•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le suicide chez les policiers, un sérieux problème, selon un syndicat

Sur le panneau, il est écrit : centre de détresse, nous écoutons 24 h sur 24. Est ensuite écrit le numéro de téléphone où appeler à l'aide.

Le panneau d'un centre de détresse

Photo : Radio-Canada / Lauren Pelley/CBC News

Radio-Canada

Alors que trois policiers de la Police provinciale de l'Ontario (PPO) se sont suicidés depuis un mois, l'Association de la PPO lance un cri du coeur pour que leur corps policier s'attaque aux problèmes de santé mentale dans ses rangs. Elle enjoint aussi à ses membres de chercher immédiatement de l'aide professionnelle s'ils en ressentent le besoin.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Sarah Routhier est la veuve de l'agent Sylvain Routhier, qui s'est suicidé à la fin juillet à l'âge de 37 ans. Son mari cumulait plus de 13 ans de service au sein de la Police provinciale de l'Ontario. La famille, qui compte trois enfants de 5, 9 et 10 ans, habite à Belleville dans l'est de la province. « Il était un mari et un père de famille extraordinaire, un policier hors pair et tout le monde l'appréciait au travail », explique-t-elle.

L'agent Routhier avait récemment été affecté à des situations de crise en tant qu'intervenant de première ligne dans toute la province. « On l'appelait auparavant pour des cas d'agression, de violence, d'accidents de la route. Mais il a ensuite été assigné à des situations d'urgence sur appel, comme des prises d'otage ou des opérations de sauvetage. »

On voit le sergent Sylvain Routhier, de la PPO, en costume d'apparat.

Le sergent Sylvain Routhier de la PPO en costume d'apparat

Photo : Photo offerte par la famille Rothier

Sa veuve a décidé aujourd'hui de discuter des problèmes de santé mentale de son mari, parce qu'il en avait trop honte pour en parler, selon elle. « Personne n'aurait imaginé qu'il s'enlèverait la vie, mais cela peut arriver à n'importe qui, on devrait prendre les mesures qui s'imposent face au stress ou à la dépression en milieu de travail. »

Mme Routhier souligne que les intervenants de première ligne font face à des conditions de travail très difficiles, mais qu'ils doivent montrer le moins d'émotions possible. « Durant des années, je n'ai rien vu d'anormal, il ne parlait jamais de ses difficultés au travail, ça ne m'inquiétait pas assez pour lui suggérer de consulter un professionnel de la santé. » Elle ajoute que son mari était très doué pour ne pas partager ses soucis, jusqu'au jour où, en avril, il lui a admis qu'il ne se reconnaissait plus.

Il m'a dit qu'il était insomniaque et qu'il avait des pensées suicidaires; nous sommes alors allés à l'hôpital où il a commencé un traitement qui l'a obligé à cesser le travail.

Sarah Routhier

Mme Routhier précise que son mari n'appréciait pas l'idée d'être en congé de maladie, parce qu'il venait d'obtenir une promotion au grade de sergent. Elle affirme qu'il s'inquiétait de ce que ses collègues diraient de lui s'ils apprenaient qu'il était stressé au point d'en être malade. « Le 31 juillet, il n'était pas à la maison. J'ai trouvé une lettre de suicide sur notre lit. J'ai appelé le 911, mais il était déjà trop tard », dit-elle en laissant éclater ses sanglots.

On voit le sergent Routhier, de la PPO, en vacances avec sa famille.

Le sergent Routhier de la PPO en vacances avec sa famille.

Photo : Photo offerte par la famille Routhier

Dans un communiqué, le corps policier précise que les trois agents qui se sont enlevé la vie en un mois appartenaient à des détachements de l'est et de l'ouest de la province. Le président de l'Association de la PPO, Rob Jamieson, réclame un débat public sur la santé mentale dans les forces de l'ordre avec la participation des familles éprouvées, des gouvernements et des professionnels de la santé. « Il n'y a rien de honteux, au contraire, à demander de l'aide, mais la stigmatisation de la maladie mentale dans la société reste un obstacle aux traitements. »

Mme Routhier pense aussi qu'il faut mettre fin à l'aliénation des personnes qui sont atteintes de problèmes mentaux, en particulier chez les intervenants de première ligne, qu'ils soient policiers, ambulanciers ou pompiers. Un soutien devrait également être accordé selon elle aux familles des disparus.

La Police provinciale précise que des ressources sont disponibles depuis trois ans pour les agents qui sont en détresse au travail comme dans leur vie privée. Le commissaire de la PPO, Vince Hawkes, doit d'ailleurs s'adresser à la presse à ce sujet vers la fin de la semaine.

Santé physique et mentale

Santé