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Libre-échange : les États-Unis et le Mexique s'entendent, le Canada invité à régler rapidement

Le président Trump en conversation téléphonique avec son homologue mexicain Enrique Peña Nieto

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Radio-Canada

Les États-Unis et le Mexique ont annoncé lundi s'être entendus sur un nouvel accord de libre-échange, au terme d'une période de négociation à laquelle le Canada n'a pas participé. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, doit se rendre à Washington dès mardi pour poursuivre les discussions en vue d'une entente tripartite.

« Ils l'appelaient ALENA. Nous allons l'appeler Accord commercial États-Unis-Mexique. Nous allons laisser tomber le nom ALENA [...] Il a une mauvaise connotation », a déclaré le président américain, Donald Trump, devant des journalistes.

L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, était en vigueur depuis 1994. M. Trump a souvent eu des mots durs à l'encontre de la politique du Mexique et il a accusé le pacte de libre-échange nord-américain d'avoir détruit de nombreux emplois américains, étant selon lui responsable des délocalisations vers le Mexique, où les coûts salariaux sont moins élevés.

Donald Trump devrait notifier au Congrès d'ici la fin de la semaine son intention de signer un nouvel accord de libre-échange dans les 90 jours, ce qui laissera le temps au président mexicain sortant, Enrique Pena Nieto, de signer le texte avant la fin de son mandat, en décembre prochain.

Le Canada n'a pas participé à la phase la plus récente des discussions, qui durent depuis un an. Ottawa préférait laisser le Mexique et les États-Unis régler leurs différends, qui étaient plus nombreux.

Donald Trump a laissé entendre que les États-Unis étaient prêts à ne signer qu’un accord bilatéral avec le Canada au lieu d’un pacte trilatéral.

Retour du Canada à la table de négociations

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

Photo : Radio-Canada

Plus tard dans la journée, le président Trump et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ont eu une discussion que le bureau du premier ministre a qualifié de « constructive ». « Les dirigeants ont accueilli favorablement les progrès réalisés dans le cadre des discussions avec le Mexique, et ils attendent avec intérêt que leurs équipes poursuivent les négociations cette semaine en vue de les mener à bien », soutient le communiqué du bureau du premier ministre.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a d'ailleurs annoncé qu'elle serait à Washington dès mardi pour négocier. Son porte-parole a affirmé que le Canada ne signerait l'accord que si celui-ci était « bon pour le Canada et la classe moyenne ».

Si les discussions avec le Canada ne sont pas bouclées avant la fin de la semaine, Donald Trump compte informer le Congrès qu'il a conclu un accord seulement avec le Mexique, mais qu'il est ouvert à des négociations pour permettre au Canada de se joindre par la suite à cet accord, a déclaré à la presse le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer.

Larry Kudlow, le conseiller économique en chef du président Trump, a quant à lui dit espérer que le Canada examinerait « attentivement cette bonne négociation ». En cas de désaccord avec le Canada, Donald Trump envisage d'imposer des taxes douanières sur les voitures, a-t-il rappelé explicitement.

Selon les indications des services du Représentant américain au commerce (USTR), Washington a abandonné l'idée de la clause dite crépusculaire, qui prévoyait une renégociation du nouvel accord tous les 5 ans, au profit d'une nouvelle formule qui allonge à 16 ans la durée de vie de l'accord.

Cette concession américaine est un signal positif pour Ottawa qui, comme Mexico, était totalement opposé à cette clause.

Plaidoyer pour une entente tripartite

Autant le président mexicain sortant que le président élu, Andrés Manuel López Obrador, ont plaidé pour l'inclusion du Canada dans l'accord.

Le président Peña Nieto, qui était au téléphone sur haut-parleur pendant l’intervention médiatique de M. Trump dans le bureau ovale, a répété à plusieurs reprises que le Canada devait se joindre aux discussions afin d'être intégré à l'entente.

Sur Twitter, il a précisé qu'il avait discuté avec Justin Trudeau dimanche soir et qu'il avait appelé le Canada à revenir dans les négociations afin de conclure un accord à trois cette semaine.

« Il est important que le gouvernement du Canada soit appelé, comme c'est déjà le cas », à se joindre à l'accord « pour que l'Accord de libre-échange nord-américain soit maintenu », a pour sa part déclaré M. López Obrador à la presse mexicaine. « Cela nous intéresse beaucoup que ce soit un traité de trois pays », a-t-il martelé.

Une opinion qu'ils sont nombreux aux États-Unis à faire valoir aussi.

Reconnaissant une avancée positive, certains élus républicains du Congrès ont estimé que le Canada devait faire partie intégrante du nouvel accord, pour éviter des retombées négatives sur l'emploi aux États-Unis.

« Des millions d'emplois, au Texas, dépendent de la nouvelle version de l'ALENA, et il est important qu'on règle ça correctement », a fait valoir le numéro deux des sénateurs républicains, John Cornyn.

Les industriels et détaillants américains pressent aussi l'administration Trump de préserver le pacte trilatéral.

Ainsi, l'organisation industrielle National Foreign Trade Council (NFTC), qui comprend 300 grandes entreprises, a rappelé qu'il était « essentiel que tout ALENA modernisé continue à inclure les trois partenaires nord-américains ».

La Fédération nationale des détaillants (NRF) a elle aussi vanté l'ALENA, soulignant qu'il soutenait « des millions d'emplois aux États-Unis » et permettait « aux familles américaines d'avoir accès à davantage de produits à des prix plus bas. »

Les échanges commerciaux entre les États-Unis, le Mexique et le Canada représentent plus de 1000 milliards de dollars par an.

L'annonce de l'accord Mexique-États-Unis a fait grimper les bourses américaine, mexicaine et canadienne mais aussi européennes, dans l'espoir d'un apaisement des tensions commerciales internationales.

Sur le marché des changes, le peso et le dollar canadien se sont nettement raffermis par rapport au dollar américain, qui perdait aussi du terrain face à la monnaie unique européenne.

Principales dispositions de l'accord États-Unis-Mexique

La révision de l'accord a porté notamment sur la question de la règle d'origine pour le secteur automobile.

Les nouvelles règles exigent que 75 % du contenu des automobiles soit issu des États-Unis et du Mexique, a fait savoir l'USTR. Auparavant, le contenu nord-américain devait porter sur 62,5 % des composants automobiles.

L'accord requiert en outre que 40 % à 45 % du contenu d'une automobile soit produit par des travailleurs gagnant au moins 16 $ de l'heure.

Le volet textile de l'accord fait également « la promotion d'un plus grand usage du "Made in USA" en ce qui a trait aux fibres, aux fils et aux tissus », selon l'USTR.

L'utilisation de matériaux dans l'habillement ou le textile qui ne sont pas issus des États-Unis ou du Mexique est limitée par rapport à l'ancien accord.

Les deux pays s'engagent à ne pas utiliser de subventions à l'exportation ni de protection de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour se vendre mutuellement des produits.

Le respect des indications géographiques protégées est modifié. De nouvelles possibilités sont ajoutées pour déterminer si le nom d'un produit n'est qu'« un nom commun et pas une appellation d'origine ». Le Mexique ne peut notamment restreindre l'accès à son marché sans droits de douane aux fromages américains « qui portent certains noms ».

Les échanges de boissons alcoolisées, dont les spiritueux, seront aussi libres de droits, le Mexique reconnaissant les appellations du bourbon whiskey, notamment, tandis que les États-Unis reconnaissent « la téquila et le mezcal comme des produits spécifiquement mexicains ».

L'accord renforce la protection des droits de propriété intellectuelle et exige que les autorités « saisissent les produits suspectés d'être piratés ou contrefaits », et qu'elles se dotent de « procédures de poursuites criminelles importantes ».

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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