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Manque de professeurs et d'espace pour la rentrée

Le reportage d’Anne-Louise Despatie.

Pénurie d'enseignants, classes qui débordent et parc immobilier vétuste... La rentrée scolaire 2018-2019 s'annonce mouvementée sur l'île de Montréal en cet automne électoral.

C’est une cinquantaine de postes d’enseignants qu’il reste à pourvoir à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) en cette journée de rentrée. Appelés en renfort, des enseignants suppléants et des retraités s’assureront que chaque enfant aura un enseignant pour les accueillir ce matin.

« Il y aura des titulaires dans chaque classe, assure la présidente de la CSDM Catherine Harel-Bourdon en entrevue à RDI matin, mais il se peut que certains de ces titulaires soient des remplaçants et que ce ne soit pas l’enseignant pour toute l’année. »

On sait que ce n’est pas l’idéal, mais l’objectif c’est d’avoir des enseignants dans toutes les classes.

Catherine Harel-Bourdon

Des départs à la retraite de même que des congés de maternité et de maladie expliquent notamment cette pénurie, selon la CSDM.

De son côté, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) estime que c’est le peu de valorisation du métier d’enseignant qui explique cette pénurie. Le phénomène aurait même entraîné des baisses d’inscriptions dans les facultés d’enseignement des universités québécoises, selon la FCSQ.

« C’est sûr qu’il y a toute une question de revalorisation de la fonction d’enseignant, poursuit Mme Harel-Bourdon. C’est un travail qu’on ne peut pas faire seul, qu’on va devoir faire avec le gouvernement du Québec, avec les différentes universités. »

Une classe vide.Il manque 1800 places dans les classes des écoles de la CSDM. Photo : Radio-Canada / Jérôme Bergeron

Un avis partagé par le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.

Ce n'est pas facile d'embaucher. Il y a un défi de valorisation. Si on valorise les métiers de l'éducation, il y aura des gens pour y aller.

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation

Quant à savoir comment le ministère compte redorer le blason de la profession d'enseignant, M. Proulx reste flou. « Vous verrez au cours des prochaines semaines », explique-t-il, en rappelant la volonté du gouvernement d'offrir des milieux de vie plus agréables et plus adéquats.

Par ailleurs, il rappelle que Québec a mis en place en 2016 un plan d'embauche de 8000 ressources d'ici cinq ans et qu'il « fonctionne ».

Les classes modulaires à la rescousse

La CSDM manque non seulement de personnel, mais également d’espace. Devant le manque de salles de classe, les directions d’école ont récupéré le plus de locaux possible – comme des bibliothèques et des locaux spécialisés pour la musique ou l’anglais – afin de les transformer en salles de classe et contrer le manque d’espace.

Entrevue avec Catherine Harel-Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal.

« On a récupéré plusieurs immeubles, plusieurs terrains, confirme la présidente de la CSDM. Mais quand on récupère ces immeubles, souvent, il faut procéder à des travaux importants parce qu’ils sont loués depuis 20, 30 ou 40 ans à des partenaires. Donc, ils n’ont plus de classes fonctionnelles. Souvent il faut faire des travaux avant d’accueillir des élèves ».

Mais ces efforts effectués dans les 150 écoles de la CSDM se sont avérés insuffisants et la CSDM a dû louer des classes modulaires – plus communément appelées roulottes – pour accueillir tous les élèves inscrits à l’école.

On a dû installer - un exploit en sept mois - une centaine de classes modulaires sur 19 sites.

Catherine Harel-Bourdon

Ce sont ainsi 1800 enfants qui amorceront l’année scolaire dans des espèces de maisons mobiles installées aux abords de certaines écoles en attendant la construction de nouvelles écoles. La CSDM a loué 104 classes modulaires qu’elle a fait installer, au coût de 20 millions de dollars, dans 19 établissements.

Classes modulaires, lors de leur installation à l'école Notre-Dame-des-Rapides, dans LasalleClasses modulaires, lors de leur installation à l'école Notre-Dame-des-Rapides, dans l'arrondissement de LaSalle, en 2014. Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

« Ces annexes sont temporaires », soutient la vice-présidente de la CSDM, qui espère recevoir le financement pour la construction de nouvelles écoles. « Nous espérons qu'elles accueilleront des élèves pendant cinq ou dix ans – au maximum », a-t-elle souligné.

« Évidemment c’est notre plan B, a-t-elle précisé. Notre plan A, c’est de procéder à des agrandissements et des constructions comme ici, à l’école Saint-Léon de Westmount, où on a un projet de 10 millions de dollars pour un agrandissement avec cinq classes et un local d’activités. En premier, on essaie d’agrandir ou de construire. »

Il a fallu pallier aux urgences parce qu’on a beaucoup de nouveaux élèves provenant du développement résidentiel, provenant de l’immigration et du fait que plusieurs familles choisissent de rester à Montréal pour la scolarisation de leurs enfants.

Catherine Harel-Bourdon

L’immigration et le développement de nouveaux quartiers résidentiels sur l’île de Montréal entraînent une augmentation de la clientèle et font déborder les classes des écoles montréalaises.

La vétusté des bâtiments existants

Les annexes modulaires, qui témoignent du manque d’écoles, dissimulent un autre problème criant pour le ministère de l’Éducation : la vétusté des infrastructures existantes. Selon le plan québécois des infrastructures 2017-2018, quelque 75 % des écoles primaires québécoises sont en très mauvais état.

Une cour d'école avec des lignes colorées au sol; un conteneur vert, une école modulaire en chantier et trois employés portant des casques de construction par une journée ensoleilléeEn juillet dernier, voici à quoi ressemblait le chantier du bâtiment modulaire ajouté à l'école Saint-Jean-de-la-Lande de la CSDM à Montréal Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Aux trois quarts des écoles primaires, il faut ajouter près de la moitié – 47 % précisément – des écoles secondaires qui ont besoin de rénovations. Le déficit d’entretien des actifs des commissions scolaires atteignait, dans ce rapport, 1,8 milliard de dollars.

Les compressions budgétaires du gouvernement libéral de Philippe Couillard ont nui au système d’éducation de 2014 à 2016, selon l’IRIS, un centre de recherche indépendant de Montréal. Les budgets de l’éducation ont été amputés de 675 millions de dollars, dont 337 millions dans les écoles primaires, au cours de cette période.

« Pendant des années, on a été totalement obsédés par l'atteinte du déficit zéro, le remboursement de la dette, a souligné le président de la CSN, Jacques Létourneau. On ne dit pas que ce n'est pas important de s'occuper des finances publiques, mais le drame lorsqu'on coupe massivement dans le financement de nos écoles pour soi-disant financer la dette du Québec pour les générations futures, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui n'ont pas de service. »

L'éducation en campagne électorale

M. Létourneau demande aux partis politiques en campagne électorale de se positionner entre deux enjeux : réduction de la dette ou investissements dans les écoles.

Le député libéral Sébastien Proulx lors de son assemblée d'investiture dans Jean-Talon, en compagnie de son chef Philippe Couillard et de députés et candidats libérauxLe député libéral Sébastien Proulx lors de son assemblée d'investiture dans Jean-Talon Photo : Radio-Canada / Jonathan Lavoie

Après des années de compressions, le gouvernement Couillard a réinjecté de l’argent de ses nouveaux surplus en éducation. Le budget 2018-2019 a notamment été augmenté de 5 % et une nouvelle hausse de 3,7 % était prévue pour l’année scolaire 2019-2020.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a promis de rendre l'école obligatoire dès l'âge de 4 ans en plus de « moderniser » toutes les infrastructures scolaires.

De son côté, le Parti québécois (PQ) s'est engagé à faire adopter un projet de loi garantissant une augmentation annuelle minimale pour le ministère de l'Éducation. Quant à Québec solidaire (QS), il promet une éducation gratuite du CPE au doctorat.

Avec les informations de La Presse canadienne

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