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Le destin tragique d'un soldat canadien noir battu à mort en France

Photo des soldats alignés et en uniformes.

Le bataillon de construction numéro 2 est parti d'Halifax le 25 mars 1917.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le petit village de Supt, situé dans le Jura, en France, s'apprête à célébrer la mémoire de 29 soldats canadiens morts en service durant la Première Guerre mondiale. De ces soldats, plusieurs sont originaires des provinces maritimes et l'histoire de l'un d'entre eux met en lumière la discrimination raciale dont les Noirs étaient victimes au sein même de l'armée canadienne.

Un texte d'Olivier Lefebvre

Environ 2800 soldats canadiens débarquent à Supt en 1917. Cette région forestière est un point stratégique pour l'approvisionnement des Alliés en bois. La ressource est utilisée pour construire les tranchées et les réseaux de chemins de fer.

Aujourd'hui, le village de Supt compte seulement une centaine d'habitants. On y trouve peu de vestiges de l'époque où les soldats canadiens sont passés. Sur place, il reste seulement un four à pain et les fondations de scieries recouvertes de végétation.

Les tombes de huit soldats dans un cimetière de Supt, en France.

Quelques tombes de soldats canadiens à Supt, en France. Quatre des huit hommes enterrés à Supt étaient membres du Bataillon de construction numéro 2.

Photo : Gracieuseté d'Evelyne Comte

Le passage des soldats canadiens demeure méconnu dans les chaumières de la petite commune française.

Moi ce qui m'a stupéfiée, c'est de savoir qu'il y quand même près de 3000 hommes qui sont arrivés ici, qui vivaient près de nos villages, dont on ne parle pas.

Evelyne Comte, mairesse de Supt

Parmi ces soldats, plusieurs proviennent de communautés noires du Canada. Ils sont 600 qui forment la première et la seule unité noire, le Bataillon de construction no 2.

Ce n'était pas une unité de combat. Ils n'étaient pas équipés d'armes. Ils avaient seulement des pelles et des pioches pour faire leur travail, explique l'historien Douglas Ruck. Son père a été l'un des premiers à écrire à propos du bataillon noir.

L'historien Douglas Ruck en entrevue.

L'historien Douglas Ruck connaît bien l'histoire du Bataillon de construction numéro 2. Son père, Calvin Ruck, est l'un des premiers à avoir écrit à son sujet.

Photo : CBC

En 1916, les besoins sont urgents et cette unité permet pour la première fois aux Canadiens noirs de s'enrôler dans l'armée.

Ces hommes se sont battus pour avoir le droit de se mélanger avec les soldats blancs et mourir avec les soldats blancs, dit Douglas Ruck.

De violentes agressions

Charlie Some rejoint les rangs de ce bataillon en 1917. Ce résident de l'ancienne communauté d'Africville, près d'Halifax, est un immigrant d'Afrique du Sud.

Son histoire intéresse particulièrement l'historienne Kirrily Freeman. Elle est professeure d'histoire à l'Université Saint-Mary's à Halifax.

La professeure d'histoire à l'Université Saint-Mary's d'Halifax Kirrily Freeman en entrevue à Radio-Canada.

La professeure d'histoire à l'Université Saint-Mary's d'Halifax, Kirrily Freeman, fait des recherches à propos d'un des membres du Bataillon de construction numéro 2 enterré à Supt.

Photo : Radio-Canada

Elle a retracé le parcours du soldat. Son bataillon quitte le Canada pour s'arrêter d'abord en Angleterre. Là-bas, il est victime d'une attaque violente.

Un homme le frappe avec une barre de fer dans un camp canadien. Il est hospitalisé pendant deux semaines. Il n'identifie pas son agresseur ni la raison de l'attaque.

S'ils dénonçaient ces agissements aux officiers blancs, ils n'obtenaient aucun châtiment, dit l'historien Douglas Ruck, en parlant des soldats noirs agressés par leurs camarades blancs.

Le calvaire de Charlie Some n'est pas terminé.

Le reste de son unité part en France. Lui, il reste en Angleterre parce qu'il a une maladie vénérienne. Il a été traité un peu en Angleterre, mais pas comme les soldats blancs, explique Kirrily Freeman.

Il se dirige ensuite à Supt, en France, mais pas très longtemps après son arrivée, son corps inanimé est retrouvé sur le bord de la route.

Il a été attaqué plusieurs fois, son cou a été coupé. Il est mort d'une manière très, très violente.

Kirrily Freeman, professeure d'histoire à l'Université Saint-Mary's
Une vieille photo jaunie montre le soldat noir Charlie Some, assassiné en France.

Charlie Some était membre du Bataillon de construction numéro 2. Il a été assassiné en France.

Photo : The Canadian Great War Project

Une vague de violences dirigées contre des soldats coloniaux fait rage en France en 1917 et 1918, explique l'historienne. Il y avait beaucoup de cas de soldats qui, dit-elle, étaient agressés de la même manière que lui.

Morts séparés, honorés ensemble

Le nom de Charlie Some sera bientôt inscrit aux côtés de celui de 28 autres soldats, dont 10 du bataillon noir, sur une stèle qui sera dévoilée à Supt, le 29 septembre prochain.

C'est très significatif d'honorer ces hommes en ce sens. Je veux dire de ne pas séparer les Noirs des Blancs, mais d'honorer les soldats forestiers. Ce n'est pas un honneur qu'ils ont connu de leur vivant, se réjouit Douglas Ruck. Ces hommes ont déjà été reconnus au Canada, mais il s'agit de la première fois qu'il le sont en France, ajoute l'historien.

La photo d'une stèle qui rappellera les hauts faits des membres du Corps forestier canadien à Supt.

Un avant-goût de ce à quoi ressemblera la stèle qui sera dévoilée le 29 septembre à Supt.

Photo : Gracieuseté de la Fondation du patrimoine

Kirrily Freeman se réjouit de son côté que les noms de chacun des soldats soient écrits sur la pierre. C'est pour personnaliser la guerre, dit-elle, parce que cette guerre était tellement catastrophique, c'était si énorme, si horrible, mais chacun était une personne, avec une famille.

La stèle sera installée sur le lieu où se trouvaient les scieries et le camp principal des Canadiens.

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