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Il faudrait plusieurs décennies pour nettoyer le lac Winnipeg

Une grande étendue d'eau, le lac Winnipeg, sous un ciel ensoleillé avec quelques nuages.
Le lac Winnipeg est menacé. Une chercheuse de l'Université du Manitoba propose d'accorder une grande attention à son bassin versant. Photo: Radio-Canada / Bartley Kives

Il faudrait au moins 50 ans pour nettoyer le lac Winnipeg, même si toutes les activités polluantes étaient arrêtées immédiatement. C'est l'une des conclusions d'une chercheuse de l'Université du Manitoba.

Un texte de Denis-Michel Thibeault

La professeure agrégée de l’Université du Manitoba au département des sciences de la Terre, Geneviève Ali, explique que le bagage historique de polluants dans le lac Winnipeg et dans son bassin versant pourrait mettre plusieurs décennies à s’éliminer naturellement.

Elle ajoute que l’immensité du bassin versant du lac Winnipeg complique le travail du gouvernement qui tente d’améliorer la santé du lac.

« Il s'agit de 1 million de kilomètres carrés de terres qui se situent dans quatre provinces canadiennes et dans quatre États américains. D’un point de vue de la gestion de l’eau, c’est très différent en matière de qualité et de quantité en fonction de la portion du bassin versant », affirme la chercheuse.

Une femme sourit pour la caméra.La professeure agrégée de l’Université du Manitoba au département des sciences de la Terre Geneviève Ali a conduit des recherches sur le bassin déversant du lac Winnipeg. Photo : Geneviève Ali

Elle cite en exemple la composition des sols de la vallée de la rivière Rouge, qui sont bien différents des sols entourant ceux de la rivière Assiniboine et la rivière Saskatchewan. « Ça dépend d’où on se situe géographiquement, il y a beaucoup de différences », explique-t-elle.

Quelles solutions pour le lac?

Les autorités doivent imaginer des solutions aux problèmes du lac en lui-même, mais aussi à ceux de son bassin versant.

Au début du mois d’août, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a annoncé 3,8 millions de dollars d’aide pour améliorer la santé du lac. Une initiative nécessaire, selon Geneviève Ali. Elle croit cependant qu’il faut trouver un moyen d’éviter la contamination future du lac par son bassin.

« En matière de gestion agricole, la piste de solution la plus prometteuse n’est pas de mieux gérer les fertilisants, parce qu’ils le sont déjà. Il faut plutôt gérer l’excès d’eau de manière efficace et ce n’est pas quelque chose qui est facile à faire d’un point de vue individuel », explique la chercheuse qui étudiait plus spécifiquement les polluants venant de l’agriculture.

Une carte des Prairies canadiennes et des États américains voisins avec une zone colorée montrant le bassin du lac Winnipeg.Le bassin du lac Winnipeg s'étend sur quatre provinces canadiennes et quatre États américains. Photo : Geneviève Ali

Elle dit que les gouvernements devraient aussi venir en aide aux agriculteurs pour les aider à construire des étangs de rétentions pour éviter que les excès de nutriments se rendent jusqu’au lac.

Cependant, les solutions varient selon le positionnement géographique dans la province. Selon elle, la solution des bassins de rétentions est valable pour l’est du Manitoba, mais dans l’ouest, elle propose plutôt de conserver et d’entretenir les milieux humides déjà présents pour qu’ils puissent continuer leur fonction de stockage naturel.

Les changements climatiques ont une influence

Geneviève Ali ajoute qu’une combinaison de changements climatiques et de changements environnementaux augmente la fréquence des sécheresses et des inondations, ce qui influe sur le bassin déversant du lac Winnipeg.

Une situation qui touche la rivière Rouge, où des algues vertes ont été observées par endroits.

Des algues à côté d'une bouche de déversement.Des algues s'accumulent le long de la rivière Rouge particulièrement lorsque les étés sont chauds et secs. La rivière peut devenir un « petit lac Winnipeg ». Photo : Radio-Canada / Sylviane Lanthier

Selon la chercheuse, la topographie plate et le temps sec de l’été combiné font en sorte que des secteurs sont plus isolés qu’à l’habitude. L’accumulation de nutriments et la mauvaise oxygénation de ces secteurs favorisent donc la prolifération d’algues.

« Ce n’est pas quelque chose d’inhabituel, particulièrement dans la rivière Rouge, explique la professeure de l’Université du Manitoba. Certaines de nos rivières, à certaines périodes de l’année, se comportent presque comme des lacs. »

Ce n’est pas une cause perdue

Elle explique que tout n’est pas perdu pour le lac Winnipeg, mais il faut avoir des attentes réalistes.

« Ce n’est pas réaliste de s’attendre à voir la situation du lac changer complètement en deux ou trois ans, mais si des programmes à long terme sont mis en place, ce n’est pas une cause perdue », affirme Geneviève Ali.

Selon elle, beaucoup de lacs dans le monde ont des problèmes importants comme le lac Winnipeg, et les chercheurs notent parfois des améliorations.

La Fondation du lac Winnipeg organise une expédition de 500 km à vélo pour amasser des fonds afin de financer des initiatives de surveillance des eaux du lac.

Manitoba

Protection des écosystèmes