Philippe Couillard, est assaillie de questions devant un parc situé aux abords de Québec.

Derrière les journalistes, qui disposent de deux micros placés aux extrémités de l’espace prévu, Jean-Marc Fournier, lunettes fumées sur le nez, se déplace de la gauche vers la droite, afin d’être toujours dans l’axe visuel de l’ancienne directrice du CHU de Québec, vilipendée par les autres formations politiques.

Chaque réponse pourrait avoir un fort impact sur la campagne de Philippe Couillard.

Jean-Marc Fournier debout.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Marc Fournier conseille Philippe Couillard du regard en étant positionné derrière les journalistes.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Parfois, avec un regard, un clignement des yeux ou un sourire, il peut rassurer quelqu’un », raconte le député sortant Robert Poëti, qui a côtoyé l’ex-chef intérimaire du PLQ (de 2012 à 2013) au cours de la dernière décennie.

« Il sait intuitivement ce qui peut faire dérailler ou relancer une campagne. Et comme il a siégé à l’Assemblée, il comprend la sensation des candidats, il a cette capacité d’avoir de l’empathie qui est inestimable », glisse un autre stratège de la caravane libérale.

L’intéressé, qui épluche la presse dès 5 h pour « établir le scénario de la journée », ne minimise pas son rôle.

« Un chef ou un candidat doit rester focus sur son humeur. Il ne doit pas oublier qu’il ne répond pas aux journalistes, qui peuvent être insistants, mais qu’il parle aux téléspectateurs. En me voyant, il peut se dire : "Ah oui, Jean-Marc est là" », explique-t-il.

Tous les chefs sont dans un bus avec une pression énorme. Quand arrive une boulette ou une difficulté, ils peuvent perdre leur sang-froid.

Jean-Marc Fournier, ex-ministre libéral

Une photo pour faire sourire Jean Charest

Élu député une première fois en 1994, Jean-Marc Fournier est au cœur du plan électoral de Philippe Couillard. Ce dernier n’est pas le premier à se servir des talents du natif de Châteauguay.

Tout a débuté en 2007, durant la campagne « difficile » menée par Jean Charest, qui s'est conclue par l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire.

« J’ai fait quelques commentaires durant la campagne, dire qu’il faudrait plutôt faire ceci, faire cela. Et en 2008, il m’a emmené dans son bus », raconte Jean-Marc Fournier.

Depuis, il reste dans l’ombre de son patron, évite les caméras, sort en dernier de l’autocar et tente d’aiguiller le fond et la forme des discours des chefs.

Charles Robert et Jean-Marc FournierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Marc Fournier et Charles Robert (à gauche), le directeur des relations avec les médias, établissent la marche médiatique à suivre tous les matins.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Pour sa première campagne, il trimballe une photo de Jean Charest, tout sourire. Avant la première conférence de presse, il interpelle l’intéressé, l’illustration entre les mains.

« Je lui ai dit : "C’est cet homme-là que je veux voir". Puis, j’ai collé l’image dans un livre et tous les jours, je la lui ai montrée », détaille-t-il.

« C’est un excellent vulgarisateur avec un excellent jugement politique », rapporte le candidat libéral dans La Fontaine et leader parlementaire adjoint du gouvernement sortant, Marc Tanguay.

En politique, tu peux avoir la meilleure idée au monde, mais si tu n’es pas capable de bien la présenter, elle ne passera pas.

Marc Tanguay, candidat libéral dans La Fontaine

Le sens de l’offensive

Ancien vice-premier ministre de Jean Charest, Jacques Dupuis confirme la forte « influence » de Jean-Marc Fournier. « Il a un bon sens du terrain et dit toujours : "Mon voisin m’a dit que…". Il sait dire les choses », confie-t-il, avant d’évoquer la réactivité de l’homme de 58 ans.

« Il est capable de réagir rapidement à des événements imprévus. C’est ce qu’il faut dans une campagne. Il est capable de bien cibler un message », souligne-t-il.

Viser les commentateurs

Il y a 10 ans, explique Jean-Marc Fournier, la priorité était d'attendre la fin de journée pour une importante promesse, afin d'alimenter les téléjournaux de 18 h et 22 h. À présent, « le cycle médiatique a beaucoup changé » et il faut cibler, assure-t-il, les commentateurs politiques des émissions comme Les Ex ou encore Mordus de politique, diffusées sur ICI RDI, qui peuvent « contaminer » les téléspectateurs.

Dans une campagne électorale dont la durée varie de cinq à six semaines, « il y a quatre occasions » pour gagner des points d’une manière imprévue dans le plan de départ, assure l’intéressé.

En 2014, rappelle-t-il, la lecture d’un texte de Vincent Marissal sur la Charte des valeurs l’a incité à aller à l’offensive. « Quand on l’a vu, on s’est dit qu’il fallait tomber les deux pieds joints dans cette nouvelle. On a mis de côté ce qui était prévu. »

Quelques jours plus tard, Pauline Marois perdait son poste et Philippe Couillard triomphait.

Les dernières salves de Philippe Couillard contre François Legault ont elles aussi été savamment préparées par cet homme discret. « C'est l'histoire du bateau à voiles », confie-t-il à Radio-Canada, au moment où le chef libéral attaque de plein front son principal candidat.

Quelques jours plus tôt, il comparait justement l'autocar du chef à un tel navire, avec l'idée de sentir les changements de direction pour gagner des points dans les sondages.

Le bus, c'est un bateau à voiles. Ce n'est pas une ligne droite, tu prends le meilleur vent pour t'y rendre. On essaye, on voit où aller.

Jean-Marc Fournier, ex-ministre libéral

« Calme dans la tempête  »

Et lorsque les libéraux piétinent, il serait capable de gérer « la tempête ».

« Il sait relativiser les moments dérangeants dans une campagne. Dans le bus, il peut ramener le calme », reprend un autre ancien élu, alors que l’un de ses proches le qualifie d'« homme sage ».

Jean-Marc FournierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Marc Fournier est considéré comme un stratège ayant une bonne connaissance du terrain et de l'avis des citoyens.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Dans une campagne, chaque journée est différente, mais ces journées ont déjà été vécues. Il répète qu’il y a toujours une solution », mentionne ce stratège.

Ce terme, d’ailleurs, Jean-Marc Fournier le réfute. « Je ne fais pas de spin, je suis un équipier, un membre de l’équipe », juge celui qui a décidé de ne plus se représenter cet automne.

Son avenir? « Me reposer. On verra ensuite en 2019. »

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