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Facebook ferme la page du chef de l'armée birmane

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, témoigne au Congrès américain dans la foulée du scandale des données personnelles obtenues par la firme Cambridge Analytica.

Lors de son témoignage au Capitole, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a soutenu que son modèle d'affaires ne changerait pas. La sécurité entourant les données personnelles de ses utilisateurs demeure donc nébuleuse.

Photo : Reuters / Leah Millis

Agence France-Presse

Facebook a pris, lundi, la décision tout à fait inhabituelle de bloquer des membres de la junte birmane, après des mois de pression pour que le premier réseau social du pays prenne des mesures contre l'armée accusée dans le nettoyage ethnique des musulmans rohingyas.

Sont bannis de la plateforme le général Min Aung Hlaing, le chef de l'armée, et une vingtaine d'autres individus ou organisations birmanes que « des experts internationaux [...] ont établis comme ayant commis ou permis de graves violations des droits de la personne ».

En Birmanie, Facebook joue un rôle crucial dans l'accès à l'information pour une population qui n'a pu se brancher à Internet que très récemment, après un demi-siècle sous régime militaire.

Le pays compte 18 millions de comptes Facebook pour une population de 51 millions d'habitants.

En raison de la prévalence du réseau, l'armée et des moines bouddhistes extrémistes birmans se servent abondamment de la plateforme pour diffuser leur propagande.

L'annonce de Facebook intervient le jour même où les enquêteurs de l'Organisation des Nations unies ont demandé que la justice internationale poursuive le chef de l'armée birmane et cinq autres hauts gradés pour « génocide », « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre » à l'encontre des musulmans rohingyas.

Le chef de l'armée avait deux comptes avec respectivement 1,3 et 2,8 millions d'abonnés.

Les publications sur ces deux pages traitaient les Rohingyas de « bengalais », une façon de laisser entendre qu'ils n'avaient pas leur place dans le pays à majorité bouddhiste. Ces pages niaient également les atrocités commises pendant la campagne de l'armée. Cette dernière l'a justifiée par la nécessité d'éliminer des rebelles rohingyas.

Ces violences ont forcé depuis un an quelque 700 000 Rohingyas à fuir la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh voisin, où ils vivent dans des conditions très précaires.

Au total, ce sont 52 pages suivies par 12 millions de personnes qui ont été fermées, mais Facebook a indiqué que les données qu'elles contenaient avaient été préservées.

Facebook critiqué

Si c'est la première fois que Facebook s'en prend ainsi à l'armée birmane, la plateforme est accusée, depuis des mois, de ne pas réagir assez vite.

Les enquêteurs de l'ONU avaient jugé que Facebook était devenu « un monstre » en Birmanie, et des groupes de défense des droits de la personne reprochaient au réseau de mettre plusieurs jours à fermer un compte, laissant au contenu le temps d'être diffusé très largement et de devenir viral.

Le rapport de l'ONU dénonce lui aussi une réponse « lente et inefficace » de Facebook.

Ces derniers mois, le géant des réseaux sociaux s'est lancé dans une grande campagne de communication, admettant qu'il tardait trop souvent à éliminer les contenus incitant à la violence ou niant des atrocités.

Le patron et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a fait état des violences en Birmanie à plusieurs reprises, y compris lors d'une audition devant le Congrès à Washington il y a quelques mois.

Il a expliqué aux élus américains que Facebook avait l'intention d'embaucher plus de gens parlant la langue, et a affirmé avoir pris contact avec des acteurs de la société civile pour arriver à détecter plus rapidement les auteurs de propos racistes ou d'appels à la violence.

Nous embauchons des dizaines de personnes pour passer en revue le contenu en birman parce que la nature raciste d'un texte est propre à chaque langue.

Mark Zuckerberg, devant le Congrès américain, en avril 2018

« C'est très difficile à faire sans des gens qui parlent la langue locale, et nous devons faire beaucoup plus dans ce domaine », a-t-il reconnu.

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